Lutte contre les voleurs de l’État : Issoufou a-t-il retrouvé son « Boulala » égaré ?

Lutte contre les voleurs de l’État : Issoufou a-t-il retrouvé son « Boulala » égaré ? La gestion de la Renaissance est émaillée de moult scandales les uns plus cocasses que les autres. Et qui n’est pas trempé à un titre ou à un autre, dans une de ces affaires scabreuses qui ont terni l’image du pays au plan international, perçu souvent comme un Etat-voyou avec ici et là des trafics de devises transitant – pour ce qu’on a pu voir – par l’aéroport, des trafics de drogues qui ont impliqué des acteurs du pouvoir, employés à la présidence, à la primature et à l’Assemblée nationale, des trafics d’armes, et avec des affaires fumeuses qui ont conduit l’Etat du Niger en justice contre certains acteurs internationaux, avec à la clé des saisies sur des biens de l’Etat notamment des immeubles à l’étranger et l’avion présidentiel. Et ce n’est pas fini : on se rappelle que pour la voie ferrée controversée et techniquement discutable, Bolloré réclamerait quelques 1900 milliards pour un «machin» qui ne servira jamais et qui humilie en plus le pays. Déjà, quand on peut voir l’état dans lequel se trouve le «bijou» de la Renaissance, l’on ne peut que pleurer qu’il ne puisse servir que comme un objet de musée, tellement «périmé» que l’on a l’impression qu’il est là, planté inutilement en terre, depuis le néolithique, couvert de décharges et de sable. Et les gens se sont enrichis depuis neuf ans. Le socialiste a généreusement profité de son pouvoir et du Niger qui, lui, s’est appauvri dans la société et dans les familles, dans l’administration et dans l’économie plus généralement. Alors que la majorité vit la galère, paysans et commerçants notamment, une minorité profiteuse, s’est accaparée des rentes de l’Etat, s’engraissant sur le dos du peuple. Comment ne pas râler quand on apprend, et à un moment où l’horrible terrorisme tue et endeuille, que quelques 1700 milliards se sont dissipés à la Défense ? De tels actes peuvent-ils être tolérés dans un Etat de droit ? Il va sans dire qu’en apprenant un tel détournement, le président de la République, Chef Suprême des armées, en a été profondément déçu ? Il est bien normal dans ces conditions que certains nouveaux riches surpris par leur destin deviennent si charitables à rivaliser avec Mère Theresa ou avec le Resto du coeur, lançant à qui mieux des miettes comme pour informer sur leur nouveau statut. Jamais immeubles insolents n’ont poussé dans la ville que sous cette soi-disant Renaissance, appartenant à ceux qui, hier, à la conférence nationale, pauvres, s’indignaient de voir des villas pourtant modestes sortir de terre à Kouara Kano. La nouvelle bourgeoisie compradore secrétée par le système érige partout et pour sa progéniture et pour ses gloires nouvelles, des buildings d’un standing qui toise la misère d’une société ruinée, détruite par les violences d’un socialisme asocial.

Impunité…

Le gangstérisme a atteint des sommets, entretenu par une impunité que l’on a toujours reprochée à la gouvernance guri qui a cru que ses militants doivent avoir sa protection quelle que soit la faute qu’ils peuvent commettre. Combien sont-ils d’ailleurs ceux qui, après des détournements avérés, n’ont eu pour sanction qu’une réaffectation qui a conduit certains à la présidence et pour les moins veinards un court séjour à la maison d’arrêt pour être rapidement cooptés et envoyés ailleurs et se sucrer avec le pactole amassé. En 2016, avant les élections, les Nigériens reprochaient aux socialistes l’iniquité de leur gestion, notamment de ne pas pouvoir sanctionner ceux qui manquent à leurs obligations. Bazoum Mohamed, pour réagir à cette accusation, reconnaissait ce manquement et promettait, comme pour rassurer l’électorat, que le deuxième mandat que le système convoitait sera conduit sous le sceau de la lutte vigoureuse contre l’impunité et pour l’assainissement. Ce n’était que de l’enfumage. Alors qu’il s’était débrouillé à avoir le deuxième mandat, on ne s’en est pris qu’à des opposants qui sont toujours en prison sans que le régime ne puisse pourtant pas apporter les preuves de ses allégations. Après sa reprise de fonction, le président «réélu», annonce en grande pompe «l’opération Maï Boulala» qui ne fut qu’un feu de paille. De tous ceux qui, ayant des dossiers que le parquet avait d’ailleurs exhibés lors d’un point de presse pour témoigner de l’ampleur des crimes économiques dans le pays, on n’entendit aucun qui paie par la prison pour son acte mais le parquet avait des raisons de s’en excuser, car dira-t-il, s’il leur faut traiter tous les dossiers, il leur faudra construire de nouvelles prisons dans le pays. Il y a quelques convocations aux premières heures de Mai Boulala. Mais la cravache a été vite rangée dans les tiroirs. Une pause stratégique pour attendre le moment le plus opportun ? En tout cas les Nigériens étaient surpris d’entendre les points débattus lors du dernier conseil de ministres.

Un conseil des ministres qui intrigue…

Qui n’a pas été étonné, alors que le conseil des ministres se tenait le vendredi passé seulement, que l’on tienne un autre, juste le lundi qui suit. Y a-t-il des urgences qui commandent la tenue de ce conseil qui ne pouvait attendre le vendredi suivant, date de tenue ordinaire des conseils de ministre en République du Niger. Ce sont les points abordés à ce conseil qui poussent à s’interroger sur ce que pourrait cacher les intentions politiques qui ont commandé l’écriture des nouvelles lois. Est-ce un réveil du Lion pour enfin secouer le cocotier et faire rendre gorge à tous ceux qui, alors que le président se bat à marquer l’histoire du pays, n’ont fait que profiter de leurs positions, ne pouvant travailler pour donner des résultats qui puissent faire avancer le pays ? Ou est-ce parce que le régime s’est senti humilié par les résultats de la dernière étude d’Amnesty International sur la corruption qui a d’abord révélé que la corruption prend de l’ampleur dans le pays mais aussi que le régime présente des signes qui sont ceux d’un régime autoritaire ? Mais suffit-il d’adopter des textes sans avoir la volonté politique, pour faire croire qu’on combat un mal ? Les lois de la République ne permettaient-elles pas déjà de gérer la pile de dossiers qu’exhibait le parquet en 2016 ? Entre autres textes de loi à ce conseil, on peut retenir le «Projet de décret portant désignation de l’autorité compétente chargée de la coordination de la réponse nationale aux risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme», le «Projet de décret portant réorganisation du Comité National de Coordination des Actions relatives à la Lutte contre le Blanchiment des Capitaux, le Financement du Terrorisme et le Financement de la Prolifération des Armes de Destruction Massive» et le «Projet de décret portant sur le gel administratif des fonds, biens et autres ressources financières ou ressources économiques dans le cadre de la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive».

Et ça tremble au Gondwana…

L’atmosphère semblait glaciale dans la salle des délibérations de conseil des ministres ce lundi matin. Chacun ministre, a pu sentir venir les temps des persécutions surtout lorsqu’on peut entendre qu’il faut étendre la déclaration des biens à certains agents et plaignant que d’autres qui le font déjà, ne le feraient pas honnêtement. Il y a donc à s’effrayer, car cette volonté subite pourrait cacher des intentions, sinon un agenda beaucoup plus complexe. Ça risque donc de barder à la Renaissance. Tous ceux qui traînent des casseroles bruyantes peuvent retourner chez les marabouts : le Lion s’est réveillé.

Le ton est donné, rangez-vous ! Et taisez vos ambitions pour 2021 !

04 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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