2020 : Forte probabilité d’un embrasement de l’arène politique

2020 : Forte probabilité d’un embrasement de l’arène politique La présentation des voeux de nouvel an aux parents, amis et connaissances est une tradition multiséculaire. Elle remonte à la nuit des temps. Dès l’avènement de la nouvelle année annoncée par le premier son de cloche de minuit, tout le monde s’empresse à accomplir le rituel. Le président Issoufou Mahamadou a décidé d’en faire une cérémonie officielle élargie aux citoyens à la base pour se distinguer de ses prédécesseurs. C’est ainsi que depuis le 1er janvier 2020, des représentants des différentes couches sociopolitiques et professionnelles de notre pays ont défilé à la queue-leu-leu au palais de la présidence pour lui présenter leurs voeux de nouvel an. Comme à l’accoutumée, les hôtes circonstanciels du chef de l’Etat ont tous servi le même refrain cette année encore aux Nigériens. Morceaux choisis de la litanie : ‘’Cette présentation des voeux instituée par le président Issoufou depuis 2012 est une initiative louable’’ ; ‘’c’est un cadre permettant aux citoyens d’être face à face avec le président pour lui souhaiter leurs voeux les meilleures et exprimer à ses oreilles leurs doléances’’ ; ‘’le président Issoufou Mahamadou a beaucoup oeuvré de ces 8 dernières années pour le développement et la prospérité de notre pays, nous l’en remercions du fond du coeur…, et patati et patata !’’.

La marque de manifestation de leur gratitude à l’endroit d’Issoufou, après la dégustation des méchouis et autres friandises qui leur sont offerts, se résume essentiellement à ces éloges, dans certains cas, fortement intéressés bien évidemment. Les souhaits formulés à l’occasion de chaque nouvel an pour que la nouvelle année soit meilleure à la précédente. Aussi bien pour soi-même que pour les proches parents, les amis, les connaissances voire le pays tout entier. Concernant le pays précisément, ce sont surtout les valeurs de paix, de quiétude sociale et de prospérité qui sont formulées comme voeux. Surtout en cette nouvelle année 2020 au cours de laquelle débuteront les élections générales en vue du renouvellement de la classe dirigeante du pays. En effet, c’est à compter du mois de novembre prochain que se tiendront les élections locales, suivies des élections présidentielles couplées aux législatives dès le 27 décembre, soit un mois d’intervalle entre les deux scrutins. Au regard de la profonde crise politique qui divise la majorité et l’opposition depuis 2016, qui pourra certifier aujourd’hui que les conditions de paix et de sérénité politique sont réunis pour organiser des élections libres, inclusives et transparentes qui seront acceptées par toutes les parties-prenantes ? Cette situation qui prévaut actuellement constitue aux yeux de nombreux nigériens une source de préoccupation majeure par rapport à la stabilité politique au cours de cette année 2020. Un feu ardent mais latent, qui risque fort de s’embraser dans les mois à venir, devant la persistance de la crise politique en l’absence de la tenue du dialogue politique nationale inclusif qui devrait se tenir depuis mi-octobre début novembre pour aplanir les divergences et rectifier la conduite du processus électoral sur des bases consensuelles. La majorité présidentielle n’est malheureusement pas dans cette prédisposition d’esprit. Elle avance tête baissée avec sa Commission électorale nationale indépendante (CENI) taillée sur mesure, en se disant que les opposants accepteront le saupoudrage qui sera apporté au fichier électoral biométrique élaboré avec beaucoup d’insuffisance. Les opposants sont déjà tombés dans le panneau en 2015 relativement à l’élaboration du fichier classique qui a servi de support à l’organisation des élections générales de 2016. ‘’La récidive peut toujours marcher avec des opposants qu’on a déjà floué une première fois en 2016’’. Est-ce évident ? Rien n’est moins sûr ! C’est dire que la probabilité de l’embrasement de l’arène politique est très forte cette année. Concernant la gestion de la question sécuritaire liée aux attaques terroristes, nous ne le souhaitons pas, mais il faut aussi redouter le même risque d’une flambée de la situation. Le ton a été donné avec cette attaque sanglante du casernement militaire de Chinagoder intervenue le jeudi 9 janvier dernier. Si d’aventure la stratégie de lutte contre le terrorisme actuellement en vigueur n’est pas révisée en profondeur par les dirigeants des pays du G5 Sahel dont le nôtre. Nous sommes toutes ces années sur la défensive, il faut passer à l’offensive pour éradiquer le mal.

Tawèye

 25 janvier 2020
Publié le 13 janvier 2020
Source : La Canard En Furie

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