Développement global : Le Président nigérien attribue l'explosion du taux de natalité à "une interprétation erronée de l'islam"

Développement global : Le Président nigérien attribue l'explosion du taux de natalité à une interprétation erronée de l'islamMahamadou Issoufou en appelle à « une procréation responsable » car il prévient que l'explosion démographique compromettra l'adaptation au changement climatique. Une interprétation erronée de l'islam a entraîné une explosion du taux de natalité au Niger, entravant la lutte du pays pour s'adapter à la crise climatique et préserver ses ressources qui s’amenuisent, a affirmé le président du pays.

Cet enchevêtrement de questions est susceptible d'avoir un impact de plus en plus direct sur la politique européenne, a déclaré Mahamadou Issoufou, qui a fait observer que la migration pourrait dépasser les niveaux atteints lors la seconde guerre mondiale. "Tout est lié dans ce village planétaire. Comme on dit, un papillon peut battre des ailes au Brésil et causer une tornade à Houston", a déclaré Issoufou, qui a été présenté par Emmanuel Macron et Angela Merkel comme l'un des dirigeants les plus éloquents d'Afrique.

Issoufou affirme qu'il a progressivement induit la baisse du taux de natalité dans son pays qui était de plus de sept enfants par femme, le taux de natalité le plus élevé au monde depuis une décennie.

Le Président Issoufou, présenté par Emmanuel Macron et Angela Merkel comme l'un des dirigeants les plus éloquents d'Afrique

Il a déclaré au Guardian : "Avant l'avènement de l'Islam, les femmes se mariaient à l'âge de 18 ans, mais à cause d'une interprétation erronée de l’Islam, les jeunes filles ont des enfants à l'âge de 12 ou 13 ans. Mais que dit le Coran ? Si une personne instruite fait une lecture du Coran, elle comprend qu’il est question de procréation responsable. L'Islam ne recommande d'avoir des enfants que si l'on peut en prendre soin et les éduquer correctement.

"L’école doit instruire les jeunes filles parce que nous ne voulons pas qu'elles aient des enfants à l’âge de 12 ou 13 ans. Idéalement, nous souhaiterions les maintenir scolarisées le plus longtemps possible, jusqu'à l'âge de 18 ans. C'est quelque chose de nouveau pour nous."

Il souligne que, dans un pays à 98% musulman, ses opinions ne sont pas en contradiction avec celles des imams ou des chefs religieux. Bien qu'Issoufou se soit heurté à la résistance de certains leaders musulmans pour avoir prôné la planification familiale, il insiste : "Les chefs religieux sont de notre côté pour sensibiliser la population, et c'est pourquoi nous assistons à une baisse [du taux de natalité]".

Avec la multiplication des moyens de contraception et des écoles de planification familiale pour hommes, le taux de natalité a graduellement baissé pour atteindre le taux d’ environ six enfants par femme, mais il reste encore beaucoup à faire, a ajouté le président. Les derniers chiffres officiels de la Banque mondiale, à partir de 2016, situent le taux à 7,2 enfants par femme.

D'ici 2050, nous pourrions avoir la deuxième population la plus importante d'Afrique après le Nigeria

La population du Niger était de 8 millions d'habitants en 1990 et a atteint les 22,4 millions en 2018. "Nous observons un accroissement de la population de 4 % par an", a déclaré Issoufou. "La population doublera dans les 17 prochaines années. D'ici 2050, nous pourrions avoir la deuxième population la plus importante d'Afrique après le Nigeria."

C'est un phénomène qui touche l’ensemble du continent, a-t-il indiqué. "En Afrique, il y a aujourd’hui 1,3 milliard de personnes ...[il y en aura] 2,4 milliards d’ici 2050, cela signifie 30 millions de jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année. Si nous ne faisons rien pour garder la population en Afrique en créant des emplois chez nous, il y aura une énorme vague de migration car celle-ci ira chercher du travail ailleurs."

Il est conscient que l'ampleur des migrations en provenance du Niger - l'un des pays les plus pauvres du monde - dépend de l'évolution de la crise climatique, mais M. Issoufou a averti que sur les 230 millions de migrants prévus d’ici 2050, une importante partie viendra du Sahel, un chiffre qui sera beaucoup plus élevé que la migration massive engendrée par la seconde guerre mondiale a-t-il fait remarquer.

"Au Niger, nous subissons déjà les conséquences tangibles du changement climatique. Les inondations alternant avec les périodes de sécheresse [ont] déjà d'énormes conséquences sur la production agricole. On assiste à une dégradation des sols, à la disparition des forêts, à la diminution des terres et à l'avancée du désert. Le Lac Tchad a perdu jusqu'à 90% de son eau, et il y a encore plus de problèmes avec les rivières du pays. Le Niger perd 100 000 hectares (250 000 acres) de terres cultivables chaque année", a-t-il déploré.

"Le peuple nigérien n'en comprend peut-être pas pleinement les causes, mais il en fait l'expérience dans sa vie quotidienne. Les Nigériens savent qu'il existe un lien entre la dégradation des sols et leur situation de pauvreté. Le monde s'inquiète d'une hausse des températures de deux degrés, mais nous avons déjà connu cette augmentation depuis les années 60."

" Il y a un risque croissant de colère à travers l'Afrique à mesure que les gens prennent conscience de la cause profonde de ce mal. Au fur et à mesure que les gens comprennent les causes du changement climatique, cela peut mener à la recherche de solutions, tout comme cela peut conduire à la colère et aux troubles sociaux.". "Les pays les moins responsables du changement climatique en subissent les pires conséquences et les pays industrialisés qui ne tiennent pas toujours leurs promesses n’arrangent en rien la situation." a déclaré le président.

Plus tôt cette année, Issoufou a participé au lancement d’un plan d’investissement pour le climat de 400 milliards de dollars (311 milliards de livres sterling) pour le Sahel. La mesure exacte dans laquelle le changement climatique et la démographie en Afrique pourraient conduire à une migration vers l'Europe est sujette à controverse, la plupart affirmant que cela entraînera principalement une migration interne en Afrique. Un rapport de la Banque mondiale de l'année dernière affirmait que si aucune mesure n'est prise, l'Afrique subsaharienne pourrait compter jusqu'à 86 millions de migrants climatiques internes d'ici 2050.

Issoufou fait valoir que cela dépendra en grande partie de la capacité de l'Afrique à trouver des emplois pour cette nouvelle population active, qui à son tour dépendra de la capacité du continent à croître sur le modèle asiatique, et d’atteindre l’intégration économique.

En tant que président de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, M. Issoufou a participé à la création d'une zone de libre-échange panafricaine comptant 1,2 milliard d'habitants et désormais soutenue par 54 États africains. Il a affirmé que l'objectif est de mettre fin à ce qu'il décrit comme "la balkanisation du continent par les colonialistes".

La zone de libre-échange est entrée en vigueur cet été, et M. Issoufou parle maintenant de "marcher hardiment" vers une monnaie unique pour l'Afrique, un plan qui pourrait rencontrer une résistance générale. Contrairement à l'Asie, a-t-il affirmé, "l'Afrique est restée enchaînée au pacte colonial, c'est-à-dire qu’elle demeure pourvoyeuse de matières premières et consommatrice des produits finis fabriqués ailleurs. Elle reste victime d'un échange inégal.”

Les détracteurs du président Issoufou affirment qu’il est lui-même victime d'un échange inégal. En 2015, le Niger - à la demande de l'UE - est devenu le premier pays à criminaliser le trafic de migrants, ce qui a gravement perturbé l'économie clandestine dans le Nord du pays. L’UE a alloué au Niger 610 millions d’euros (526 millions de livres sterling) afin de contrôler ce qui est effectivement devenu la nouvelle frontière de l'Afrique avec l'Europe depuis l'effondrement de la Libye.

L'objectif était de ralentir le flux de migrants en Libye, ce qui a conduit à une migration massive à travers la Méditerranée vers l'Italie, avec un pic en 2017, et a provoqué l'émergence de la droite populiste. L'une des questions de cette approche est de savoir si ceux qui ont été forcés de quitter le trafic ont reçu une aide de l'UE pour leur offrir un mode de vie différent.

Issoufou ne s'est pas excusé de faire le gendarme de l'immigration illégale. "Je ne suis pas prêt à voir des Africains mourir en traversant le Sahara dans la chaleur ou exploités par des réseaux de contrebande, a-t-il affirmé. Les sermons de l’Europe sur les conséquences de l'intervention en Libye ne l'impressionnent pas. Il a appris l'intervention franco-britannique fatidique en Libye en 2011 à la radio. "Elle nous a depuis laissés dans un Etat proche du chaos."

(Source : The Guardian)
(NB : Traduction de l’article a été publié le17 octobre 2019 par le journal britannique ‘’The Guardian’’)

28 octobre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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