Détournement de fonds au ministère de la défense : Le SAMAN, les jeunes avocats, l’opposition politique et la société civile dénoncent une obstruction à la justice

Détournement de fonds au ministère de la défense : Le SAMAN, les jeunes avocats, l’opposition politique et la société civile dénoncent une obstruction à la justice L’audit effectué au ministère de la défense nationale, sous la férule du ministre Katambé, n’a pas fini de faire parler de lui. Et pour cause. Il a révélé des manquements graves de la part de certains fonctionnaires de l’Etat, des officiers généraux de l’armée et des opérateurs économiques. Des manquements tout aussi criminels, sinon pires que les attaques terroristes qui ont fait des centaines de morts dans les rangs de nos soldats. Parce que justement des nigériens véreux, qui n’ont aucun sens de l’honneur et de l’Etat, encore moins du bien public ont fait honteusement main basse sur les fonds qui devraient servir à l’achat de moyens conséquents à l’armée. L’affaire fait la Une partout : dans la rue, les fadas, les services publics et privés. Comment peut-il en être autrement lorsque les nigériens sont encore sous le choc des deux attaques successives à Inates et Chinagodar ont fait des centaines de morts ? Autant dire que les deux camps militaires ont été décimés, une véritable hécatombe. Pendant que d’autres se sucrent de leur sang en construisant à tour de bras des châteaux et des palais avec l’argent destiné à la défense de l’intégrité territoriale, de la personne et des biens des citoyens. Surtout que des investigations récentes ont fait ressortir le dénuement presque total, en termes de matériel, dans lequel végète l’armée. Pire, pendant que les nigériens attendent de voir le gouvernement sévir avec vigueur pour rendre justice à la nation, il sort un communiqué laconique et méprisant, qui absout quasiment les prédateurs criminels des fonds publics. La déclaration du bureau politique du PNDS, en date du mercredi 4 mars, va dans le même sens. Aucune poursuite judiciaire n’est envisagée contre les fonctionnaires ; quant aux commençants, ils sont gentiment invités à remettre à leur place les milliards spoliés. C’est en cas de refus seulement, qu’une suite judiciaire pourrait être donnée à au crime que constitue le détournement des deniers publics. Aucun nigérien, même avec la plus infime fibre patriotique, ne peut rester indifférent et insensible à un tel mépris, un tel « foutage de gueule », comme dirait l’autre. Les réactions n’ont pas tardé. Et coup sur coup le SAMAN, les jeunes avocats et l’opposition politique ont rendu public, chacun de son côté, un communiqué.

Le SAMAN et l’AJAN dénoncent de graves violations de la loi par le Gouvernement

Pour les magistrats nigériens, dans un communiqué rendu public le 26 février 2020, le gouvernement en adoptant une telle attitude, a violé l’article 76 de la Constitution en s’arrogeant les attributions du Procureur de la République qui est « la seule autorité habilitée à apprécier de l’opportunité de la poursuite ». Il a par ailleurs failli à une obligation légale qui « consiste à dénoncer à celui-ci (le Procureur) tout fait constitutif d’une infraction à la loi pénale ». Le plus grave manquement dans l’attitude du gouvernement que dénonce le SAMAN est que le gouvernement s’érige en juridiction en catégorisant les nigériens dont certains bénéficient de « la très indulgente juridiction gouvernementale ». Une attitude par laquelle l’exécutif minimise ainsi le trouble manifeste à l’ordre public. Alors que les autres sont pourchassés pour des peccadilles. C’est la raison pour laquelle, au vu de la gravité de la situation et la légèreté avec laquelle le Gouvernement traite cette affaire, que le SAMAN a tenu nécessaire d’interpeller le président de la République son serment sur le livre saint, de respecter et faire respecter la Constitution dont les principes et les dispositions sont « allègrement bafoués par le gouvernement ». Ce n’est pas le premier clash entre le gouvernement et le SAMAN, un syndicat de magistrats soucieux de la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. En dénonciation à tous ces faits, le SAMAN demande au procureur de la République près le tribunal de grande instance hors classe de Niamey de « requérir l’ouverture d’une information judiciaire…pour que toute la lumière soit faite et que les responsabilités soient situées ». Le SAMAN projette également d’observer une journée justice morte tout en invitant ses militants et tous les citoyens de se mobiliser pour une véritable indépendance de la justice. Les jeunes avocats du Niger ont emboité le pas au SAMAN, en demandant la transmission du dossier aux juridictions compétentes, notamment le Pôle économique.

L’opposition politique dénonce l’attitude irresponsable du chef de l’Etat

Pour sa part, l’opposition politique, composée des partis politiques membres du Front démocratique et républicain (FPR), du Front de l’opposition indépendante (FOI), du Front pour la restauration de la démocratie et de la défense de la République (FRDDR), a rendu public, le 28 février 2020, un point de presse. L’opposition politique constate amèrement, et malheureusement pour le Niger, que l’audit commandité par le chef de l’Etat a confirmé ce qu’ils ont toujours dénoncé « à savoir le niveau gravissime atteint par ce gouvernement dans la corruption, le vol, l’escroquerie et le manque de respect pour les biens communs ». Un gouvernement dont certains membres et certains hauts fonctionnaires détournent à des fins privées les ressources financières. financières allouées à un domaine stratégique où il est question de vie ou de mort : la défense et la sécurité. Ces individus sont identifiés et connus de tous, à commencer par le premier responsable de l’Etat, qui fait semblant de ne découvrir les faits que maintenant tout en s’immisçant dans ce dossier au mépris de son serment. Malheureusement, les détourneurs criminels se la coulent douce parce que bénéficiant d’une impunité totale, dans un contexte aussi crucial. Pour l’opposition politique, l’assassinat de centaines de soldat est directement lié à leur sous-développement causé par les détournements des fonds qui sont alloués à l’armée. C’est face à cette situation et ces comportements antinationaux que l’opposition s’insurge contre le communiqué du gouvernement qui consacre une justice à géométrie variable. Elle exige également « la transmission sans délai du rapport aux juridictions compétentes » et invite le peuple nigérien à se lever « comme un seul homme pour mettre un terme à cette gouvernance mafieuse fabriquée et pilotée par Issoufou Mahamadou ».

Nécessité d’une mobilisation citoyenne

Cependant il faut souligner que, suite au point de presse de l’opposition, la déception de l’opinion nationale est grande. Parce que la situation commande à l’opposition une réaction beaucoup plus énergique à la hauteur de la gravité de la situation. Une marche suivie de meeting est un minimum dans un contexte pareil. En tout cas, des citoyens de la société civile, eux, projettent d’organiser une mobilisation citoyenne le 15 mars 2020, pour dénoncer le pillage des deniers publics et l’impunité, et pour exiger la publication du rapport d’inspection du ministère de la défense, nous informe l’acteur de la société civile Moussa Tchangari. Cette courageuse décision a été prise lors d’une réunion tenue à l’espace Frantz Fanon le samedi 29 février 2020.

Laboukoye  

08 mars 2020
Source : Le Courrier

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