Majorité/Opposition : L’enlisement

Majorité/Opposition : L’enlisement Le débat organisé par le réseau des radioset télévisions indépendantes du Niger a permis aux Nigériens de comprendre bien de choses dans ce qui bloque dans la tenue du dialogue politique qui avait pourtant donné beaucoup d’espoir aux Nigériens. L’initiative est louable, car en réussissant à réunir des acteurs politiques à discuter sur un même plateau pour débattre de questions qui divisent, le réseau aura permis de comprendre la position de chacun sur la perception qu’il a de la nécessité du dialogue. Dans la forme des signes déjà des signes peuvent permettre de comprendre que le pouvoir est venu pour distraire les Nigériens. Aucun sens du sérieux…

Dans la forme

Tous les observateurs ont tout de suite vu le malaise d’une société dans laquelle les hommes ne savent plus se faire confiance. Qui n’a pas vu cette agitation des représentants du pouvoir qui ne peuvent sereinement se défendre et défendre leur système, trahissant par des gestes désordonnés leurs rangs, comme s’ils se trouvaient encore à la Place AB du campus universitaire ? Il était difficile de voir dans leurs comportements des ministres de la République qui pouvaient saisir la portée de leurs paroles dans un pays fait de malaises. Par des fuites en avant, des accusations infondées pour faire porter à l’opposition le chapeau de l’échec du dialogue politique qui ne pouvait d’ailleurs avoir aucun sens, quand le président qui doit le soutenir et le rendre possible, se dit dans chacun de ses discours qu’il est satisfait des échos du travail d’une CENI dont il sait que c’est aussi elle qui fait problème entre les protagonistes politiques. Depuis, les analystes étaient nombreux à ne pas croire à une volonté du pouvoir à aller à un réel dialogue qui sauve la démocratie et la paix. On comprend dès lors pourquoi l’opposition très méfiante – et pour cause – demande l’implication personnelle du président de la République dans le processus du dialogue, si tant est qu’il en veut au lieu que ce soit des fairevaloir qui n’ont dans le débat aucun pouvoir de décision, ne pouvant prendre avec l’opposition aucun engagement quand on sait qu’à tout moment, les consensus auxquels ils peuvent aboutir pourraient être remis en cause, ce qui est, du reste, souvent arrivé déjà.

Comme pour témoigner également de ce que le camp du pouvoir n’a aucune volonté de dialoguer, on est allé chercher des badauds pour investir le lieu du débat pour huer les représentants de l’opposition chaque fois qu’ils prennent la parole. Certains, on l’aura compris, avaient été «dressés» pour s’en prendre à un autre, comme si c’est un crime que de décider de ne plus composer avec eux, lorsqu’on ne serait plus en phase avec leurs manières, avec leurs visions, avec leurs politiques ? Ils veulent qu’on s’attache servilement à eux, même lorsqu’on a conscience que ça ne va pas et surtout lorsqu’on se rend compte qu’avec leurs choix, c’est l’avenir même du pays qui est en jeu. Omar Hamidou dit Ladan Tchana que les invectives visaient, pouvait d’ailleurs rester serein, refusant de tomber dans le piège de l’énervement dans lequel, si maladroitement, on voulait le pousser. Ne pouvant d’ailleurs pas boxer dans la même catégorie avec ces mercenaires sans vergogne, il rassure ceux qui les emploient à cette ignominieuse besogne qu’ils l’ont perdu pour de bon. En effet, dira-t-il, «Apparemment, je manque beaucoup aux gens du Pnds mais ce temps est révolu». On ne peut pas être plus clair.

Un débat rabaissé par les forfanteries d’une majorité qui semble être aux abois…

Pendant toute la séance, pour intervenir, comme pour jouer à la vedette en face de la machine à applaudir qui a été ameutée et mis en place à cette fin, l’on a vu Ben Omar et Zakaria, s’égosiller à faire entendre des voix qui n’ont plus de crédit dans le pays. Ils savent sans doute que leurs propos ne passent pas ; aussi s’efforcent-t-ils à faire ce forcing pour obliger à les entendre et ce lorsque, leurs arguments manquent de pertinence et de vérité.

Ben Omar, un historien qui n’est pas en phase avec l’Histoire…

L’homme est connu pour être un avocat de causes perdues, et qu’on n’emploie que lorsque les situations sont désespérées. Par cet autre come-back, on se rend compte qu’il n’a toujours pas appris les leçons de l’histoire, pensant qu’avec une «tempête dans un verre d’eau», notamment avec sa rhétorique redondante, faite d’emphase et d’emportement, il peut détourner les consciences pour faire passer des vessies pour des lanternes. Il est venu sur ce plateau pour faire une révélation ahurissante qui a fait rire toute le Gondwana. Avec des idées arriérées, il veut faire admettre un savoir désuet. Qui ne l’a pas entendu dire, non sans étonnement, que «La démocratie est une dictature d’une majorité sur une minorité». Les Nigériens et tous les autres observateurs ont pu comprendre par là qu’il est impossible dans ces conditions qu’il y ait dialogue parce qu’avec une telle conception étriquée, une majorité à toute le moins farfelue dans le contexte nigérien quand on sait son déficit de légitimité, ne peut à chaque fois que vouloir imposer ses choix, entendu que pour elle, une minorité ne peut que subir, ne pouvant jamais être écoutée, associée. Mais alors, peuvent-ils dire comment, dans une telle lecture, la création d’un CNDP puisse avoir sens. Sensément, l’on ne peut jamais aller dans des débats dans une telle conception de la démocratie dès lors que l’avis de l’autre, parce qu’il serait minoritaire, ne devait et pouvait être pris en compte. Du reste, certains autres propos témoignent de ce que ce régime, n’est pas prêt d’aller dans un dialogue franc et constructif. Pourquoi donc Macron veut-il induire les présidents Sahéliens en erreur, voulant qu’ils n’écoutent pas leurs peuples pour n’obtempérer qu’à ses seuls désidératas ? Macron, alors que souvent ce n’est qu’une centaine de personnes qui manifestent dans son pays, n’a-t-il pas été obligé finalement d’être à l’écoute des Gilets jaunes et de convoquer un dialogue national ? C’est cela aussi la responsabilité. Pourquoi les autres ne devaient-ils pas avoir la même attitude chez eux ? Est-ce parce qu’il s’agit de Nègres, d’un peuple-mouton ? Souvent on se demande même s’il a conscience de la portée de certains de ses propos. On est au Niger, dans cette petite république bananière, où le Chef veut régenter son peuple, donnant au Maître à comprendre qu’il pouvait seul penser pour plus de 20 millions de Nigériens qui n’ont plus voix au chapitre dans «sa» République. Et les petits ouvriers du système doivent porter cette conception réductrice de la démocratie. C’est ainsi qu’on peut entendre l’ancien militant du RDP dire sans pudeur : «Or, nous nous sommes responsables devant les Nigériens». Pense-t-il que l’opposition ne l’est pas vis-à-vis du peuple ? C’est parce qu’elle est tout aussi responsable, qu’elle joue son rôle de contre-pouvoir pour ne pas trahir le peuple en alertant à chaque fois sur les dérives du régime qu’il interpelle chaque fois que de besoin. Peut-il d’ailleurs convaincre qu’ils sont plus responsables, lorsque des trafiquants de drogue évoluent dans les arcanes du pouvoir sans qu’ils ne soient inquiétés pour une telle activité répréhensible dans une démocratie normale ? Sont-ils responsables lorsque face à l’insécurité, ils ont toujours refusé de s’assumer par rapport aux revers au plan de la lutte anti-terroriste ? N’est-ce pas de la responsabilité que d’éviter à un pays toute épreuve, pour créer les conditions pour la tenue d’élections incontestables, libres et acceptées de tous ? Dans de telles conditions on ne peut s’étonner que Ben Omar, comme au temps du Tazartché dont il avait été le plus grand héraut, affirme que «Le Niger n’est pas en crise». Mais alors, s’il n’est pas en crise, pourquoi peuvent-ils accepter, ne serait-ce que par principe, qu’il y ait dialogue ? S’il n’y a pas crise, pourquoi, sans que ce ne soit sincère, le président peut-il continuer à «tendre une main» à une opposition ? On voit bien que les camarades cachent mal leurs appréhensions par rapport à la tenue des prochaines élections qui sont, malgré les faux optimismes qu’ils expriment, les plus incertaines de l’histoire de notre jeune et fragile démocratie. Alors, comme ils ont considéré qu’ «On ne peut pas les [les opposants]obliger à venir dans le dialogue», Ben Omar et Zakaria, considèrent qu’ils ont réussi à pousser l’opposition à se dégouter des prochaines élections et à se tenir en marge du processus, pour les organiser à leur seule convenance, et légaliser un candidat pré-positionné pour diriger le pays en 2021 même sans un fichier fiable ainsi que cela s’annonce. D’ailleurs, n’avaient-ils pas déjà exprimé cette intention ubuesque de conserver le pouvoir pendant au moins trente ans, sans que rien, objectivement, ne puisse rendre envisageable un tel rêve à tout le moins déraisonné.

Le président de Bassira est un historien qui a visiblement mal intégré ses leçons d’histoire. Il prétend que dans le monde il n’y a qu’au Niger où il y a un bloc de majorité, un pour une opposition et un de non affiliés. Peut-il savoir, comme un de ses cadets le lui a rappelé, qu’en France il y a aujourd’hui une majorité incarnée par le mouvement en marche, et en face d’elle plusieurs oppositions dont la Droite, l’Extrême Droite, la Gauche, les Centristes. Peut-on dans une démocratie dénier à un autre de ne pas se positionner, et de refuser les clivages classiques ? Mais on comprend Ben : il pense que chez nous, si ce n’est en France, personne ne fait de la politique par conviction et pour des valeurs, si n’est pour des intérêts, pour le ventre que bien d’autres, sous nos tropiques ont réussi à faire pousser.

Ceux qui étaient là à suivre le débat ont compris que les représentants du pouvoir manquaient vraiment d’arguments pour dominer le débat. Et on ne comprend pas que Zakaria prétende, sachant bien que c’est l’Opposition qui demande le dialogue et qui appelle pour ce le président à s’y impliquer, que ce sont les opposants qui n’en veulent pas. Et on l’entend qui dit comme s’il ne sait plus défendre son objet : «pourquoi vous refusez le dialogue ?». Comme on le voit, le régime est dans l’atermoiement, ne pouvant prendre la mesure d’une situation qui s’aggrave du jour au jour dans un pays où les colères montent. Mais Ladan Tchana rassure ses adversaires : «Nous voulons du dialogue». Mais il prévient que «Ce que la majorité veut [leur] imposer, [ils] ne l’accepter [ont] jamais».
Et l’enlisement continue…

Gobandy

25 janvier 2020
Publié le 15 janvier 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

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