Demande d’inspections générales dans tous les services d’État par le président Issoufou Mahamadou : Des inspections d’État, juste pour se faire peur ?

Demande d’inspections générales dans tous les services d’État par le président Issoufou Mahamadou : Des inspections d’État, juste pour se faire peur ?Le ministre de la Défense nationale a été clair et formel : les auteurs des détournements des fonds destinés à l’armement et à l’équipement militaire de l’armée sont des criminels qui méritent la peine de mort. Le contenu du rapport, a-t-il dit en substance, est si grave que des soldats ou quelques parents de victimes militaires pourraient entreprendre de se venger en s’en prenant à la vie de ceux qui gouvernent. S’il ne l’a dit de façon explicite, le ministre Katambé veut laisser entendre qu’il est sans doute préférable pour tout le monde que la justice fasse son travail et que les mis en cause paient le prix de leurs forfaitures. Sur les réseaux sociaux, dans la presse, dans les cercles de discussions ou encore dans le salons feutrés, il n’y a que ce sujet sur les lèvres. Pour la plupart des opinons émises, l’affaire est si grave que le Président Issoufou Mahamadou n’a d’autre choix que d’ordonner l’interpellation des auteurs, coauteurs et complices de cette prédation financière qui a coûté la vie à des centaines de soldats nigériens. Le ministre de la Défense nationale a avisé l’opinion nationale sur ce qu’il pense de ce qui doit être l’épilogue de cette tragédie. Mais il a conclu que ce sera au président de la République, chef suprême des armées, de décider de ce qu’il y a lieu de faire du rapport. Un rapport qui lui a été remis et sur la suite duquel les Nigériens l’attendaient fébrilement, certains pronostiquant qu’il n’a plus rien à perdre et qu’il ferait châtier en conséquence les mis en cause tandis que d’autres soutiennent, bec et ongles, qu’il les protègerait s’il le faut.

Les prédateurs ont tout pris. Sans état d’âme !

Après les révélations explosives du ministre de la Défense nationale, Issoufou Katambé, le Président Issoufou était donc, attendu au tournant par ses compatriotes, choqués de découvrir que de proches collaborateurs du chef suprême des armées ont fait fortune sur les centaines de morts que l’armée a enregistrés. Des fausses commandes passées à des entreprises fictives aux surfacturations systématiques pour des armes, des munitions et des équipements défectueux qui ont fait des ravages dans les rangs des Forces de défense et de sécurité, les prédateurs ont tout pris. Sans état d’âme ! Ni les morts, ni les veuves et les orphelins qui ne se comptent plus n’ont visiblement entamé la conscience de ces marchands de morts. Le business a continué et c’est à qui amassera la plus grosse fortune.

Un audit généralisé de l’administration publique. Pour découvrir quoi qu’il ne sait déjà ?

Les Nigériens n’ont attendu longtemps pour savoir ce que le Président Issoufou compte faire. Malgré la gravité de l’affaire, il ne semble pas aussi engagé que son ministre de la Défense quant à la suite judiciaire à donner à ce dossier. Les communqiuants du régime l’ont dit très choqué par le contenu du rapport et remonté contre les auteurs. Mais, curieusement, il n’a décidé à la hauteur de la gravité des actes posés. Encore moins des attentes de ses compatriotes. Le Président Issoufou aurait, dit-on, ordonné un audit généralisé de toute l’administration publique, y compris des gouvernorats, des préfectures et des représentations diplomatiques. Pour découvrir quoi qu’il ne sait déjà ?

Pourquoi entreprendre des enquêtes financières dans tous les rouages de l’administration publique avant de donner une suite à cette tragédie de la défense nationale ?

La grande diversion ! Telle est l’appréciation la plus répandue depuis que des informations ont fuité sur la décision du chef de l’État nigérien. Une sentence peut-être justifiée au regard de la provenance de l’information. La primeur en a été donnée par l’Association des jeunes socialistes, laissant planer le doute que l’affaire est déjà entendue, au sommet de l’État, comme une affaire interne au Pnds Tarayya. Pourquoi entreprendre des enquêtes financières dans tous les rouages de l’administration publique avant de donner une suite à cette tragédie de la défense nationale ? Le Président Issoufou, de l’avis de nombreux Nigériens, cherche manifestement à noyer le poisson dans l’eau en laissant pourrir l’affaire. Ces inspections vont nécessairement mettre à nu d’autres scandales et de fil à aiguille, le débat public va plutôt porter sur ce qui est nouveau. C’est peu de dire que le Président Issoufou a déçu. Et si ce n’est pas la première qu’il prend à contre-pied les attentes de ses compatriotes, Issoufou Mahamadou a cette fois-ci franchi le rubicond du tolérable. Ce sont des centaines de morts, sinon plus du millier, que l’armée nigérienne a subies au cours de ces dernières années du fait d’attaques extérieures dont on connaît peu des auteurs. Le Président Issoufou a bine pointé du doigt les chefs de Kidal avant de se raviser et de les accueillir en amis pour fumer, avec eux, le calumet de la paix.

La décision du Président Issoufou est-elle le fin mot de l’affaire ? Peut-être pas.

Ce qui est certain, les auteurs des détournements des fonds de l’armée peuvent dormir tranquilles. Tranquilles et confiants, le chef de l’État, chef suprême des armées n’ayant pas jugé opportun et utile d’engager l’action de la justice contre eux. Une issue définitive à cette tragédie ? Peut-être pas. Mais, pour le moment, les rumeurs rapportant la belle assurance d’un d’entre eux sont confirmées. Parti en Mauritanie, hier après-midi pour une réunion du G5 Sahel qui tombe sous la présidence du pays hôte, Issoufou Mahamadou a emmené avec lui son insaisissable ministre de la Défense. Issoufou Katambé, qui a tenu à dire qu’il pourrait bien payer de sa vie ce qu’il a entrepris, mais il préfère ce sort au silence, lâche et complice, va peut-être subir une pression amicale afin d’adoucir quelque peu son tempérament, histoire d’éviter toute démission de sa part dans la perspective d’une «mise à mort» du dossier.

Yaou 

11 mars 2020
Publié le 26 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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