Dialogue politique inclusif : Qu’est-ce qui coince ?

Dialogue politique inclusif : Qu’est-ce qui coince ?  Cela fait presque deux mois que le Premier ministre, président du Conseil national de dialogue politique (Cndp), Brigi Rafini, en a fait l’annonce officielle. Une annonce solennelle qui se voulait à la fois sérieuse et pleine de promesses. Deux mois d’attente indescriptible où se mêlent scepticisme, doutes et velléités de sabordage. Un climat qui sert les intérêts de ceux qui s’activent dans des grenouillages destinés à saboter le dialogue et qui n’est pas près de s’estomper. Le malentendu a commencé tout de suite, dès le lendemain du point de presse évoque ci-haut. Il est lié autant aux contours du cadre qu’à son fonctionnement ou mieux, à la façon dont le dialogue est amorcé par le président du Cndp. L’arrêté signé le 4 novembre par Brigi Rafini aurait-il signé l’arrêt de mort du dialogue avant même qu’il commence ? C’est en tout cas l’avis de nombreux Nigériens qui ne comprennent pas que les pourparlers aient pris autant de temps pour débuter. A ce jour, à l’exception de la liste de la société civile, aucune autre n’est connue de l’opinion publique. Ni celle de l’opposition, ni celle de la majorité, encore moins des partis non affiliés et des centrales syndicales. C’est l’attente. Une attente interminable qui ajoute à la confusion et au scepticisme.

L’opposition attend toujours que le Président Issoufou s’engage pour le dialogue

Les deux blocs de la majorité et de l’opposition, dans une totale incompréhension, se rejettent mutuellement la responsabilité. L’échange de correspondances se poursuit, avec ampliation aux grands témoins retenus dans le cadre du dialogue envisagé. S’il est clair que le Président Issoufou ne veut prendre aucun acte formel pour la tenue de ce dialogue, laissant planer un doute sérieux quant à son engagement et à son adhésion aux pourparlers, il est tout aussi clair que l’opposition entend d’abord arracher cette implication du chef de l’Etat. Ses arguments ? L’opposition estime que le Président Issoufou doit nécessairement s’impliquer dans la tenue de ce dialogue politique parce qu’il s’agit avant tout pour lui d’une obligation constitutionnelle. A l’appui de son exigence, l’opposition évoque l’article 46 de la loi fondamentale libellé ainsi qu’il suit : « Le président de la République est le chef de l’Etat. Il incarne l’unité nationale. Le président de la République est au dessus des partis politiques ». Outre cette implication qu’elle dit être une obligation constitutionnelle du chef de l’Etat, l’opposition dit souhaiter des mesures promptes à créer un climat de sérénité et d’apaisement à travers l’adoption de mesures de nature à contribuer à une décrispation réelle et durable de la situation sociopolitique. En un mot comme en mille, l’opposition nigérienne estime que l’implication personnelle d’Issoufou Mahamadou procède de la nécessité d’instaurer un climat de paix, de sérénité et de quiétude sociale, condition pour mieux construire et servir l’unité nationale.

Brigi Rafini reste campé sur ses positions

C’est un véritable dialogue de sourd qui s’instaure en lieu et place du dialogue politique plein de promesses annoncé. Tandis que l’opposition attend que le Président Issoufou mouille le maillot, au nom de ses obligations constitutionnelles, le Premier ministre signe et persiste que les exigences de celle-ci ne se justifient pas. Dans une lettre datée du 15 novembre 2019, Brigi Rafini a indiqué au chef de file de l’opposition la réponse que voici : « c’est la rencontre des leaders des partis politiques, tenue le mardi 29 octobre 2019, à laquelle vous avez pris part, qui a fixé le format de la conférence, son ordre du jour, sa composition, son calendrier et son mécanisme de suivi ». Mieux, Brigi Rrafini précise que « la réunion a également décidé de l’étape suivante qui est l’installation officielle de la conférence et le démarrage de ses travaux qui doivent durer un mois ». Où se situe la mauvaise foi ? Pour Brigi Rafini, dont on ignore s’il parle en tant que président du Cndp ou s’il porte la voix du camp présidentiel, « il est loisible, comme il l’écrit, à la conférence de discuter de toute question, à la demande ses membres, y compris des amendements à apporter aux conclusions de la première rencontre ». Et pour finir, le Premier ministre demande à l’opposition de faire diligence pour faire parvenir la liste de ses représentants en vue de l’installation du dialogue.

Une autre source de confusion

Ce dialogue de sourd entre la majorité et l’opposition n’est pas encore résolu que d’autres voix ajoutent à la confusion, faisant sérieusement douter de la tenue du dudit dialogue. Des leaders de partis politiques font savoir qu’ils ne sont pas d’accord avec le format du dialogue. C’est notamment le cas du Pjp Hakika de Hamissou Oumarou et du Moddel Ma’aykata de Tahirou Guimba et. Le premier figure parmi les partis non affiliés et a pris part aux dernières élections générales de 2016. Le second est un parti membre de la majorité présidentielle et son leader, Hamissou Oumarou, est un conseiller du président de la République. Depuis quelque temps, ils font beaucoup de bruit par voie de presse en vue de se voir rétablis dans leurs droits de prendre légitimement part au dialogue. On ignore encore s’ils obtiendront gain de cause. Mais la question de fond est de savoir si le Président Issoufou prendra oui ou non ses responsabilités constitutionnelles pour qu’enfin, le dialogue démarre.

Laboukoye 

30 novembre 2019
Source : Le Courrier

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