Editorial : Le discours d’adieux

 Editorial : Le discours d’adieuxComme à l’accoutumée, à l’occasion de ce nouvel an 2020, le Président de la République, SE. Issoufou Mahamadou, a livré, mardi soir, un message à la Nation. Arborant son traditionnel boubou blanc et coiffé de son inconditionnel bonnet rouge, le premier magistrat du pays est apparu à la télévision, tout détendu, le visage marqué, la voix grave mais à la tonalité martiale, pour passer son message à la Nation, un message aux allures d’adieux. En effet, conformément à son serment constitutionnel, le Président Issoufou passera le témoin à son successeur que les électeurs nigériens auront démocratiquement choisi. La dégradation, ces derniers temps, de la situation sécuritaire au Sahel explique sans doute cette attitude réservée du Chef de l’Etat qui aurait voulu d’autres circonstances que celles-là pour livrer son adresse à la nation.

Arrivé, pour la première fois, à la Présidence de la République, le 7 avril 2011, le Président Issoufou a été brillamment réélu en mars 2016, soit neuf bonnes années passées aux destinées du peuple nigérien ! En l’élisant pour la première fois, le peuple nigérien voulait avant tout saluer chez lui, la détermination et la constance d’un homme politique dont ni les adversités de toutes sortes, ni les trahisons politiques, ni les épreuves du temps n’avaient, jusque-là, entamé sa foi dans la justesse du combat politique. En effet, Issoufou Mahamadou était entré en politique, comme on entre dans l’armée : avec l’envie d’en découdre !

Comme nous l’apprennent ses éminents biographes, à savoir ‘’Les Boutures de manioc’’ d’Abdourahmane Harouna et ‘’La philosophie politique d’Issoufou Mahamadou’’ de Sanoussi Tambari Jackou, Issoufou Mahamadou a décidé de s’engager dans l’arène politique nationale, non pas pour son accomplissement personnel, mais pour réparer certaines injustices sociales faites aux défavorisés de la société. Cet élan justicier à la Don Quichotte l’amènera, dans un temps, à militer au sein d’organisations estudiantines, et plus tard, à animer un parti politique. Abreuvé aux valeurs de Gauche, comme la plupart de jeunes africains de sa génération marquée par les idéaux du tiers-mondisme ambiant des années 60 et 70, il était tout à fait naturel qu’il fût du côté des forces vives de la nation lors de la revendication démocratique de la décennie 90. Homme de conviction, il croit profondément en la destinée humaine, tel Prométhée dans son olympe, et pense que l’action de l’homme est capable de briser toutes les chaînes de déterminismes possibles.

En lui renouvelant sa confiance en 2016, le peuple nigérien voulait aussi saluer le grand bâtisseur, l’homme de la renaissance du Niger, le sculpteur hors-pair du Niger contemporain, du Niger nouveau en gestation très avancée où modernité et tradition se côtoient dans une symbiose admirable.

Mais les bonnes choses ayant une fin, la présidence d’Issoufou Mahamadou s’achemine, inexorablement, vers son terme, telle est la loi naturelle qui régit le monde, immuable jusqu’à la fin des temps. Condamné à la disparition certaine sur terre, l’homme ne peut donc avoir la prétention de s’éterniser indéfiniment en ce monde d’ici-bas. C’est pourquoi le Président Issoufou ne cherchera point à s’accrocher à ce qui est éphémère sur terre pour tenter de s’incruster au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels.

Plaise à Dieu, le moment venu, il prendra congé de ses hautes fonctions que lui aura confiées, par deux fois, le peuple nigérien ! Il préférerait alors s’immortaliser dans l’histoire par son bilan glorieux à la tête du Niger et son peuple que par l’obsession de perdurer au pouvoir, tant la tentation de l’omnipotence est prégnante chez beaucoup d’hommes de pouvoir. Comme une vie individuelle, qui est souvent un chapelet d’ambitions et de projets qui ne s’interrompt qu’avec la mort, une carrière politique, fût-elle la plus remplie, ne peut également prétendre à l’infaillibilité qui relève du divin.

Du reste, en toute humilité, il reste convaincu de la perfectibilité de son œuvre politique, mais aurait-il eu, au moins, le mérite de laisser un héritage estimable de ses 10 années passées à la tête du Niger, un legs à préserver à tout prix pour le bonheur des Nigériens. Voilà la grande aspiration du Président   Issoufou, celle de continuer l’édification du Niger à travers d’institutions démocratiques fortes, crédibles sur lesquelles devront s’appuyer les futurs dirigeants du pays ! Pour l’année 2020, la dernière de son règne, il préconise de consolider les acquis.

Très certainement, le Président Issoufou nous manquera dans quelques mois, mais l’héritage qu’il aura laissé marquera, encore longtemps, l’histoire du Niger contemporain, car comme l’écrivait le grand écrivain catholique Pierre de Chardin : « Rester fidèle au foyer des ancêtres, ce n’est pas en conserver les cendres, mais c’est en transmettre la flamme. ».

Puisse Le Tout-Puissant, Le Tout-Miséricordieux bénir le Niger et son peuple ! En cette occasion solennelle nous adressons à toutes les lectrices, à tous les lecteurs de ‘’Sahel’’ et de ‘’Sahel Dimanche’’, ainsi qu’à tous les Nigériens, nos meilleurs vœux de santé, de prospérité, d’amour et de fraternité. Pour l’année qui commence, nous réitérons la détermination et la disponibilité de cet organe de presse, dont nous avons l’insigne honneur de diriger, de se mettre au service de la satisfaction des lecteurs et de la clientèle. Nos meilleurs vœux vont également au personnel de l’ONEP dont le professionnalisme et le sens des responsabilités permettent d’assurer la continuité du service public de l’information et de la sensibilisation.

Bonne et heureuse année 2020 à tous !

Zakari Alzouma Coulibaly

03 janvier 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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