La justice nigérienne face à son histoire

La justice nigérienne face à son histoire Comme l’a, en substance, indiqué le Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN), dans sa déclaration du samedi 29 février dernier, la décision du gouvernement de ne faire recours qu’à la procédure de remboursement est un véritable défi lancé à la justice nigérienne dans l’affaire des détournements des fonds au ministère de la Défense. Les Nigériens et le monde entier attendent de voir si cette justice est véritablement indépendante et celle-ci ne pourra leur prouver cela qu’en s’autosaisissant du dossier pour appliquer la loi à toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce scandale inédit.

En effet, comment la justice nigérienne pourra-t-elle rester indifférente face à des personnes dont les actes, selon les propres termes du ministre de la Défense nationale Issoufou Katambé, ont mis en danger de nombreux éléments des forces de défense et de sécurité qui ont perdu la vie face aux terroristes ? En demandant au Procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Niamey de requérir l’ouverture d’une information judiciaire autour de cette affaire, le Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN) a sans doute conscience que la justice nigérienne est véritablement face à son histoire. Du traitement qu’elle fera de cette affaire dépendra beaucoup de son image. Pour s’être rapidement autosaisie de plusieurs affaires visiblement moins graves, comme celle des bébés importés, la justice nigérienne ne doit pas, en principe, traîner les pieds pour engager les poursuites nécessaires contre les personnes impliquées dans les détournements des fonds du ministère de la Défense. La justice nigérienne est d’autant plus condamnée à sévir dans cette affaire que même dans des cas de détournements des deniers publics elle a eu à poursuivre d’autres citoyens. C’est le cas de l’affaire du ministère de l’enseignement de base (MEBA) et celle du fonds d’aide à la presse sous le régime de l’ancien Président Tandja Mahamadou et celle de la Cellule crises alimentaires dans laquelle elle continue à maintenir l’opposant Seydou Bakary Sangaré en prison. Ne serait-ce que pour se départir de cette image d’une «justice aux ordres » que certains lui collent à tort ou à raison, la justice nigérienne doit s’impliquer dans la gestion de l’affaire des détournements au ministère de la Défense.

Salifou. H

14 mars 2020
Publié le 02 mars
Source : Le Canard en Furie

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