Gestion des fonds de l’armée : Ceux qui ont poignardé l’armée dans le dos doivent payer

eL’expression n’est pas nouvelle. Elle vient du Chef suprême des armées qui, à l’occasion d’un message à la nation, s’offusquant du comportement de certains militaires qui n’auraient pas mis à temps certains moyens à la disposition de leurs frères d’arme envoyés au front, avait jugé l’acte grave, arguant que ce serait comme « poignarder l’armée dans le dos ». A l’époque, on savait qu’il était question de justifier l’arrestation de militaires accusés « d’atteinte à la sureté de l’Etat » en montrant ainsi à l’opinion la gravité de leur acte. Aussi, malgré que le magistrat suprême s’y soit mêlé, les observateurs étaient nombreux à douter de la fiabilité des accusations portées contre des hommes. La muette, parce que muette justement, ne pouvait pas parler. On comprend.

On peut se rappeler qu’au moment où Boko Haram semait la terreur autour du Lac- Tchad, un acteur de la société civile qui aurait été approché par des éléments des FSD pour faire part aux autorités, disant manquer de moyens, des conditions précaires dans lesquelles ils menaient la guerre, avait dénoncé le fait que les soldats ne soient pas mis dans les conditions. La parole de l’homme, on s’en souvient, n’avait pas plu quand même pour lui, révéler cela aux autorités qui, seules, pouvaient apporter les solutions qu’il faille, n’était de sa part qu’un acte citoyen duquel il se déchargeait. Mais il n’en fallait pas plus pour que lui aussi soit vu comme un autre « ennemi », terme qui, sorti du four de la gestapo d’une époque logé au ministère de l’Intérieur, était en vogue sous la Renaissance qui n’aime pas qu’on dise la vérité et on peut comprendre toute l’aversion dont il peut être l’objet ces derniers jours au sein du PNDS qui ne peut comprendre l’oeuvre utile qu’il lui fait. Puis, jusqu’aux derniers mois, comme pour témoigner de ce malaise dans l’armée, l’on a vu les revers que les FDS ont essuyés, humiliant presque ainsi une armée qui était pourtant l’une des plus valeureuses du. continent car ayant honorablement fait face à des défis sécuritaires tant au niveau national qu’international. Aussi, peut-on relever que l’instabilité au niveau de la gouvernance militaire avec aujourd’hui, le 5ème ministre que la Renaissance aligne au niveau du ministère de la Défense, tous du PNDS par ailleurs, montre à suffisance à quel point les socialistes n’ont pas cru à l’expertise de ceux qui, sortis de leurs rangs, ils chargeaient de gérer ce portefeuille assez délicat pour des hommes qui n’ont jamais su lui faire confiance, l’accusant constamment, comme pour la dominer, de subversion.

Mais le 5ème ministre de la Défense, récemment nommé à la suite d’un remaniement technique qui a surpris tout le monde, semble bien différent des autres. D’une probité intellectuelle et politique incomparable, l’homme n’a jamais voulu se compromettre dans la gestion de l’Etat servant dignement un pays par les valeurs puisées du socialisme aux sources desquelles il s’est abreuvé. Arrivé dans ce nouveau ministère qui semble avoir enrichi beaucoup de camarades, il voulait, avant de s’asseoir, s’assurer de ne pas tomber dans un siège scatologique. C’est ainsi que depuis des semaines, l’on le dit sur des traces de ce qui serait les scandales au niveau de l’armée, dont la hiérarchie avait été décapitée il y a quelques semaines.

La Renaissance n’est qu’habituée aux scandales des milliards devenus dans l’enrichissement illicite des pontes du régime, l’unité de mesure minimale. Ça brasse des milliards, souvent jusque dans les pains des enfants, d’une progéniture choyée à laquelle on ne sait rien refuser. Une première enquête sur la gestion des fonds alloués à l’armée vient d’être bouclée selon certains confrères au parfum de l’affaire, et les résultats en disent long sur l’ampleur des crimes. Des dizaines de milliards sont en cause, impliquant des personnalités politiques et militaires mais aussi une clientèle politique, usant de faux pour fructifier ses affaires, au détriment d’un Etat spolié par des socialistes peu soucieux du devenir de leur pays pour n’avoir qu’une conception mercantiliste du pouvoir : ils tenaient à s’enrichir tout de suite et vite, alignant maisons de luxe et femmes, voiture de gamme, voyages et fantaisies bourgeoises.

Le crime de l’histoire

Comment peut-on croire, pendant que l’on est en guerre, que d’autres se permettent de détourner les moyens consentis à l’armée pour s’enrichir laissant des « enfants » aller sur le champ de bataille avec des armées dérisoires et exposer le pays à tant de dangers ? On comprend l’écoeurement du ministre Katambé, ne pouvant comprendre et tolérer pareil acte. Comment ne pas saluer ce comportement qui tranche d’avec celui de son système où l’on n’a jamais eu le courage de reconnaitre les tares qu’il traine. Les Nigériens saluent en lui un patriote, un homme pour lequel ne comptent que le Niger et les Nigériens, sortant des clivages incestueux dans lesquels, cultivant un sectarisme abject, le régime a isolé son pouvoir pour en faire un instrument au service exclusif d’un clan dont il sert les intérêts et dont il faut abuser pour brimer et faire payer à d’autres leur différence.

Comment peut-on payer un marché non exécuté, ou surfacturer des marchés de manière aussi inconsidérée avec des bonus extravagants qui servent les intérêts de la clientèle et de facilitateurs politiques sans rendre des comptes ? Si, fidèle à ses convictions, le ministre est décidé à aller au bout quel que soit le prix à payer car pour lui, de telles monstruosités ne doivent pas rester impunies, il reste que l’on doute qu’il puisse être écouté à l’intérieur d’un système où il semble ne pas trouver son semblable pour s’unir et mener ce combat de salubrité publique. Il y a eu d’autres scandales tout aussi graves et pour lesquels, le régime, décidément impuissant, n’a pu rien faire pour faire justice. Combien sont-ils ces ministres pour lesquels le syndicat des magistrats du Niger, le SAMAM, avait interpellé le magistrat suprême à travers une déclaration publique, pour les mettre à la disposition de la Justice nigérienne afin qu’ils répondent de leurs actes, entendu qu’aucun Nigérien, fut-il ministre, n’est au-dessus de la loi ? Comment peut-on d’ailleurs faire ces faveurs quand dans le même pays, on peut, sans la manière, trainer dans la boue, un président d’Assemblée nationale, 2ème personnalité du pays, juste pour le besoin de l’humilier et de montrer qu’on a le pouvoir et qu’on en fait ce qu’on veut ? Le Président n’avait d’ailleurs pas entendu cet appel pour continuer à couvrir les malfrats, souvent, comme par mépris pour le peuple, à les nommer, à les promouvoir. Pourtant, pour moins grave, si ce n’est pour des invectives, d’autres Nigériens de seconde zone certainement sont envoyés en prison sans respecter les procédures si ce n’est par les abus et les brutalités d’un pouvoir. De même, combien de sociétés d’Etat à l’instar de la SONIDEP, de la CAIMA pour ne citer que celles-là sont mal gérées, sans que jamais, les auteurs des malversations ne soient inquiétés, ne pouvant connaitre le traitement qui s’impose. Comment peut-il en être autrement quand ceux qui sont promus ici et là, savent qu’ils n’ont de mission que profiter d’une position « juteuse » qu’on leur concède dans un système pourri et corrompu ? Et les Nigériens se demandent s’ils vivent tous sous les mêmes lois de la République et s’ils sont égaux devant la Justice du pays ?

Peut-être, comme cela se susurre partout, le malaise avait fini par gagner une armée excédée par son dénuement et les tragédies qu’elle vit, pour commencer à bouder, à désobéir même, soupçonne-t-on. Il fallait alors parer au plus pressé : rassurer une grande muette qui ne comprend pas et s’interroge. Le Chef des armées a alors pris, sans qu’on ne s’y attend pas, surprenant tout le monde, des mesures nominatives à la tête du ministère de la défense et au niveau de la hiérarchie militaire. C’est dans ce contexte que l’audit de l’armée intervient, agaçant davantage une opinion nationale perplexe qui ne s’en remet pas du crime d’acteurs du système qui se sont servis d’une guerre pour s’enrichir, faisant ainsi montre d’une haute trahison vis-à-vis de l’armée et de la nation maintes fois endeuillées par la faute de leur gloutonnerie. On ne peut que comprendre les colères du ministre Katambé qui a juré, l’eut-on compris, de mettre de l’ordre et de créer les conditions pour que nos soldats travaillent dans des conditions acceptables. Objectivement, l’on ne peut que s’attendre à un soutien de la part du chef des armées pour aider le ministre de la défense à soulever tant de montages et pouvoir honorer, par la justice qu’on rendra, la mémoire de ceux qui, si nombreux, sont tombés sur le champ d’honneur.

Peut-on d’ailleurs ne pas faire droit, dans un dossier aussi sensible et croustillant et au vu de l’ampleur des dégâts, à l’exigence de vérité et de justice ?

La Renaissance a jusqu’ici manqué de courage à faire la lumière dans les scandales qui ont émaillé sa gestion. Et l’ensemble de ceux qui ont prévariqué, s’ils peuvent se réjouir de bénéficier d’une impunité que leur accorde le régime, étant entendu que les hommes passent et que le Niger avec sa justice demeure, peuvent avoir à répondre, tôt ou tard, de leurs forfaitures. Le président est dès lors dos au mur et cette affaire ne lui fera pas de la bonne publicité auprès des partenaires qui doutent depuis peu de son système à gouverner dans la justice et la rigueur économique. Il n’y a pas longtemps déjà que Transparency rendait compte de la situation de la perception de la corruption dans le monde, classant le Niger de la Renaissance à une place peu enviable, très préoccupante même. C’est pour dire que cette affaire de détournements massifs au ministère de la Défense, en plus de mettre à mal un régime dont la crédibilité était en jeu depuis des années dans l’opinion, vient à un moment où, presque avertis, les partenaires ne manqueront pas de s’y intéresser pour s’assurer de la volonté politique des autorités de la 7ème République à lutter sans faiblesse contre l’impunité.

C’est la réputation du régime et sans doute du président lui-même qui est en jeu. Peutil continuer à couvrir de tels cas somme toute inadmissibles dans un Etat de droit ? Aussi, qu’on trouve à ce dossier croustillant un traitement judiciaire ou non, il va sans dire qu’il ne peut qu’ébranler un régime en sursis, empêtré dans ses contradictions et ses calculs. Il ne faut pas oublier que dans des articles de la presse étrangère, l’on notait que le parti de Bazoum n’a eu lors des dernières élections que peu de suffrages au niveau de la grande muette, classé 4ème ou même 5ème. Or, si ce dossier est mal géré, sa côte au sein de la grande muette, ne pourra que davantage se dégrader pour finalement accentuer la paranoïa dont fait montre le système depuis qu’il est arrivé au pouvoir.

Issoufou Katambé, en homme intègre, a joué son rôle et les Nigériens l’en salue. Il a réussi à démasquer la pègre qui pilule dans le régime. Et les Nigériens savent d’ores et déjà des noms dans cette affaire scabreuse qui a causé tant de torts à nos soldats et au pays.

Peut-on d’ailleurs moralement pardonner à ces hommes qui ont « poignardé l’armée dans le dos » un tel acte qui en plus d’être politiquement irresponsable, reste un crime. Un vrai le Président Issoufou a sans doute la réponse.

La balle est d’ailleurs désormais dans son camp. Peut-il hésiter à agir ? Ce sont ses propres amis qui lui ont jeté des peaux de banane en gérant mal, et lui en laissant faire : attention à la glissade !

Pour autant, ceux qui sont trempé dans ces dossiers sales, peuvent-ils s’en sortir ?

Gobandy

11 mars 2020
Publié le 26 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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