Audit du ministère de la Défense : Le parquet, dos au mur

Audit du ministère de la Défense : Le parquet, dos au murDepuis la fin de l’audit effectué au ministère de la Défense nationale sous l’instigation du nouveau ministre, Issoufou Katambé, nombre de Nigériens attendent impatiemment l’ouverture d’une information judiciaire. Mais en vain. Le communiqué du gouvernement est clair là-dessus : les opérateurs économiques qui sont impliqués seront priés de rembourser à l’amiable. Quant aux fonctionnaires, ils encourent de simples sanctions administratives. Le CEN PNDS en rajoute : le rapport est provisoire, il doit être complété par la contradiction. Il faut alors donner le temps au temps pour permettre aux camarades impliqués de chercher les justifications qu’il faut pour se laver complètement les mains. Et le tour est joué. Des milliards se sont envolés, des centaines de militaires morts parce que des Nigériens véreux ont détourné les fonds devant servir à l’achat de moyens de combat à leurs profits personnels. Mais personne ne semble responsable. Le gouvernement a donc décidé de protéger des voleurs aux dépens de l’intérêt général. Incompréhensible ! Mais, ce que l’on comprend encore moins, c’est le mutisme du Parquet. Un Parquet qui, dans certaines circonstances, moins graves, s’est « vu dans l’obligation » comme cela a été péremptoirement déclaré, de s’autosaisir pour rendre la justice au nom du peuple et réparer le tort commis à l’État. Du moins, c’est ce qui a été avancé comme raison. Dans deux affaires, au moins, ce fut le cas. Et c’est même à partir d’articles de journaux, pas un communiqué du gouvernement qui reconnait luimême le crime de détournement, que le Parquet s’est autosaisi en 2007 de l’affaire dite du fonds d’aide à la presse. Une affaire qui porte sur un montant de 100 millions au départ mais que l’instruction judiciaire a ramenée à 33 millions. Elle a tout de même suffi à conduire l’ancien Premier ministre, Hama Amadou, à l’époque des faits, en prison Il y a, d’une part, ceux qui bénéficient d’une impunité totale et de l’autre, ceux qui, pour un oui ou pour un non, sont conduits en prison ?

En 2013, le même Parquet s’est autosaisi dans l’affaire dite des bébés importés, dans les mêmes conditions. C’est à partir d’articles parus dans un journal de la place que le Parquet a déclenché l’action publique. Mais, l’on constate qu’après les graves révélations de présomptions de détournement de plusieurs milliards de francs au ministère de la Défense, le Parquet reste muet comme une carpe. L’ouverture d’une information judiciaire se fait encore attendre. Malgré les attentes légitimes du peuple nigérien. Malgré les appels du Syndicat autonome des magistrats, de celui des douanes, de l’association des jeunes avocats, du Barreau, de l’opposition politique ainsi que de larges pans de l’opinion nationale. Pour de nombreux Nigériens, c’est la preuve ultime de la catégorisation des Nigériens dont parlent certaines voix, de la rupture d’égalité devant la loi entre Nigériens, bref de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Les Nigériens en sont conscients : il y a, d’une part, ceux qui bénéficient d’une impunité totale et de l’autre, ceux qui, pour un oui ou pour un non, sont conduits en prison ? Les Nigériens se demandent également si c’est le Parquet qui s’était réellement autosaisi ou bien a-t-il été instruit de le faire dans des affaires ciblées. Si cela s’avère, il se pose alors un vrai problème : celui de l’indépendance de la justice. Toujours est-il que les yeux des citoyens sont résolument tournés vers le Parquet pour rendre justice au nom du peuple et des soldats lâchement assassinés sur le champ d’honneur. Dans le cas contraire, l’histoire retiendra sa responsabilité. A-t-il désormais le moindre moyen pour le Parquet de se débiner ? Il a le dos au mur.

A.S

19 mars 2020
Publié le 12 mars 2020
Source : Le Courrier

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