Pourquoi je m’engage en politique? Par Farmo Moumouni

MOUNI-001.jpg Faire de la politique est un droit naturel, si j’accorde foi à Aristote l’ancien qui définit l’homme comme un animal politique. En faire est aussi, au regard des règles juridiques en vigueur dans mon pays, un droit positif.

Or, jamais, de manière active, je n’ai usé de ce droit. Je me tenais, comme nombre de mes semblables à la périphérie de la vie publique, me limitant à l’observer, à la commenter, et parfois, à la critiquer.

Nous nous étions peut-être fait la part belle en côtoyant le terrain hostile de la politique, en esquivant l’adversité qui le caractérise, et en nous soustrayant de l’âpreté des luttes qui s’y déroulent. Peut-être nous étions-nous complus dans le rôle de pourfendeurs de l’action, nous qui n’agissons pas.

À d’autres qui avaient pris le parti d’user de ce droit pour investir la vie publique, incombent la gestion

- pillarde - de nos affaires, la prise des décisions - insouciante - de nos vies, de la vie de nos enfants, du sort des générations à venir, et de la destinée du pays.

Le sort qui a été fait à notre pays depuis quelques décennies, la place qu’il occupe dans le concert des nations, reposent aussi, en partie, sur nos comportements apathiques, sur nos réactions indolentes ou résignées.

Était-ce une démission, une dérobade, de la couardise ?

Le questionnement est dérisoire au regard de la décadence qui hante la patrie. L’action, commune, urgente, volontaire est requise.

Chacun, au meilleur de ses capacités et de ses compétences, doit contribuer à la préservation, à la construction et à l’élévation du Niger, notre commune demeure.

Je suis parvenu à un âge où l’on se retourne pour regarder le chemin que l’on a parcouru. Apparaissent alors, sur l’itinéraire, les choses réalisées en bien ou en mal pour soi-même, pour ses concitoyens, pour son pays.

Se dessinent aussi ce qui reste à faire, ce qui doit être fait, ce qui doit être amélioré, et les sentiers à emprunter pour y parvenir. Et, fatidique, surgit la question : qu’est-ce que les vivants retiendront de vous?

Au cours de mon existence, j’ai fait, en bien et en mal. Mais jamais, je n’ai pu au cours de celle-ci faire bon ménage avec l’injustice, le mépris, l’exploitation des faibles, des pauvres et des déshérités.

Ce penchant, intact, est encore en moi. Et ma carrière d’enseignant m’a préparé à servir l’intérêt général.

Lorsque l’on va à la rencontre de la politique au moment où la vie indique son terme, la motivation ne saurait obéir à la concupiscence, c’est-à-dire à l’acquisition de biens et plaisirs terrestres éphémères, mais à des buts plus élevés et à des fins sublimes.

M’associer à des hommes et des femmes qui portent le pays dans leurs coeurs, élever l’intérêt qui nous anime au niveau national; avec eux, relever le pays que nos pères ont construit, mais que nos contemporains ont altéré, pour nous-mêmes et pour les Nigériens qui vivront après nous, servir le Niger, en tâchant de lui rendre plus que ce qu’il nous a donné, telle est la raison pour laquelle j’entre en politique.

Il a fallu que RANAA se lève pour que je suive son ascension, et que je m’engage dans les sentiers éclairés, dans l’élan d’une énergie neuve, tonifiante pour le Niger.

Dr. Farmo Moumouni Philosophe, Écrivain

19 mars 2020
Publié le 12 mars 2020
Source : Le Courrier

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