Attaque contre le poste avancé de Chinagodar : Y a-t-il eu mensonge délibéré sur le bilan ?

eInatès, le 10 décembre 2019, Sanam le…, Chinégodar, le 9 janvier 2020, les attaques meurtrières s’enchaînent, les morts s’entassent, les familles endeuillées se multiplient. L’ultime attaque contre le poste avancé de Chinégodar, à la frontière nigéromalienne, ce fatidique 9 janvier, soulève, comme dans les cas précités et autres, de vives polémiques. Entre colère et indignation, incompréhensions et inquiétudes, les Nigériens semblent au bout du rouleau. S’ils sont révoltés par ce cycle infernal qui recommence sans cesse, pratiquement selon le même mode opératoire, les Nigériens sont encore plus choqués de constater que les militaires nigériens sont de plus en plus nombreux à tomber sous les balles ennemies sans qu’il y ait la moindre sanction. Ni dans la hiérarchie militaire, ni au gouvernement. Pourtant, du 10 décembre 2019 au 9 janvier 2020, soit en l’espace d’un mois, le Niger a enregistré, selon un bilan officiel, 110 soldats, dont 71 morts à Inatès, 14 à Sanam et 25 à Chinégodar. Un bilan déjà trop lourd, mais qui fait polémique au sein de l’opinion nationale. Selon des rumeurs fortement alimentées par des sources, dit-on, militaires, le bilan serait nettement deux fois supérieur. C’est ainsi qu’à Inatès, alors que le gouvernement a d’abord annoncé…morts avant de reconnaître 71 morts au total, des sources, y compris proches de l’armée, ont avancé le nombre effarant de 110 morts. Sur le cas de Chinégodar, le même scénario va se répéter. Alors que le gouvernement annonce 25 morts dans les rangs des Forces de défense et de sécurité contre 63 chez l’ennemi, sur les réseaux sociaux, des témoignages d’officiers de l’armée, sous couvert de l’anonymat, font valoir un bilan plus lourd : 89 corps, tous de militaires, seraient acheminés à Niamey pour inhumation. Le bruit se répand comme une traînée de poudre, notamment grâce aux réseaux sociaux. Le gouvernement est pris à partie, mais reste curieusement silencieux.

Aux confidences révélées d’officiers militaires sur le vrai bilan de Chinégodar, se succèdent les témoignages de personnes ayant réceptionné et/ou enterré les corps. C’est bel et bien 89 corps et non 25 comme annoncé par le gouvernement. Le gouvernement ne dit toujours rien. Mais, quelques heures après l’inhumation des 89 corps au cimetière des soldats, sis à l’Escadrille militaire de Niamey, c’est par le correspondant de Rfi à Niamey, Moussa Kaka, que l’on apprend que le bilan officiel est désormais de 89 morts dans les rangs des Fds. Aucune communication officielle, ni pour confirmer le bilan donné par Rfi, encore moins pour présenter des excuses au peuple pour cette «erreur» sur le bilan. Dès lors, l’on ne parle plus que de mensonge du gouvernement. L’indignation et la colère des populations sont à leur comble. Comment la hiérarchie militaire peut-elle se tromper sur le bilan ? En se précipitant pour communiquer un bilan qui est loin d’être réel et exact, la hiérarchie militaire a provoqué au sein de l’opinion un sentiment profond de méfiance. Déjà, à la suite de l’attaque contre Inatès, des discours et écrits chargés de sous-entendus graves ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Les Nigériens, de plus en plus, sont convaincus de l’existence de réseaux de complicité qui facilitent la tâche aux assaillants.

Si certains, nombreux, n’hésitent pas à pointer un doigt accusateur sur la France dont la politique au Sahel est fortement contestée, d’autres voix s’élèvent pour s’interroger, voire pour dire haut et fort que les germes de la faillite de la politique sécuritaire du Niger ne se trouvent pas forcément à Paris, mais à Niamey. « La clarification, c’est Niamey et non à Pau », a écrit Maïkoul Zodi, acteur de la société civile et président de l’association « Tournons la page, Niger ». Le mensonge sur le bilan de Chinégodar fait planer un doute sérieux sur les bilans de toutes les autres attaques. Combien de soldats le Niger a perdus du fait des attaques terroristes ? Nul ne le sait. Les bilans officiels ne font plus foi. Plus personne n’y croit. Le correspondant de Rfi a-t-il été commis pour communiquer aux Nigériens la forfaiture sur le bilan ? Nombre de Nigériens le croient puisque Moussa Kaka n’a pas usé du conditionnel, mais a clairement indiqué qu’il s’agit d’un bilan officiel. D’ailleurs, de nouvelles rumeurs parlent d’un autre bilan de 117 morts, 29 autres corps ayant été inhumés en dernier lieu. Vrai ou faux ? Le gouvernement se complaît dans un mutisme total, comme tétanisé.

La crise qui couve est inquiétante. Il y a une véritable défiance des Nigériens vis-àvis du régime. Et ce qui vient de se passer à Chinégodar a aggravé la tension. Le mensonge sur le bilan est certain. Mais a-til été délibéré en vue de tromper l’opinion nationale ? Si la réponse n’est pas, au stade actuel, connue, elle se saura forcément, un jour. En attendant, le gouvernement et la hiérarchie militaire n’ont aucune excuse en annonçant que l’aviation militaire de pays amis a permis de neutraliser les assaillants. Comme pour donner la preuve qu’il s’agit d’une pure invention, les terroristes sont revenus, le soir, achever leur macabre boulot et les soldats nigériens rescapés ont dû replier vers Banibangou, notamment. Selon des informations qui circulaient, hier, un conseil national de sécurité s’est tenue, hier, dimanche 12 janvier. Des conseils de sécurité qui se répètent mais qui ne semblent apporter quoi que ce soit. Jusqu’à hier, alors que le Président Issoufou doit effectuer le déplacement de Pau pour la fameuse rencontre de clarification décidée par le Président français, rien n’a encore filtré de ce conseil de sécurité. Une routine, en somme ! « Déjà, nous vivons mal le massacre injustifiable de nos valeureux soldats et nous ne pouvons pas et ne devons pas cautionner que le gouvernement mente et manipule les bilans lourds des attaques », a posté sur sa page facebook, Mamoudou Djibo Hamani, un acteur de la société civile et activiste des réseaux sociaux. Dans une conférence publique qu’elles ont convoquée, hier, au siège d’Alternative Espace Citoyen, les organisations de la société civile ont, de nouveau, sonné la cloche de la mobilisation massive et citoyenne pour une manifestation spontanée et sans caution des autorités de Délégation spéciale de la ville de Niamey.

25 janvier 2020
Publié le 13 janvier 2020
Source : La Canard En Furie

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