Affaire des détournements au ministère de la Défense : Qui a peur que la justice traite le dossier ?

Affaire des détournements au ministère de la Défense : Qui a peur que la justice traite le dossier ? M. Marou Amadou, ministre de la Justice, Garde des Sceaux Le mercredi 26 février, le pouvoir est enfin sorti de son silence sur l’affaire des détournements au ministère de la Défense nationale. Ne pouvant plus continuer à se taire face à la gravité de la situation et au tollé général qu’elle suscite au sein de l’opinion, le pouvoir du président Issoufou Mahamadou s’est vu obligé de communiqué, en publiant un communiqué lu par le porte-parole du gouvernement, le ministre Abdourahamane Zakaria. Peut-être à son corps défendant, le régime de Niamey a finalement avoué qu’il y a eu des détournements, même s’il s’est abstenu d’avancer des chiffres sur les sommes d’argent détournées et de dévoiler les noms des personnalités civiles ou militaires impliquées dans ces détournements. Mais, au lieu de réussir à mettre fin à la polémique qui dure depuis des semaines, le pouvoir l’a plutôt amplifiée, en donnant l’impression d’accorder des traitements de faveur aux personnalités concernées. Ainsi, alors que les Nigériens s’attendaient à ce que des poursuites judiciaires soient annoncées contre toutes les personnes impliquées dans les détournements, le communiqué du pouvoir a laissé entendre que seuls les fournisseurs qui refuseraient de rembourser feront l’objet des poursuites. Quant aux fonctionnaires de l’État, ils n’écoperont que des sanctions administratives. Comme il fallait s’y attendre, une telle annonce a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion et suscité une levée de boucliers de la part de certains Nigériens et même des structures organisées dont la Commission nationale des droits humains (CNDH), l’opposition politique et même le Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN). Les différents acteurs disent ne pas comprendre que le pouvoir traite avec autant de légèreté une affaire aussi grave qui, au-delà des pertes financières qu’elle a engendrées à l’État, concerne aussi la vie de plusieurs soldats tombés face aux terroristes, du fait que le matériel qui leur a été commandé était défaillant. Pour certains observateurs, ce n’est peut-être pas par pur hasard que le pouvoir a choisi cette voie simple de gérer le très encombrant dossier du ministère de la Défense. Pour ces observateurs, il y a sans doute des choses que ce pouvoir veut cache aux citoyens et qu’il ne pourra pas cacher quand le dossier sera transmis à la justice. En français facile, pour parler comme Radio France internationale (RFI), ces observateurs pensent qu’il y a peut-être des personnalités dont les noms pourront être évoquées lors d’un procès et dont le pouvoir ne souhaite pas qu’elles citées publiquement. Selon ces observateurs, seule cette peur peut expliquer que le pouvoir du Président Issoufou Mahamadou décide à vouloir gérer lui-même l’encombrant dossier dont la gravité nécessite un traitement judiciaire approprié. Les mêmes pensent que le pouvoir sait luimême qu’aucun opérateur ne refusera de rembourser et que qu’il est toujours facile pour lui de trouver un arrangement avec les différents fournisseurs pour éviter que l’affaire ne fasse grand bruit et que les noms des personnalités qu’on veut protéger ne soient pas dévoilés.
Salifou Hamidou

14 mars 2020
Publié le 02 mars
Source : Le Canard en Furie

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