Niger : Un processus électoral incertain

s/Election-Locale-Niger-2020-02.jpgLe processus électoral nigérien au titre des élections 2020-2021 se présente sous des signes inquiétants. Outre les reports répétitifs dont les élections loca- les ont fait l'objet depuis 2016, la non-tenue des élections locales partielles consécutives à des cas de force majeure (décès, dissolution de conseils, etc.), le chronogramme des élections de fin de mandat est également l'objet de tripatouillages répétés, le plus récent étant intervenu il y a, à peine, deux semaines, avec une annonce époustouflante de Souna Issaka qui a annoncé les dates des élections sans trop de commentaires. En procédant ainsi, il présente les résultats d'un processus électoral sur lequel pèsent d'énormes incertitudes. Les activités, au ralenti depuis le début, semblent participer d'une volonté de ne pas tenir les élections à date ou de les différer indéfiniment. Les doutes et les incertitudes qui pèsent sur le processus électoral sont d'autant plus inquiétants l'organisation des élections pêche par sa confusion. Il y a un cafouillage total dans la mise en œuvre des activités qui doivent en principe s'échelonner dans le temps de façon cohérente et suivant une planification rigoureuse. Or, tout semble s'enchevêtrer. Ain- si, les audiences foraines, prévues pour prendre fin depuis le 3 novembre 2018 - elles ont été officiellement lancées le 7 juin 2018 - semblent à l'arrêt total tandis que les enrôlements des électeurs, programmés pour débuter en fin septembre 2019, ne sont pas sûrs de se tenir à date en raison, d'une part, de tâtonnements indescriptibles dans la conduite du processus électoral ; d'autre part, du délai interminable que prennent les audiences foraines. La commission électorale, dirigée par une escouade rose, s'assure de faire marcher tout le monde. Il y a quelques jours, elle a sommé, à la suite de la présentation de la direction de l'informatique et du fichier biométrique (Difeb) sur les centres d'enrôlement, tous les partis politiques d'envoyer les noms de leurs représentants au sein des commissions administratives au plus tard le 25 août. Une façon de prendre les acteurs politiques à la gorge et de les obliger à accepter le fait accompli. La date limite est aujourd'hui derrière nous, mais selon des sources politiques, il semble que Mohamed Bazoum, le ministre de tutelle des élections et candidat du Pnds à l'élection présidentielle, a décidé de laisser aux retardataires qui le voudraient bien, un sursis pour déposer leurs dossiers.


Lire aussi >>> Le pouvoir ne veut pas des élections locales

Après maints reports des élections locales, le pouvoir en place a dû procéder à une réforme de la loi (ordonnance 2010- 56 du 17 septembre 2010 portant code des collectivités territoriales) pour se donner le droit de reporter indéfiniment la tenue desdites élections. Ainsi at- il continuellement repoussé la tenue de ces élections dites de vérité jusqu'au dernier délai autorisé par la loi triturée. Dans le strict respect des délais de grâce qu'il s'est offert à travers une modification des dispositions de la loi, le gouvernement ne saurait dépasser janvier 2020 sans tenir les élections locales. Elles ont, donc, été programmées pour janvier 2020 avant d'être encore repoussées pour mai 2020. Il y a deux mois, elles ont été carrément reportées en fin septembre 2020 (29 septembre). C'est ce qu'on relève dans le chronogramme consécutif à l'annonce du président de la CENI, Me Souna Issaka, qui a déclaré que le fichier électoral biométrique serait disponible en juillet 2020. Puis, "last bu not least" comme disent les Anglais, le même Souna Issaka a informé, le 16 août 2019, que les élections locales (municipales et régionales) sont prévues pour le 1er novembre 2020. Un nouveau report qui induit au sein de l'opinion nationale de sérieuses interrogations sur les capacités et la volonté de la commission électorale actuelle à organiser lesdites élections. Selon des rumeurs persistantes véhiculées dans les milieux des partis politiques, il n'y aura pas d'élections locales du tout avant les élections présidentielles et législatives. Exactement comme en 2016. Du reste, des sources indépendantes et expérimentées en matière d'élections indiquent que tout porte à croire qu'il en serait ainsi. Les reports incessants de la date, indiquent-ils, sont un indice fort, mais il y a surtout les exigences, très lourdes, liées à l'organisation desdites élections ainsi que les impondérables liés à l'insuffisance des ressources financières qui plombent l'exécution du chronogramme.

De nombreux conseils élu, dissouts, officiellement pour des raisons liées à des fautes de gestion, avec une pointe de sélectivité que n'a pas manqué de relever l'opposition politique, attendent toujours d'être pourvus de conseillers élus. Tout comme, d'ailleurs, un siège de député qui est resté vacant depuis 2016 et pour lequel il n'y a jamais eu d'élections partielles.


Lire aussi >>>> Le chronogramme électoral, objet de tripatouillages interminables

Si l'on concède à la CENI le bénéfice du doute en considérant qu'elle aura le fichier électoral au cours de la première semaine de juillet, elle disposera alors de trois mois pleins (août, septembre et octobre) et trois semaines de juillet pour respecter la date de tenue des élections locales prévue, cette fois-ci, pour le 1er novembre et non plus pour le 29 septembre. Durant ce délai, elle devra afficher (aux lieux d'enrôlement) et sécuriser durant 15 jours les listes électorales biométriques provisoires par village, par tribu, par hameau, par campement ou par quartier de ville, pararrondissement communal, par commune ou ville et par représentation diplomatique et/ou consulaire de la République du Niger à l'étranger ; enregistrer les réclamations éventuelles, les faire remonter et procéder aux corrections qui s'imposent. Une fois corrigées, les listes électorales biométriques sont ensuite affichées de nouveau par village, par tribu, par hameau, par campement ou par quartier de ville, par arrondissement communal, par commune ou ville et par représentation diplomatique et/ou consulaire de la République du Niger à l'étranger. La loi électorale précise que " les réclamations des citoyens en rectification, en inscription et en radiation sont formulées jusqu'au dernier jour de l'affichage devant les commissions administratives. L'examen de la réclamation doit intervenir dans les huit (8) jours suivant la date d'introduction de ladite réclamation (article 54 du code électoral). Ce qui veut dire que qu'il faut quelques 23 jours pour l'affichage (15 jours) et les réclamations (8 jours). L'article 55 rallonge d'ailleurs ce délai de cinq jours supplémentaires, soit 28 jours au total entre l'affichage et les corrections nécessaires. Il indique que " si, dans un délai de 10 jours, le requérant n'obtient pas une suite ou s'il n'est pas satisfait de la réponse, il dispose d'un délai de cinq jours pour saisir la juridiction de Grande instance de son ressort pour les résidents sur le territoire national et la Cour d'appel de Niamey pour les Nigériens établis à l'étranger ".

Outre ces délais légaux qui ont justifié le tout premier toilettage de la loi électorale, la Ceni devra procéder à l'impression des cartes d'électeurs biométriques ; assurer la distribution des cartes d'électeurs biométriques ; procéder également à l'impression des bulletins de vote et mettre en place le matériel électoral. Il s'agit là d'un challenge véritable, la saison pluvieuse rendant certaines localités du pays inaccessibles du fait de la dégradation accentuée des routes. Outre le fait que les routes et pistes sont impraticables et rendent de nombreuses localités inaccessibles en saison pluvieuse, les populations rurales sont dispersées au cours de cette période, la plupart d'entre elles décidant de s'installer dans leurs champs pour mieux veiller sur leurs cultures. Et si le retard s'accumule, il faut dire adieu aux élections locales.

Laboukoye

02 septembre 2019
Source : Le Courriier

Imprimer E-mail

Politique