L’opposition est-elle incapable d’imposer une alternance au PNDS ?

zLa crise politique au Niger, ne se dissipe pas ; au contraire elle se complexifie et se tasse. Les acteurs politiques, comme à leur habitude, font montre d’une intransigeance et d’une radicalité qui ne présagent rien de bon quant à l’issue d’une situation aujourd’hui préoccupante. Faut-il croire que, comme en d’autres temps, cette classe politique, par ses chamailleries, ne peut jamais donner des chances à notre démocratie pour qu’elle ait des chances de respirer par une alternance pacifique, non instrumentalisée ainsi que la Renaissance ruse à le réussir en imposant des élections bancales aux nigériens, à leur seule convenance ? Depuis combien de temps les protagonistes de cette classe politique ne peuvent plus se parler, profondément divisés autour de questions majeures qui déterminent remarquablement la vie de la nation, incapables de consensus ? Comment peut-on comprendre, alors qu’en d’autres temps le Pnds s’en était préoccupé, aujourd’hui au pouvoir, il se refuse à tout compromis salvateur pour un pays décidément abonné à l’instabilité depuis qu’il est entré en démocratie ? Pourquoi refuse-til ce pourquoi il se battait naguère ? Combien de républiques le pays a déjà connues, depuis la décennie 90, incapable de consolider les fondations d’une démocratie bâtie pourtant avec le sang, la sueur et les larmes de ses enfants ? Notre démocratie, ne sait-elle que générer des républiques éphémères sans jamais pouvoir rendre même une plus pérenne, plus viable pour témoigner de notre capacité à conduire la démocratie, à être en phase avec ses exigences, avec les valeurs qu’elle prêche tout en bannissant celles qu’elle proscrit. Comment donc, face au destin oedipien d’un pouvoir qui ne sait pas lire l’histoire, ne pas se rappeler ces conseils avisés de Madame Bazèye qui, un 7 avril 2011, à une cérémonie de prestation de serment, tirant les leçons de l’histoire, appelait le président élu qui s’installait à faire attention aux vieilles sirènes, laudateurs de service, qui pourraient, comme elles l’ont fait avec d’autres, l’induire dans les mêmes travers, dans les mêmes errements qui ont conduit d’autres aux reculs et aux mêmes déboires que l’on sait ? Sur qui et sur quoi peuvent compter nos princes pour croire à leur invulnérabilité et oser ces durcissements à tout le moins suicidaires ? Se peut-il qu’avec un tel comportement fait d’insouciance et de démesure, la Renaissance puisse convaincre qu’elle se préoccupe de la quiétude de ce pays ? Le pays bascule peu à peu, mais le régime porté sur ses illusions et ses folies de grandeur, fait semblant de ne rien voir, avançant comme s’il ne devait pas avoir d’autres choix, sans pouvoir cacher ses peurs que lui inspirent les incertitudes d’une démarche politiquement trop risquée.

Cela fait longtemps que l’on appelle à décrisper, à apaiser, à réconcilier, mais les socialistes s’y refusent, croyant qu’ils sont des vainqueurs peut-être parce qu’ils auraient cru qu’ils ont réussi à mettre le peuple sous ses pieds lorsque certains de ses enfants se seraient montrés vénaux, vils et couards, pour ne plus avoir de dignité à défendre dans la nation et dans leur vie ? Mais il y a quelques jours, l’on avait cru que les gouvernants ont mesuré la portée de la situation, pour apporter des réponses attendues attendues face à une situation désespérante et désespérée.

Une lueur, comme un éclair dans le ciel politique

Pendant que la situation sécuritaire prend des proportions inquiétantes et que l’économie du pays exsangue, se détériore, l’on avait cru que le régime pouvait prendre conscience de l’inconfort dans lequel le pays se trouve pour ne pas jouer avec son destin tout en ayant un comportement responsable qui tienne compte de l’urgence de paix et de réconciliation. C’est le retour d’exil de Hama Amadou, chef de file de l’Opposition nigérienne, qui avait donné à croire à cette chance d’accalmie et de sortie de l’enlisement pour permettre, dans un esprit de pardon et de fraternité, sans gommer pour autant les différences et les adversités, que les enfants du pays sachent réinventer une politique de la tolérance. Tous les nigériens à l’occasion de ce retour avaient aimé voir la classe politique, toute tendance confondue, converger vers Hama Amadou qui avait perdu sa maman quelques semaines plus tôt, réapprenant à compatir, à échanger, à fraterniser. Les images de ces rencontres qu’on ne pouvait imaginer il y a quelques mois, circulant sur les réseaux sociaux où on les partageait largement, avaient fini par faire comprendre que dans notre culture, nous avons des valeurs qui peuvent aider à transcender les épreuves et les divergences pour réussir ensemble le meilleur pour notre pays et pour chacun de nous. Qui n’avait-on pas vu chez Hama Amadou ? Est-ce seulement pour des raisons sociales qui commandent, en des circonstances douloureuses comme celles de la perte d’un être cher, de telles civilités ? Quand on sait le degré de détestation auquel on est arrivé dans le pays, il est certain, que les mobiles de ces gestes humains faits ici et là, vont au-delà des seules considérations sociales. Il y avait, certainement des motivations politiques qui commandaient ces gestes humains qui anoblissaient la classe politique nigérienne.

Entre temps, Hama Amadou repasse à la case prison, mettant le régime en face de lui-même, non sans lui faire risquer de perdre la face, de détruire davantage son image quand, lui, alors que le peuple attend de sa part un geste magnanime, peut continuer dans les mêmes aigreurs et les mêmes rancoeurs. Entre temps encore l’insécurité sévit et la violence barbare des forces du mal continue à faire rage. Et le dialogue politique est au poids mort, avec un président qui, malgré les contestations que l’on voit autour de la CENI et du code électoral, dans ses différentes déclarations, continue à dire qu’il se satisfait d’un processus solitaire qui n’a jamais requis l’assentiment de son opposition à qui, dans un dialogue de sourd, il prétend tendre une main bien invisible. Et les malaises survivent… C’est à l’occasion d’événements nationaux que l’on peut se rendre compte que la fracture, entre les deux importants blocs politiques plus que jamais réelle, ne fait que se creuser. A l’occasion de la fête du 18 décembre 2019, aucune figure de l’opposition n’était perceptible sur les lieux des manifestations à Tillabéri, même si mensongèrement, le protocole d’Etat fait place une arrivée improbable d’un chef de file de l’opposition et d’anciens présidents si ce n’est, seul visible, «l’ami» Salou Djibo que de petits calculs font roder autour de la ? marmite rose? pour attendre le retour d’un ascenseur en panne. Plus récemment encore, à la présentation de voeux de nouvel an au chef de l’Etat, alors qu’on annonçait le tour des partis politiques, l’on ne pouvait voir aucun leader de l’opposition au sein d’une ?marmaille politique? souvent non représentative qui s’affiche avec le Boss, heureuse de se pavaner dans les hauts lieux du pouvoir, assumant une servilité à l’égard d’un pouvoir qu’elle ne peut raisonner pour l’intérêt supérieur d’un pays qui tangue et se perd. Ce dernier événement aura ainsi montré que la crise nigérienne persiste et que plus rien ne donne à avoir quelque optimisme pour une situation qui ne fait que se dégrader surtout quand désormais, tous les Nigériens sont unanimes à reconnaître que si cela ne dépendait que du Président Issoufou, désormais positionné dans le débat, personne ne peut s’attendre à mieux pour voir la situation évoluer positivement. On ne peut en effet lire aucune volonté chez lui à décrisper une situation dans laquelle il croit sans doute être en position de victoire pour mépriser toute attitude de conciliation qui ne peut à ses yeux, porté par ses suffisances, que le rabaisser. Du reste, on l’a plusieurs fois entendu dire qu’il est très satisfait des échos qu’il a de ce que fait la CENI, et pour ce, il s’en félicite, pour appeler les Nigériens en âge de voter à aller se faire enrôler. Comme quoi, il est de plein pied dans la mêlée. L’Opposition est avertie. Peut-être est-elle en train de penser ses stratégies de lutte : une question de vie ou de mort pour elle. Sa survie en dépend. Dès lors, il ne reste plus qu’une solution à l’opposition et à tous les Nigériens épris de vérité et de justice : lutter. Sinon abandonner pour vivre dans les chaînes qui les asservissent.

Bello Bonkan

25 janvier 2020
Publié le 13 janvier 2020
Source : La Canard En Furie

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