Alliance MNSD-PNDS : L’alerte avant le clash ?

Le Mnsd Nassara vit sans doute un drame intérieur. Rallié au Pnds Tarayya au lendemain des élections générales de 2016, le parti de Seïni Oumarou n’a visiblement pas su tirer son épingle du jeu. Pire, il semble depuis quelques mois en proie à des tergiversations quant à la poursuite de leur compagnonnage avec le parti de Mohamed Bazoum. Avec quelques strapontins obtenus avec son ralliement au pouvoir, le Mnsd s’est retrouvé, au bout de trois ans, dans une situation inédite où il ne sait plus quoi faire. Pressenti par l’opinion nationale plutôt otage du Pnds qu’allié politique avec lequel on se concerte sur les questions liées à la vie de la nation, le parti de Seïni Oumarou a appris visiblement à ses dépens qu’il aurait dû rester dans l’opposition. Rester dans l’opposition et continuer à mener le combat qu’il faisait pour la restauration de la démocratie, de la République et de la justice, toutes choses qui n’ont connu aucune amélioration depuis 2016. Au contraire ! Et c’est comme s’il ne comptait pas. Ses plaintes sont ignorées, ses protestations sont considérées comme des lubies d’enfant et lorsqu’il écrit formellement pour alerter qu’il n’est pas content, on le traite d’allié fourbe et déloyal.

L’article 201 du code électoral, une disposition insérée pour légaliser la fraude Le Mnsd s’est plaint à plusieurs reprises auprès de ses alliés, notamment quant à la façon dont le processus électoral est conduit. La première fois, c’était à propos des audiences foraines qu’il a dit ne pas avoir permis d’octroyer 50% des actes d’état-civil attendus, notamment dans les régions de Dosso et de Tillabéry. Et pour trouver une solution consensuelle à cette situation qui ne serait pas le fait d’un simple hasard d’agenda selon des proches de Seïni Oumarou, le Mnsd a demandé la convocation d’une session extraodrinaire du Conseil national de dialogue politique (Cndp). Malgré la tenue d’un Cndp, certes ordinaire, la situation n’a pas connu d’évolution sensible. En vérité, le pouvoir mise sur une disposition du code électoral, l’article 201, qui autorise l’enrôlement par témoignage. Une voie ouverte aux fraudes et qui est l’explication de l’arrêt des audiences foraines. Des sources crédibles indiquent d’ailleurs que cette disposition a été insérée pour légaliser la fraude.

Une alerte très grave, avec des relents de soupçons qui ne disent pas leur nom

 Le 29 novembre 2019, pour la seconde fois en l’espace de deux mois, le Mnsd Nassara a sonné, à nouveau, l’alerte sur le processus électoral. Une alerte, cette fois, plus grave qui porte les stigmates d’un soupçon de fraudes   organisées à grande échelle, avec la complicité d’une commission électorale sur laquelle pèsent déjà pas mal de soupçons de connivence avec le Pnds. Dans une lettre au vitriol adressé au président de la Ceni, Seïni Oumarou a indiqué que dans les régions de Tillabéry, d’Agadez et de Diffa, notamment, des étrangers, refugiés en territoire nigérien, sont en train d’être massivement enrôlés au niveau des centres d’enrôlement. Un fait grave et inacceptable pour le parti de Seïni Oumarou qui constate qu’à ce rythme, on compte bien l’enterrer, comme promis.

Le Mnsd va-t-il claquer la porte ?

Est-ce l’alerte avant le clash ? Tout porte à le croire d’autant plus que, selon des observateurs avisés, le Mnsd ne trouvera pas de satisfaction à ses attentes. L’arrêt de l’enrôlement d’étrangers va se poursuivre selon toute probabilité, la loi électorale ayant fait une large place aux fraudes légalisées. Une fois qu’un étranger est enrôlé, il va voter. Dans les régions de Tillabéry et de Diffa en particulier, le nombre de refugiés est si croissant qu’ils peuvent éventuellement permettre de faire la différence. Le parti de Seïni Oumarou, qui réalise habituellement des scores honorables dans ces trois régions indiquées dans la lettre de Seïni à Issaka Souna, risque, en désespoir de cause, claquer la porte qu’il a franchie, il y a presque quatre ans, en vue, comme il l’a déclaré, d’apporter du sien à l’amélioration de la gouvernance. Sur ce plan, en particulier, Seïni et les siens savent qu’ils ont échoué à changer les mœurs “sataniques” du régime.

Le Mnsd, un petit plus pour le Pnds

 Le compagnonnage du Mnsd et du Pnds, forcé par les circonstances, n’a jamais été exemplaire. L’arrogance des leaders du Pnds, remplis de suffisance et certitude que le parti de Seïni Oumarou représente, dans le meilleur des cas, un petit plus qu’on ne peut dédaigner au regard du contexte politique, a énormément pesé dans la balance. À 12 mois des élections locales, il est probable qu’il prenne son destin en main, ce qui va changer la donne politique. La pression se fera plus intense sur l’impératif d’aller à un dialogue politique avant d’aborder les élections. Un an, c’est juste assez de temps pour réfléchir rapidement à une alternative crédible qui ne porte pas atteinte aux délais constitutionnels. Mais le Mnsd est traversé par des courants divers dont la lutte intestine a été, de l’avis de sources crédibles, à l’origine de cette léthargie du parti. Un parti qui, indiquent elles, possèdent un potentiel électoral extraordinaire, mais qui se perd en conjectures dans l’ombre du Pnds qui en a fait un pion stratégique de la conservation du pouvoir à tout prix.

Avec l’article 201, ce sont des étrangers qui risquent d’élire le prochain président de la République.

La lettre de protestation du Mnsd à l’endroit de la Ceni sent le roussi. Pour de nombreux citoyens qui ont réagi à la publication de cette lettre sur les réseaux sociaux, le parti de Seïni Oumarou a manqué de courage pour dire les choses telles qu’elles sont et indexer qui est derrière cet enrôlement massif d’étrangers. Il a donc tapé à la mauvaise porte, étant entendu que la Ceni reste totalement impuissante face aux faits dénoncés. Non seulement l’institution d’Issaka Souna ne peut mettre fin, et Seïni Oumarou le sait parfaitement, à cet enrôlement d’étrangers, pensé et planifié, mais le phénomène va se poursuivre de plus belle. La carte électorale est en train d’être dessinée avec des étrangers et en 2021, si les choses se poursuivent ainsi, dans l’impuissance des acteurs politiques à arrêter cette dérive, ce ne sont plus les Nigériens qui éliront le président de la République, mais des étrangers. Ce qui est pire que le hold-up électoral de 2016.

 YAOU

11 décembre 2019 
Publié le 04 décembre 
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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