Tournée préélectorale du candidat du PNDS : Quand Hama Amadou hante Bazoum Mohamed

z Depuis le temps qu’il l’a commencée, le candidat du PNDS, président du PNDS et ministre de l’Intérieur et donc des élections, et ce malgré toute l’indignation de l’opinion nationale, n’a daigné mettre un terme à sa campagne électorale déguisée, ouverte avant l’heure, mais déclinée officiellement sous le fallacieux prétexte d’une prise de contact avec les militants du parti. Bazoum est trop pressé et il pense peut-être que profitant de sa position, et agissant avant les autres sur le terrain, pendant que la campagne sur ses origines s’est estompée sans être pour autant tue, il peut mettre les chances de son côté. Il connait peut-être mal l’électorat nigérien qui a compris depuis quelques années que les comptes se règlent dans un isoloir, seul en face de sa conscience et de son Dieu, non dans une foule de curieux attirés comme troupeau de panurge par l’événementiel, par le faste des manifestations, même sans y croire. Il a du reste eu la preuve depuis l’étape de Dogondoutchi et de Dantchandou où, avant même de quitter ses hôtes, des vidéos de ses interventions avaient fait le tour du monde, via les réseaux sociaux, un boulet qu’il a à ses pieds de présidentiable que ses discours peu soignés contrarient davantage. Bazoum communique mal. C’est lui qui pouvait savoir avant un juge, serti de ses diplômes en philosophie, qu’un accusé ne pouvait pas s’en sortir et que le Niger, ait des « officiers ethnicistes ». Il devrait avoir compris, quand les foules qui lui donnaient des fiertés immenses étaient composés de curieux non de militants, que ceux qui venaient en spectateurs étaient nombreux à se fondre dans son monde, non pour faire sa promotion, mais pour juger sur pièce de sa capacité. à communiquer finement dans les foules, étant entendu que l’on lui reproche surtout de savoir faire des gaffes chaque fois qu’il parle et s’adresse aux Nigériens. Et ils n’ont pas eu tort d’aller pêcher les paroles du philosophe.

L’étape de Dantchandou et tout le reste qui suivra, donnent au candidat en campagne, sans doute dans le subconscient, l’illusion qu’il marche sur des territoires du Moden Fa Lumana – sa bête noire – pour se réjouir à chaque étape dans ses discours, sans pouvoir les nommer ni les montrer, de « ces nombreuses adhésions » au parti rose qui serait dans son entendement, la destination privilégiée des migrants politiques de la dernière saison. Peut-être, devrait-il déchanter quand les cloches sonneront et que tous les poids lourds, notamment Seyni Oumarou, Mamane Ousmane, Hama Amadou, Ibrahim Yacoubou, Albadé Abouba, Ladan Tchana investiront l’arène pour exhiber leurs muscles pour comprendre, le sortant de ses illusions, qu’on ne peut se décréter champion sans faire ses preuves sur le ring. Et on peut lui promettre que le combat politique sera âpre en 2020-2021. Forcément.

A Dantchandou donc, le nouveau fief de Bazoum Mohamed, la fête ne fut pas belle. Nonobstant la foule qui semblait lui donner quelques fiertés, sans doute que dans ses lucidités, il a pu comprendre que ceux qui l’invitaient pour lui faire la révélation de l’aura de son parti dans cette entité, l’auraient grugé. Il y avait dans la foule des signes qui ne trompent pas. Dantchandou n’est pas une terre conquise par le conquérant Bazoum qui, curieusement – et c’est lui qui le dit partout – c’est seulement maintenant qu’il aspire à diriger le pays, alors qu’il est resté président du parti pendant des années, qu’il se résout à aller à la rencontre des militants car dirat- il, « Je ne les connais pas, ils ne me connaissent ». Drôle de leader et de candidat… Une “présidentialité” se prépare-t-elle à deux pas d’une échéance ? Mais le philosophe connait sans doute cet adage du terroir qui dit qu’ « on ne dresse pas un chien le jour de battue… ».

Au milieu de sa foule, c’est comme si Bazoum avait l’esprit partagé, ne pouvant se concentrer sur son speech pour dire à « ses » militants la bonne parole qu’il est venue leur prêcher. Mais de bonnes paroles, il n’en avait aucune : partout où il est passé, il a enregistré des doléances qu’il promet de transmettre à qui de droit, au président Issoufou oubliant que c’est le candidat qui se vend dans le peuple pour lui montrer qu’il est un homme d’actions, non un facteur pour convoyer des messages et des doléances à un président en fin de mandat. A-t-il peur de prendre des engagements, pour se cacher derrière son mentor, celui à qui il doit sa candidature controversée dans le parti ? Ce qui ne convainc pas à l’intérieur, peut-il d’ailleurs convaincre à l’extérieur du parti pour fédérer l’électorat nigérien ?

Hama Amadou est toujours là…

L’on sait à quel point les socialistes craignent Hama Amadou et le connaissant, lui ses ruses, lui et sa popularité dans le pays, ils sont arrivés à comprendre que si chacun devait aller de ses forces et de ses chances dans la compétition, rien ne pourra lui obstruer la voie et qu’il n’y a de solution pour s’éviter de l’affronter que de l’en empêcher pour contrarier son destin politique, que d’user, s’il le faut, de moyens non catholiques telles que cette accusation ubuesque et cette condamnation programmée et télécommandée à laquelle fait écho un code électoral, taillée sur mesure. Dans quel pays, dans quelle démocratie et dans quel Etat de droit peut-on condamner sans apporter une preuve de ses accusations ? Le Gondwana nigérien a sans doute le secret et plus qu’un autre, le sieur Bazoum qui tranche avant la justice, lui qui en plus sait régler des comptes comme il en fait la révélation aux leaders de la société civile envoyés en « pèlerinage » dans le goulag de la Renaissance sans pour autant tuer en eux leurs convictions et leur engagement.

Comment peut-on comprendre cette fixation maladive sur Hama Amadou qu’une composante de la classe politique poursuit depuis le Tazartché, sans s’en lasser et sans jamais, pour autant, atteindre le but visé ? Est-ce franchement de la politique que de rester à se liguer contre un homme sans qu’on ne comprenne les motivations d’un tel acharnement, à agir ainsi, sous la paranoïa qu’inspire à des hommes un adversaire aussi tenace que sportif pour résister à tant de mains inassouvies qui étranglent ? Pourtant, l’homme ne le mérite pas car à qui, d’entre tous, n’a-til pas fait le bien n’exigeant en retour rien d’autre qu’une part d’humanité chez des bêtes politiques qui ne savent pas retrouver en eux-mêmes leur humanité perdue ? Certains lui doivent plus en amitié, depuis une enfance, mais trahissant pour contenter un ventre insatiable, oubliant qu’une dignité compte bien plus que le bien matériel de ce monde ici-bas.

En tout cas, alors que Hama Amadou n’est même pas dans le pays, Bazoum Mohamed, ce jour à Dantchandou, pouvait le voir si ce n’est magiquement, au moins à travers cette foule dans les yeux desquels, l’âme du leader en exil et son amitié frétillent, toujours vivantes et réelles. Et bien d’observateurs se demandent comment le candidat du PNDS a pu faire ce lapsus ? Qu’a-t-il vu dans cette foule pour perdre son sangfroid, pour se perdre et montrer ainsi tout son désarroi ? Est-il compréhensible et raisonnable, que dans un tel cadre, il puisse faire une telle confusion même lorsqu’il dit qu’on ne le connait pas et qu’il ne connait pas les militants pour ne pas savoir que Hama Amadou n’est pas là, dans sa foule ? Il peut sans doute se tromper de tout mais jamais à croire que Hama Amadou puisse être son militant qui lui traduit son discours quand lui est incapable de parler la langue locale. La bourde inattendue et surréelle a tout de suite fait le tour du monde, commentée, passant en boucle sur les réseaux sociaux.

Comment peut-on être si obnubilé par l’image d’un homme à ne plus savoir se faire confiance, comme si elle devait hanter l’esprit de ses adversaires, leurs rêves, leur sommeil, leur repos ? De quoi a-t-on peur en cet homme pour être si craint, présent en tout pour le voir finalement partout, même dans l’absence ? Hama, doit-il s’estimer heureux même dans les injustices et les méchancetés qui le visent pour pardonner à ses bourreaux les rancoeurs de leur foi vicié ? On comprend alors pourquoi le régime aura tout fait pour le sortir du pays, car convaincu que par sa capacité de mobilisation et ses discours très écoutés, dans son rôle d’opposant et de chef de file de l’Institution Opposition, il peut troubler leur sommeil, il peut réveiller un peuple léthargique. Qu’il soit hors du pays n’est plus qu’une aubaine ! On aura compris à quel point le président du Moden Fa Lumana dérange tant. Comment, malgré son absence, l’on semble au Guriland vivre toujours sous le poids stressant de sa personnalité on ne peut plus influente ?

Encore une fois, tranquillisez-vous, Hama Amadou n’était pas là, en face de vous, mais certainement en face de votre conscience qui ne saurait se défaire de son image.

Mais ce pays est quand même aussi le sien. Il ne saurait rester longtemps encore à l’extérieur. Il arrive, a-t-il prévenu, depuis la rencontre d’Accra... Le destin dépend du Créateur, non des mortels.

05 novembre 2019
Publié le 23 octobre
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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