Situation sociopolitique et économique du Niger : De mal en pis

Situation sociopolitique et économique du Niger : De mal en pisDepuis neuf ans, le président de la République, Issoufou Mahamadou s’adresse régulièrement à ses compatriotes à l’occasion des grandes dates. Il l’a fait encore, et le 17 décembre, à la veille de la célébration du 61e anniversaire de la proclamation de la République, et le 31 décembre qui consacre la fin de l’année 2019 et l’entrée dans une nouvelle année. Dans les deux, comme dans ceux qu’il a prononcés au cours des années passées, les Nigériens ont eu l’impression d’un « déjà entendu », comme l’ont clairement signifié certains sur les réseaux sociaux. Une situation qui dénote du fossé grandissant qui existe entre le Président Issoufou, qui proclame ses succès tous azimuts alors que les Nigériens, dans une opinion écrasante, estime qu’il a lamentablement échoué.

Ainsi, sur le plan sécuritaire, préoccupation première des Nigériens à l’heure actuelle, le pays fait face à d’innombrables attaques armées meurtrières au point où l’on s’interroge de plus en plus sur l’identité réelle et les motivations des assaillants. Rien qu’à Inatès, entre juillet et décembre 2019, il a été dénombré deux attaques qui ont fait officiellement au total 89 morts, dont 71 lors de l’attaque du 10 décembre 2019. De Diffa, avec les incursions meurtrières de Boko Haram, l’insécurité s’est propagé au reste du pays, atteignant gravement la région de Tillabéry dont le nord est actuellement fui par des populations. De nombreux villages, sous les exactions et les assassinats ciblés de chefs traditionnels, ont, donc, fui leurs villages pour se replier un peu plus au sud, dans d’autres localités réputées, pour le moment, sûres. L’échec, sur le plan sécuritaire, ne souffre d’aucun doute. La tragédie, c’est que, alors que le Niger n’en finit plus d’enterrer ses morts, l’on parle de plus de 1700 milliards qui seraient investis dans la sécurité. Paradoxal pour un pays dont l’armée ne dispose, selon un confrère , pratiquement pas d’appareils volants opérationnels pour organiser les renforts et/ ou poursuites indiqués en cas d’attaques.

Au plan économique, les affaires dans lesquelles des milliards ont été détournés par des personnes notoirement connues font légion. Outre cette affaire de 1700 milliards du ministère de la Défense qui fait actuellement grand bruit, il y a eu d’autres qui ont juste soulevé quelque poussière. Il y a, entre autres, celles de la SORAZ, de la CAIMA, l’aide alimentaire pakistanaise de 15 000 tonnes de riz vendues au port de Cotonou ainsi que d’autres qui ont permis à des tierces personnes de s’enrichir sur le dos de l’Etat. Les scandales ne se comptent plus. Pendant ce temps, l’Etat continue de plonger en creusant les déficits. La dette intérieure, tenue cachée, serait si exorbitante, selon une source du ministère des Finances, que le gouvernement n’ose pas en parler publiquement. Les recettes pétrolières, si abondantes, semblent avoir pris des destinations inconnues. Après avoir nié avoir pris 1000 milliards de francs CFA d’Eximmabnk de Chine, le gouvernement, par la voix du Premier ministre, a fini par le reconnaître. Mais, personne ne sait où sont passés ces 1000 milliards. C’est l’hécatombe et le Trésor public peine à faire face aux dépenses de souveraineté de l’Etat.

Au plan social, rien, non plus, ne va. Des propos et actes attentatoires à la cohésion sociale et à l’unité nationale sont posés par des individus bien connus, mais qui semblent disposer d’un sauf-conduit à tout faire. Par contre, des citoyens sont embastillés et jetés en prison pour un rien, créant un sentiment d’injustice au sein de l’opinion nationale.

Mais, c’est surtout sur ses priorités économiques que le gouvernement pèche gravement. Régulièrement, les allocations budgétaires allouées aux secteurs sociaux de base ont dégringolé tandis que des dépenses de prestige sont privilégiées. L’éducation, l’hydraulique, la santé, entre autres, sont passés de secteurs stratégiques dont le caractère prioritaire ne souffre d’aucun atermoiement sous les régimes précédents, en secteurs-témoins. L’économie nigérienne, si malade, passe pourtant dans la bouche du Président Issoufou, pour la 17e la plus dynamique du monde et la 9e la plus dynamique d’Afrique.

Sur le plan politique, c’est le comble. Le Niger se prépare, dans un cafouillage du processus électoral, à organiser en 2020-2021, des élections générales de fin de mandat. Outre que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est toujours boycottée par l’opposition qui dénonce une loi électorale taillée sur mesure et des institutions chargées du pilotage du processus électoral totalement acquises au Pnds, la question du départ ou non du Président Issoufou fait fureur. Alors qu’il martèle à qui veut l’entendre qu’il partirait en 2021 en passant la main à un président démocratiquement élu, les Nigériens sont nombreux à se douter d’un coup fourré. En tout cas, il n’a pas encore réussi à convaincre. Cette situation d’incertitude fait grimper le thermomètre au sein de l’opinion nationale. Plus on s’achemine vers l’épilogue, plus l’inquiétude grandi au sein des populations, gagnées de plus en plus par de folles rumeurs. Le Président Issoufou a-t-il réussi ou pas ? C’est à l’opinion d’en juger.

Laboukoye  

11 janvier 2019
Source : Le Courrier

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