Les inqiétudes de la société civile sur le processus électoral : Point de presse du Coordonnateur National Niger de « Tournons La Page (TLP)

Maikoul-zodi.jpgBonsoir à tous,
Mesdames et Messieurs, chers amis de la presse, chers invités,
Je voudrais commencer par rendre grâce à Dieu avant de vous remercier d’avoir répondu à notre invitation.
Je voudrais remercier, de nous accueillir, les responsables de « Alternative Espace Citoyen » dans la salle Frantz Fanon » ce lieu hautement symbolique pour nous.
Nous sommes là, Mesdames et Messieurs, pour un point de presse sur notre lecture du processus électoral en cours dans notre pays.
Il consacre le lancement d’un mémorandum sur le processus électoral en cours au Niger ; mémorandum élaboré par la plate-forme Niger de « Tournons La Page ».
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Au sortir de mes propos liminaires, je vais répondre à des questions ; des questions que vous n’avez pas posées.
- Qu’est qui fonde le point de presse sur le processus électoral et à cette période ?
- Qu’est qui nous donne légitimité à faire ce point de presse ?
Eh bien ! Ce point de presse, vous l’auriez peut-être noté, intervient quelques jours après la diffusion d’une nouvelle version du chronogramme électoral 2020-2021.
Il intervient aussi dans un contexte caractérisé par des spéculations, des échanges d’amabilités -pour ne pas dire de virulentes diatribes- à travers les médias, entre les grands pôles de la politique nationale que sont le Pouvoir et l’Opposition.
Voilà une situation qui n’a d’effet que de stresser les citoyens. Et nous voudrions d’ailleurs que la classe politique toute entière reconnaisse cette crise.
Aussi, Mesdames et messieurs, de nombreux hommes politiques africains ont soutenu qu’« On n'organise pas les élections pour les perdre ».
Voilà la traduction bien malheureuse de l'image des élections organisées de façon générale sur notre continent et singulièrement dans un pays comme le nôtre.

Mesdames et Messieurs, il s’agit là assurément d’une terrible déclaration qui nous interpelle et nous interpellera toujours.
Nous sommes de la société civile.
Nous sommes des citoyens nigériens organisés en dehors de tout pouvoir.
Mais, nous nous réclamons composante importante de la vie politique de notre pays.
Nous avons décidé de nous investir, en toute responsabilité, dans le processus électoral aux fins de contrôle et d’éducation civique et démocratique des citoyens.
Il faut bien que quelqu’un le fasse !
Mesdames et Messieurs,
Je m’en voudrais de continuer mon allocution sans saluer la lutte valeureuse que mène inlassablement la société civile au Niger et dans toute l’Afrique.
C’est une lutte juste qu’il faut continuer, à notre corps défendant ; une lutte qui a le lourd tribut que nous connaissons tous aujourd’hui.
Que Dieu nous vienne en aide.
Mesdames et Messieurs,
Le processus électoral entame, non pas « sa dernière ligne droite », mais un tournant critique à quelques mois de certaines échéances importantes.
Et c’est ce moment que nous avons choisi pour élaborer un mémorandum dont la substance porte sur notre diagnostic sommaire du processus électoral, ainsi que des recommandations et des appels ciblés à certains acteurs électoraux dans notre pays.
Ainsi :
♣ Au sujet code électoral : notre loi organique qui fixe les règles relatives aux élections politiques et au Référendum, l’opposition politique lui prête d’être « taillée sur mesure » au bénéfice donc du Pouvoir en place.
Plusieurs dispositions sont incriminées, notamment :
- Au niveau de l’article 12, à propos de la prise en charge, par les partis, de leurs représentants pour leur participation à certaines activités électorales ;
- Au niveau de l’article 46, sur la latitude donnée au Président de la CENI de demander un audit du fichier électoral, non pas aux parties prenantes ;
- Au niveau de l’article 47, sur la délivrance payante de la copie de la liste électorale aux personnes ayant fait acte de candidature ;
- Au niveau de l’article 201, sur la possibilité d’inscription sur les listes électorales, sans disposer d’aucun acte d’état civil ;
♣ Relativement à l’indépendance des OGE : cette partie est tout aussi une émanation du code électoral. L’article 46 toujours prévoit que « Le Président de la CENI remet officiellement le fichier électoral biométrique au ministre chargé des questions électorales ».
Il est reproché, par l’opposition politique, le risque potentiel d’impartialité du Ministre chargé des questions électorales (toujours en exercice) et qui serait un candidat investi pour l’élection présidentielle prochaine.
♣ A propos des élections locales et élections législatives partielles : suite aux reports des élections locales en lien avec l’ordonnance sur les collectivités locales et la dissolution de plusieurs conseils élus, pour fautes de gestion, l’opposition politique soupçonne le Pouvoir de se donner le droit de reporter indéfiniment la tenue des élections locales.
Il en est de même pour le non renouvellement d’un siège de député vacant.
♣ Concernant le chronogramme des élections 2020-2021 : Selon la 2ème version du chronogramme électoral, le fichier sera disponible à la fin du mois d’août 2020 et les élections locales un peu plus de 2 mois après.
Au vu des actions à exécuter entre les deux échéances citées, l’opposition politique et certains observateurs avisés pensent que le calendrier n’est pas tenable. Il est même noté des bafouillages et comme un amateurisme de la part de la CENI dans la conduite de ce processus électoral.
♣ Sur la question des audiences foraines : voilà un processus interrompu au grand regret de tous. Il a été pourtant voulu et salué par toute la classe politique et les observateurs des élections.
L’opposition déplore les arguments « fallacieux » d’une « insuffisance de ressources financières » pour l’impression des documents d’état civil et pour la prise en charge des magistrats déployés pour la circonstance. Pourtant, des registres remplis seraient empilés au niveau de plusieurs communes.
Au vu de ce qui précède et à la perception que nous avons du contexte national et même sous-régional sur les questions brûlantes des élections, nous avons formulé des recommandations et quelques appels bien ciblés, à l’endroit de certains acteurs majeurs de notre processus électoral. Ainsi :
A l’endroit de la CENI (qui au demeurant n’est pas consensuelle) :
- Travailler pour la reprise des audiences foraines ;
- Accepter d’en finir avec sa situation dysfonctionnelle ;
A l’endroit de toute la classe politique :
- Travailler à la reprise du dialogue politique inclusif ;
- Accepter une évaluation sans complaisance de tout le processus ;
A l’endroit du Président de la République :
Une fois n’est pas coutume, nous voulons féliciter le courage politique du Président de la République, en ce qu’il a martelé au niveau de plusieurs instances (nationales, régionales et internationales) son engagement à respecter et à faire respecter la Constitution, et de ce fait, à ne pas se présenter pour un 3ème mandat.
Nous sommes convaincus que cette posture ferait école et grandirait davantage sa personne et au-delà le pays tout entier, aux yeux du monde.
Notre appel à l’endroit du Président de la République sera :
- de  se mettre, plus que jamais, au-dessus des péripéties politiques et entretenir sa posture de « Père de la Nation » ;
- de veiller à faire respecter les dispositions de la loi électorale, notamment en mettant fin aux « campagnes avant campagnes » électorales ;
- de créer les conditions de la reprise du dialogue politique et de la tenue d’un forum national d’évaluation et de réconciliation politique ;
- de créer les conditions de la mise en place d’un Comité ad hoc « spécial » : composé essentiellement d’acteurs non partisans où les représentants des partis auront une voie consultative, pour réfléchir et statuer sur un processus électoral national des plus crédibles.
Mesdames et Messieurs, telle est l’économie du mémorandum que nous avons décidé de diffuser à partir de cet instant. Il sera envoyé, en versions électronique et papier, partout où nous le jugerons utile, sera mis à la disposition de la presse et de la communauté numérique qui sont invitées à en faire la plus large diffusion.
Nous invitons aussi la communauté internationale à se saisir de nos appels pour être facilitatrice et accompagner ce processus que nous voulons des plus vertueux et qui fasse le meilleur écho.
Nous voulons, avec le soutien de tous et avant qu’il ne soit tard, travailler à éviter les situations de conflits qui mènent à des catastrophes humanitaires par le seul fait des politiciens, par le seul fait d’hommes qui agissent plus souvent par égocentrisme.
Nous voulons appeler toute la classe politique de notre pays à plus de responsabilité, à plus de raison, à un sursaut national, pour que la sérénité prenne la place de l’état de stress continu auquel est soumis le peuple, notre vaillant peuple.
Pour finir, je voudrais vous remercier encore vous tous ici présents. Je voudrais aussi remercier tous ceux qui nous soutiennent, qui soutiennent la grande cause qu’est la démocratie. C’est nos partenaires nationaux et internationaux qui se reconnaitront.
Vive la société civile, Vive la démocratie,
Que Dieu bénisse notre pays.

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