Nation : Nécessité d’une Conférence nationale pour rappeler les fondamentaux

Nation : Nécessité d’une Conférence nationale pour rappeler les fondamentauxPresque 30 ans après la tenue de la Conférence nationale, des voix s’élèvent de plus en plus pour la tenue d’une seconde Conférence nationale. Cette fois-ci, non pas pour instaurer la démocratie et le système multipartiste, encore moins pour remplacer un clou par un autre, mais pour fixer davantage les règles, redéfinir les fondamentaux, afin que certaines dérives qui frisent la dictature, n’aient plus droit de cité. Le rapport à l’Etat, les rapports gouvernantsgouvernés, le rapport au bien public, le rapport aux lois auxquelles tous les citoyens sont soumis, le rapport à la justice, doivent être rappelés avec force. L’idée est de plus en plus avancée par bien de nigériens, car ils sont convaincus qu’il faut une concertation nationale, avec toutes les couches socioprofessionnelles, tous les acteurs, les véritables représentants du peuple, les syndicats, les associations, les partis politiques, pour qu’ensemble le peuple souverain, à travers eux, prennent les décisions qui s’imposent, orientent les lois applicables et opposables à tous. La Conférence nationale de 1990, si on exclut le sommet de la Baule, peut se justifier par le contexte interne même, un con texte fait de régime d’exception, de restriction des libertés fondamentales, et d’évènements douloureux qui ont endeuillé le peuple nigérien tout entier. C’est ce qui a engendré les multiples luttes des forces dites vives de la Nation pour exiger l’instauration du multipartisme intégral. Il est vrai qu’à la Conférence nationale, voeu des nigériens, beaucoup d’acteurs se sont trompés de cibles. Les débats sur les personnes l’ont assez souvent pris le dessus sur l’essentiel : s’instruire du régime d’exception pour un nouveau contrat entre les citoyens, pour un meilleur vireensemble par un respect scrupuleux de l’autre et ses droits, sur la base d’analyses sociologiques, économiques, et juridiques profondes. Et également en matière de défense et de sécurité afin que chaque nigérien soit le garant de la sécurité du pays et de ses concitoyens. Depuis, la démocratie multipartiste est installée, avec des partis politiques qui éclosent tous les jours, ainsi que le pluralisme syndical et associatif. Mais, la démocratie et l’Etat de droit, avec des lois et règlements qui s’imposent à tous, sont loin d’être des réalités quotidiennes. Bien de nigériens sont même déçus, et parlent de reculs graves en termes de justice, de respect de la loi surtout par les gouvernants, de prédation des ressources publiques par les gouvernants. En matière de sécurité, on peut à peine dire qu’il y a aujourd’hui un Etat au Niger.

Un Etat digne de ce nom capable de respecter sa part de contrat vis-à-vis du citoyen en lui assurant protection et sécurité. Aujourd’hui force est de constater que l’armée, déstructurée, est sous-équipée et les colossaux moyens mis à disposition, détournés par des politiciens et des fonctionnaires criminels et véreux. Jamais le Niger n’a connu autant de pertes en vies humaines. En attestent les investigations et l’audit des fonds du ministère de la défense. Ce qui est sûr un audit dans les autres ministères et institutions de l’Etat va révéler les mêmes travers, au vu de l’impunité totale accordée à certains, en échange de leur allégeance au régime en place. Les scandales politico financiers se succèdent les uns aux autres. Les libertés publiques sont réprimées, avec parfois mort d’homme au cours des manifestations. Les manifestations publiques sont systématiquement interdites, le plus souvent pour des raisons fallacieuses. Le tissu social et la cohésion nationale sont fortement entamés. Au point où les nigériens, catégorisés, sont devenus étrangers et insensibles les uns aux autres. La justice et les promotions sociales sont désormais fonction de l’appartenance politique et autres petits moyens répréhensibles, en lieu et place de la compétence et du mérite. D’où la nécessité d’une large concertation nationale afin de fouetter l’âme démocratique et l’élan patriotique des citoyens.

A.S 

21 mars 2020
Source : Le Courrier

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