Dossier sur la vraie nature du régime : La 7e République et les affaires, la pourriture est totale

Dossier sur la vraie nature du régime : La 7e République et les affaires La pourriture est totale La 7e République est dans le creux de la vague. Secoué en permanence depuis neuf ans par une spirale de scandales sans fin, elle est prise depuis quelque temps dans le tourbillon d’une affaire des plus délicates. L’affaire de l’audit des fonds de l’armée a plongé le pays tout entier dans une sorte d’émoi indescriptible. Il y a de quoi. Des centaines de milliards destinés à doter l’armée d’armes et d’équipements militaires appropriés ont été dissipés par des individus qui se sont constitué une fortune remarquable. Leur mode opératoire tournait autour de faux marchés, de fausses factures et des marchés bien ficelés mais destinés à des entreprises fictives. Au bout du compte, ce sont des morts à n’en plus finir dans les rangs des Forces de défense et de sécurité (Fds) dont les éléments, comme l’a révélé et dénoncé le ministre Issoufou Katambé, doivent faire à face à l’ennemi avec des armes et des munitions défectueuses. Depuis les confessions explosives du ministre de la Défense, le climat social s’est enflammé, clouant au pilori les auteurs de ces crimes économiques et humains. Si le rapport d’enquête n’est pas encore connue du public, même si Issoufou Katambé en a révélé les contours, et que les mis en cause ne sont pas tous connus, des noms circulent toutefois au sein de l’opinion. L’ancien ministre de la Défense Kalla Moutari notamment, tout comme le général Karingama, sont pointés du doigt. Le président de la République, qui a reçu le rapport, ne l’a pas encore transmis au Parquet pour l’ouverture d’une information judiciaire, conformément à la loi. Va-t-il jamais le faire ? On en doute. La volonté de faire barrage à la procédure judiciaire, qui a transparu dans le communiqué gouvernemental du 26 février 2020 a été corroborée par la déclaration du Comité exécutif du Pnds Tarayya, rendue publique, hier, 4 mars 2020. L’épilogue judiciaire attendu par les Nigériens est-il compromis ? Mohamed Bazoum et ses camarades le pensent sérieusement. Dans la déclaration rendue publique, hier, les membres du CEN du Pnds ont notamment indiqué que « s’agissant de ceux qui pensent qu’ils ont désormais une aubaine pour instruire contre notre parti le procès de sa mise à mort, nous leur disons que cette fois encore, ils se trompent et qu’il va leur falloir prendre leur mal en patience ». L’affaire des fonds de l’armée va-t-elle connaître le sort de tous ces scandales qui, depuis près de dix ans, ont jalonné la vie de la 7e Ré »publique ?

L’Uraniumgate

Sous la direction malveillante de certains cadres véreux d’Areva (Actuelle Orano), a servi d’intermédiaire entre, d’une part, Hassoumi Massoudou agissant pour le compte de la Sopamin au nom de laquelle il a ouvert un compte à BNP Paribas ; d’autre part, les sociétés Energo Alyans et Optima Energy. Non seulement, c’est Areva qui s’est chargée de leur recrutement, enrôlés hors du circuit officiel du géant du nucléaire français, mais c’est également elle qui a effectué la vente de l’uranium et facilité les différentes transactions frauduleuses qui ont donné naissance à l’uraniumgate. C’est, donc, par l’entremise d’Areva que Hassoumi Massoudou, sous le couvert de la Sopamin, a eu la crédibilité nécessaire sur le marché international pour conduire le processus à terme. La lettre envoyée par Areva à Optima Energy s’inscrit dans ce sens.

Dans cette transaction frauduleuse qui a coûté 200 milliards au Niger, un homme a joué un rôle déterminant. Il s’agit de Georges Hawa, un des responsables d’Optima Energy au compte duquel Hassoumi Massoudou a viré les 200 milliards de l’État du Niger. Mais, qui est, donc, cet homme dont l’identité devait rester absolument secrète, du moins dans le cercle restreint des auteurs, complices, commanditaires et bénéficiaires nationaux et internationaux de cette transaction frauduleuse ? Cet homme n’est rien d’autre qu’un escroc international. Poursuivi dans plusieurs affaires d’’escroquerie portant sur d’importantes sommes d’argent, Georges Hawa est notamment accusé d’avoir dépouillé par des dols, entre 2005 et 2010, des partenaires en affaire. On parle de 144 000 dollars pour l’un ; de deux millions de dollars pour le deuxième et de quatre millions de dollars pur le troisième. Le procès de Georges Hawa a déjà eu lieu et la sentence est attendue pour le 29 mars prochain. C’est à la société de cet homme, peu recommandable, que Hassoumi Massoudou a viré les 200 milliards de l’État du Niger.

Affaire Samuel Mebiane De hautes personnalités nigériennes corrompues

L’affaire Samuel Mebiane ! Ce nom ne dit sans doute pas grand-chose pour nombre de Nigériens. Eh bien, c’est le nom du fils de l’ancien Premier ministre gabonais, Léon Mebiane, qui a été arrêté à Brooklyn (New York) par des officiers fédéraux américains pour soupçons de corruption. Lors de son procès intervenu en décembre 2016, Samuel Mebiame, qui est accusé de corruption, a régulièrement versé, selon la justice américaine, des pots de vin à des responsables publics africains, notamment au Niger, pour obtenir des concessions minières au profit d’une structure liée un Fonds d’investissement spéculatif américain. Si la justice américaine n’a pas dévoilé l’identité de la structure en question, il reste que le New York times a révélé qu’il s’agirait d’Och-Ziff Capital Management Group, qui gère plus de 39 milliards de dollars d’actifs. Impliqué dans plusieurs opérations illicites dans les trois pays africains (Niger, Tchad, Guinée) concernés par ces pratiques de corruption, Samuel Mebiane a arrosé ses vis-à-vis avec beaucoup d’argent et de belles voitures gracieusement offerts. Au Niger, la presse américaine parle d’un montant de 1,3 million de dollars versés à une société détenue par des responsables publics ainsi que de rutilantes voitures, sans compter le règlement de frais juridiques. Est-il surprenant de découvrir que des personnalités nigériennes de premier rang ont été corrompues pour le fils de l’ancien Premier ministre gabonais pour décrocher des concessions minières ? Le Courrier a régulièrement révélé des «liaisons incestueuses » au sommet de l’État, relativement aux permis miniers. L’affaire Endeavour Mining, derrière laquelle se trouvent des personnalités tapies à la présidence de la République, est révélatrice de ce que la justice américaine cherchait à comprendre dans l’affaire Mebiane. Ministre conseiller à la présidence de la République et ayant l’oreille de Mahamadou Issoufou qui ne peut rien lui refuser, Mohamed Akotey, par ailleurs président du Conseil d’administration d’Imouraren SA, s’est associé avec d’anciens d’Areva (actuelle Orano) pour faire main basse sur des permis de recherches dans des régions qui ont amplement justifié leur teneur en or. Mohamed Akotey représente-t-il sa propre personne au sein d’Endeavour Niger ou assume-t-il une mission par procuration ? Outre Mohamed Akotey, un autre proche, précisément Adou Adam Abdoulakader, un neveu d’Alkache Alhada, directeur de Cabinet de Mahamadou Issoufou à l’époque des faits et actuel ministre délégué à la sécurité publique, est dans l’affaire. À la tête d’une modeste société au capital social d’un million dénommée Arbab Mining, ce neveu de l’homme dans le bureau duquel Sébastien De Montessus a fait convoquer Hamma Hamadou, directeur général de la Sopamin à l’époque de l’uraniumgate, est membre d’Endeavour Niger en qualité de partenaire associé à part entière.

Contentieux judiciaire AFricard LTD – État du Niger L’accord amiable partiel, une bourde irréparable

Dans le contentieux Africard-Etat du Niger, le Niger, on s’en souvient, a été condamné aux Etats Unis à payer plus de 24 milliards de francs CFA. Mais, auparavant, des faits inédits ont jalonné ce bras de fer judiciaire. C’est le cas de l’accord amiable signé le 30 juillet 2016 avec Africard, à Paris. Ce jour-là, Mahamadou Issoufou dépêche une mission à Paris en vue de trouver un accord amiable avec Africard Ltd, une société de droit des Iles Vierges Britanniques dont le contrat de fabrication de passeports biométriques a été abusivement résilié par le gouvernement nigérien et qui a saisi les tribunaux internationaux. Feu Saïdou Sidibé et Gandou Zakara s’envolent pour la capitale française. Obnubilés par la saisie opérée sur l’avion de Mahamadou Issoufou qui souffre de ne pas pouvoir démentir ses compatriotes qui commençaient à trop jaser sur l’affaire, les deux hommes signent un torchon par lequel l’Etat du Niger accepte toutes les compromissions, l’essentiel étant de ramener sur le tarmac de Niamey, l’avion présidentiel. Les milliards devant servir à la reconstruction de la route Tahoua-Arlit ainsi ceux prévus pour la fertilisation des vallées de l’Irhazer et de l’Aïr, passent à la trappe. Pire, feu Saïdou Sidibé et Gandou Zakara vont signer un document dans lequel le Niger renonce à l’immunité d’exécution et accepte que cette renonciation à l’immunité d’exécution couvre toutes les catégories de Biens listés dans l’accord amiable, quelle que soit leur date d’acquisition, c’est-à-dire qu’elle soit antérieure, concomitante ou postérieure à la signature de l’accord, soit le 30 juillet 2016. Et pour faire bonne mesure, feu Saïdou Sidibé et Gandou Zakara ont naturellement engagé l’Etat du Niger à accepter, de façon irrévocable, la compétence de toutes les juridictions françaises et étrangères, notamment celles des Etats signataires de la Convention pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères.

En fin de compte, après moult procès, perdus par le Niger, la justice rendue (aux Etats Unis) a décidé, le 27 septembre 2016, que l’État du Niger doit payer à Africard LTD un peu plus de 24 milliards de francs CFA. Pour un contrat rompu de façon unilatérale et une désinvolture à se soumettre aux décisions de justice, voire une mauvaise foi dans le respect des engagements pris.

Areva-Etat du Niger Le deal honteux entre Areva et les autorités nigériennes

C’est dans la foulée d’une transaction frauduleuse tenue secrète, que le gouvernement de Mahamadou Issoufou, par le biais de Gilles Baillet, ministre des Finances à l’époque, a annoncé, sans aucune pudeur, une «aide budgétaire» d’Areva (actuelle Orano) de l’ordre de 35 millions d’euros. 35 millions d’euros qui représentaient, en réalité, une compensation du report du délai d’exploitation d’imouraren, initialement prévu en 2012, mais reporté à 2016, puis à 2017 et finalement remis aux calendes grecques. Les 35 millions d’euros étaient, donc, officiellement, ce que l’Etat nigérien a gagné dans cette malheureuse transaction. Et encore ! Gagner officiellement 35 millions d’euros, soit un peu moins de 24 milliards de francs CFA et perdre, dans les méandres des circuits offshore, 200 milliards de francs CFA, c’est bien plus qu’une supercherie. L’histoire de l’avion présidentiel nigérien, rocambolesque à plus d’un titre, est suffisamment connue des Nigériens. En récapitulant, on constate qu’Areva a fait office d’intermédiaire pour vendre de fortes quantités d’uranium du Niger au marché noir, mais on se demande bien pour le compte de qui puisque l’Etat nigérien, qui est censé bénéficier des produits de cette vente, s’est plutôt vu déposséder de 200 milliards. Alors, à qui a profité réellement ces 200 milliards virés par Hassoumi Massoudou dans un compte, à Dubaï ? Au regard de la personnalité sulfureuse de Georges Hawa, impliqué dans des affaires d’escroquerie internationale, il y a lieu de s’interroger sur la destination réelle de ces 200 milliards et des véritables bénéficiaires. Ce qui est certain, le Niger a perdu sur toute la ligne. Il a perdu 200 milliards d’un coup et il a perdu le bénéfice d’une exploitation immédiate d’Imouraren.
Dossier à suivre

Laboukoye

08 mars 2020
Source : Le Courrier

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