Bazoum Mohamed de plus en plus confiné politiquement

Bazoum Mohamed de plus en plus confiné politiquement « Le président Issoufou, homme d’honneur à quant à lui, encouragé la tenue du congrès de son parti deux années avant le terme de son mandat pour que celuici désigne son candidat à l’élection présidentielle » C’est le passage le plus surprenant de la déclaration du Comité exécutif national du PNDS, en date du 4 mars 2020, suite à l’audit du ministère de la défense où l’on parle de plusieurs centaines de milliards à justifier, des officiers supérieurs de l’armée, des fonctionnaires et des opérateurs économiques impliqués. L’on se demande la raison de ce rappel forcé et à l’attention de qui. Comme un cheveu dans la soupe, d’une incohérence criarde puisqu’en déphasage avec l’objet réel de la déclaration qui était l’audit mené au ministère de la défense. Pourquoi a-t-on eu besoin de le rappeler ? Nombre de nigériens étaient désorientés par ces propos hors-sujet. Peu avaient saisi la portée réelle de ce passage. Mais, depuis, avec l’évolution de la situation, les nigériens se rendent à l’évidence que ces mots ne leur étaient pas destinés. Ce n’est ni plus ni moins que la manifestation extérieure de l’expression des multiples problèmes internes au parti que dirige Bazoum Mohamed depuis le 30 décembre 2013. Une situation, très critique, dans laquelle se trouve le camarade Bazoum depuis qu’il a été désigné comme candidat à la présidentielle, le 31 mars 2019. Car beaucoup de militants, et pas des moindres, ne digèrent pas ce choix cavalier. Un choix fait pour eux mais sans eux, donc contre eux. C’est ce qui explique aujourd’hui l’existence de plusieurs courants qui se livrent un combat épique au sein du PNDS. Ils mènent une guerre sans merci pour le contrôle des leviers de commande, car chacun pense que pour le candidat du PNDS, les élections ne sont qu’une formalité pour accéder à la présidence. D’ores et déjà l’on connait la posture de Hassoumi Massoudou. L’on se rappelle, il y a un peu moins de deux ans, la volonté de candidater de Hassoumi avait fuité lors d’une rencontre avec des proches dans son Birni natal. Ce qui a provoqué le courroux des instances du parti et Mahamadou Issoufou n’a pas perdu le temps, pour sévir contre celui qui a osé remettre en cause son choix. Hassoumi, en tournée à l’intérieur du pays, est limogé, à la hussarde, de son poste de ministre des finances le 31 janvier 2019. Après une dure et brève traversée du désert en mode isolement, il revient en grâce le 21 septembre 2019, avec sa nomination au poste de ministre d’Etat à la présidence. Depuis, il sèche systématiquement les réunions du Comité exécutif dont il est pourtant le Secrétaire général. En embuscade, il ne cache pas ses ambitions présidentielles, se considérant aussi méritant.

Il peut rivaliser avec n’importe qui dans le parti, aussi bien en apport idéologique qu’en…impopularité. Il attend surtout son heure pour rendre sa monnaie à celui pour le compte de qui il a été humilié par le parti. Hassoumi s’est-il définitivement rangé, comme l’a plastronné un baron du PNDS ? Rien n’est moins sûr. Se trompe lourdement celui qui pense qu’il a oublié cet affront. Au-delà de Hassoumi, d’autres groupes influents du PNDS, n’entendent pas se ranger derrière la candidature de Bazoum. Les langues se délient de plus en plus, au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin du dernier mandat de Mahamadou Issoufou. C’est la liberté retrouvée. Les milieux proches de Bazoum sont devenus fébriles et inquiets, insultant tout le monde à tout bout de champ. Ils rappellent à qui veut l’entendre que Bazoum a été désigné candidat lors d’un congrès convoqué par Mahamadou Issoufou. Comme pour dire qu’il n’y a plus rien à ajouter, sachant que les contrevenants ne peuvent pas se prononcer publiquement aujourd’hui. Mais, et demain ? C’est la raison pour laquelle, les internautes à la solde de Bazoum exhibent à longueur de journée des photos de Mahamadou Issoufou et Bazoum, côte à côte sur la toile. Ils répètent à l’envi les propos de Issoufou tenus à Tahoua quand il a tenté de faire accepter aux leaders locaux son choix porté sur Bazoum. Une pilule amère à avaler. Certains n’auraient d’ailleurs pas manqué de le signaler poliment au chef de l’Etat. Ne disposant pas d’une large base, et d’éventuels candidats internes, Bazoum est de plus en plus confiné à la portion congrue du PNDS. Quant aux alliés, en dehors de Kassoum Moctar qui ne pèse absolument rien sur l’échiquier politique national, Bazoum n’a aucune chance de les avoir avec lui. Il n’a jamais raté une seule occasion de les snober, les rabaisser. De quoi peut donc se prévaloir Bazoum, dont l’impopularité est légendaire, pour briguer la présidence de la République ? Le seul soutien de Mahamadou Issoufou, dont il se prévaut, parait mince, trop mince. C’est une affaire privée entre deux personnes qui s’estiment, et ne saurait engager le peuple nigérien. Et ce sont ceux qui ont voté pour Mahamadou Issoufou qui sont contre la candidature de Bazoum. Donc, « y a travail », comme dirait l’autre. D’ailleurs Bazoum n’est pas seul dans cette posture d’impopularité légendaire. Ils sont nombreux qui ne peuvent pas justifier d’une base de mille personnes et qui veulent soudainement, comme piqués par on ne sait par quelle mouche, accéder à la magistrature suprême. Niger, c’est vraiment bon pays!

BISSO  
02 mai 2020
Source : Le Courrier

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