La démocratie nigérienne sérieusement malmenée par les Guristes

Pnds Tarayya Maradi 03 08 2018Image d'illustration Depuis son avènement en début des années 1990, la démocratie nigérienne n’a jamais été aussi malmenée que sous cette gouvernance du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA). De son accession au pouvoir en 2011 à ce jour, le parti de Bazoum Mohamed et de Mahamadou Issoufou s’est presque donné pour mission de détruire tout l’édifice démocratique que le Niger a mis des années à construire et au prix de mille et un sacrifices. C’est ainsi que le PNDS-TARAYYA s’est très tôt attaqué aux principaux piliers de cette démocratie pour les fragiliser, à défaut de les détruire totalement. Les partis politiques furent les premières victimes des manoeuvres du PNDS-TARAYYA. Ils furent, pour l’essentiel, fragilisés à travers des crises internes provoquées, sinon notoirement soutenues par le principal parti au pouvoir. Les exemples sont tellement nombreux qu’on peut simplement se limiter aux cas des grands partis comme la Convention démocratique et sociale (CDSRAHAMA), du Mouvement national pour la société de développement (MNSD-NASSARA), du Mouvement patriotique pour la République (MPR JAMAHORIYA) et, tout récemment, du Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MODEN-FA/ LUMANA-AFRICA). Aussi troublant que cela puisse paraître, presque toutes les personnalités qui ont entretenu les crises au sein des trois premiers partis politiques ont été nommées aux postes de conseillers à la Présidence de la République, avec rang de ministre pour certaines parmi elles. La société civile et les syndicats, qui constituent des piliers importants de la démocratie, ont aussi subi les assauts de la gouvernance du PNDS-TARAYYA. A travers des nominations fantaisistes de leurs leaders et militants en vue à des postes de conseillers et autres chargés de mission à la Présidence de la République, à l’Assemblée nationale, à la Primature et dans d’autres institutions de la République, de nombreuses organisations de la société civile et de nombreux syndicats ont été réduits au silence, s’isolant totalement de leur mission régalienne de défense des intérêts du peuple et des travailleurs. Les Nigériens ont assisté, impuissants, au silence troublant observé par certaines organisations syndicales et de la société civile face à beaucoup d’actes de mauvaise gestion posés par le pouvoir du PNDSTARAYYA, alors que pour moins que ça les mêmes structures ont remué le ciel et la terre sous les régimes précédents. Les organisations syndicales et de la société civile, dont les responsables ont refusé de jouer le jeu, sont vouées au gémonies et traitées de tous les noms d’oiseaux, y compris par le Président de la République luimême, qui a publiquement qualifié une partie de la société civile de «putschiste».

La presse privée, un autre pilier de taille de la démocratie, n’a pas été épargnée par les manoeuvres «liquidationistes» du PNDSTARAYYA. Tout comme pour la société civile et les syndicats, le mode opératoire a consisté à «acheter» le silence des médias qui acceptent de «vendre» leurs services et de sévir violemment contre ceux qui résistent à l’achat des consciences. Ainsi, pendant que des organes recevaient des sommes d’argent et se faisaient payer les tirages (cas des journaux) dans une imprimerie de la place, d’autres médias étaient publiquement traités «d’ennemis» par l’ancien ministre de l’Intérieur Hassoumi Massaoudou. Les mêmes médias étaient systématiquement interdits d’accès aux publicités dans les entreprises publiques et les quelques rares entreprises privées qui demandent leurs services sont accusées de soutenir des «ennemis» du rérégime et menacées des représailles.

Le PNDS pense-t-il au revers de la médaille?

Tous ceux qui connaissent l’évolution de l’histoire du Niger, depuis l’avènement de la démocratie, savent que le PNDSTARAYYA s’est beaucoup appuyé sur la société civile, les syndicats et la presse privée pour mener son combat politique pendant toutes les années où il était resté à l’opposition. Chaque de ses manifestations était soutenue par ces différentes structures, au nom du combat pour la défense ou la restauration de la démocratie. Chacun des dirigeants de ce parti, à commencer par l’actuel Président Issoufou Mahamadou, connaissait, presque de nom et de visage, tous les principaux acteurs du syndicalisme, de la société civile et de la presse privée, pour avoir tantôt manifesté avec eux, tantôt réalisé des interviews. Mais, depuis qu’ils ont accédé aux délices du pouvoir, ils ont oublié tous les précieux services que ces différents acteurs leur ont rendus. La question que beaucoup d’analystes se posent est de savoir si les responsables du PNDS-TARAYYA pensent à leur vie après le pouvoir et donc leur retour à l’opposition. Ces analystes se demandent sur quelle structure crédible le PNDSTARAYYA va s’appuyer pour mener son combat à l’opposition, après qu’il a détruit les principales structures syndicales, de la société civile et de la presse privée lors de son passage au pouvoir. Le plus grave est que ces derniers temps, le parti de Bazoum Mohamed et du Président Issoufou est en train de s’attaquer à un autre fondement de la démocratie qu’est la liberté de manifestation. Sous le fallacieux prétexte de préserver l’ordre public, le principal parti au pouvoir empêche toute manifestation de rue qui ne va pas dans le sens de le soutenir. Le PNDS-TARAYYA pense-t-il que le régime qui va remplacer le sien ne va pas lui appliquer la même mesure? Ah que le pouvoir rend vraiment ivre en Afrique!

Salifou Hamidou

05 janvier 2020
Source : Le Canard en Furie

 

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