" Mes adversaires politiques évoquent mes origines arabes ", affirme Mohamed Bazoum à Sidwaya : Le candidat du Pnds Tarayya pèche en eaux troubles

Les conférences tenues en début de juillet 2019, à Niamey, n'ont pas été que fête et réjouissances pour tout le monde. C'est le cas de Mohamed Bazoum qui a cru devoir saisir l'opportunité de la présence d'un si grand nombre de personnalités étrangères pour étaler sa rancoeur et ses ressentiments sur la place publique. Dans une interview accordée au journal gouvernemental burkinabè, Sidwaya, le 7 juillet 2019 et parue dans l'édition du jeudi 18 juillet 2019 dudit journal, le ministre de l'Intérieur, ministre de tutelle des élections et candidat officiel du Pnds Tarayya à l'élection présidentielle prochaine est pratiquement descendu dans les égouts pour parler, à nouveau, de cette question détestable dont il compte, selon toute vraisemblance, faire son cheval de bataille. Comme dans les autres cas où Mohamed Bazoum a fait cas d'attaques contre sa personne sur des bases détestables, l'interview qu'il a accordée à Sidwaya a fait un tollé. Il y a de quoi. Avec une rhétorique bien articulée mais qui ne laisse aucun doute sur la volonté de manipulation, Mohamed Bazoum répond d'abord " je n'en sais rien " à la question du journaliste qui lui demande si " le fait communautaire est encore prééminent sur la vie politique au Niger ". Puis, il mentionne, après avoir déclaré que " en Afrique, il n'y a pas de doute, le phénomène ethnique est une réalité ", que " le Niger est un pays de métissage à nul autre comparable ". Ce qui est vrai. Le hic, c'est que le ministre de l'Intérieur ne se gêne pas pour souligner que " le père du 1er président démocratiquement élu au lendemain de la conférence nationale, vient du Tchad " et que " le 2e président démocratiquement élu est le président Tandja et son père vient de la Mauritanie ". Pourquoi Bazoum ne fait pas cas des mères des deux personnalités nigériennes qu'il ne s'est pas gêné de citer ? La loi nigérienne est pourtant claire sur la question de la nationalité que l'on acquiert, soit par le père, soit par la mère ou les deux à la fois, si ce n'est pas par naturalisation.

En évitant de parler de son père pour remonter plus haut l'arbre généalogique, Bazoum veut laisser entendre qu'il a des origines nigériennes plus ancrées que celles d'un Mahamane Ousmane ou d'un Tandja Mamadou.

Ces périphrases faites avec intelligence, le ministre de l'Intérieur tombe enfin sur l'idée centrale de son discours. " Ne croyez pas qu'il n'y ait pas eu de la part de certains, des campagnes sur le thème de l'origine de leurs pères respectifs. Moi aussi, mes adversaires évoquent mes origines arabes ". Le mot est lâché ! Seulement, Bazoum commet l'erreur de parler des pères des deux présidents qu'il a cités sans être capable de parler de son père, à lui. " Sauf que mon arrièregrand- père est arrivé au Niger dans les années 1840 ", affirme Bazoum. Peut-on remettre en cause les origines du père lorsqu'il n'y a pas lieu de douter de celles du grandpère et de l'arrière-grandpère ? C'est la logique dans laquelle Bazoum installe les lecteurs de Sidwaya, faisant d'une pierre, deux coups. En évitant de parler de son père pour remonter plus haut l'arbre généalogique, Bazoum veut laisser entendre qu'il a des origines nigériennes plus ancrées que celles d'un Mahamane Ousmane ou d'un Tandja Mamadou.

L'on ne connaît pas encore, à Niamey, voire au Niger, un acteur politique qui ait fait la moindre allusion, une seule fois, à l'article 47 de la constitution

Alors que le débat public porte sur l'article 47 de la constitution et ses dispositions, Mohamed Bazoum rue dans les brancards, faisant feu de tout bois, sans que, nulle part et de façon officielle, l'on ait souligné son nom. Hormis sur les réseaux sociaux où ceux qui mentionnent clairement son nom sont, sinon des individus sans aucune responsabilité politique notable, du moins cachés derrière de fausses identités, l'on ne connaît pas encore, à Niamey, voire au Niger, un acteur politique qui ait fait la moindre allusion, une seule fois, à l'article 47. Mohamed Bazoum, qui surfe depuis quelques mois sur cette question, semble mal tombé. Outre qu'il n'est pas capable de mentionner un seul nom parmi ces adversaires politiques dont il parle avec gravité dans l'interview, Mohamed Bazoum sait parfaitement que le vote ethnique n'est pas une réalité au Niger. Si les leaders politiques ont naturellement des fiefs politiques, leurs terroirs, comme partout dans le monde, il reste qu'au Niger, les ethnies sont si imbriquées que les choix des électeurs obéissent en général à d'autres considérations. De 1990 où Bazoum et les siens ont débuté leur carrière politique à ce jour, aucun président élu ne le doit à un vote ethnique. Au contraire, les Nigériens ont su transcender ces barrières anachroniques à bien d'égards.

Qui sont d'ailleurs ces adversaires que Mohamed Bazoum ne nomme pas ?

De quoi Bazoum a-t-il peur ? C'est la question que se posent de nombreux Nigériens se posent. S'il campe curieusement sur ce débat nauséabond pour des motivations qui lui sont propres, Bazoum ne peut croire un instant qu'un leader politique nigérien peut se risquer à faire de cette question un fonds de campagne électorale. Qui sont d'ailleurs ces adversaires que Mohamed Bazoum ne nomme pas ? S'agit-il des adversaires classiques ou plutôt de ceux qu'il ne peut et doit pas nommer pour le moment ? Candidat officiel du Pnds, imposé aux instances du parti rose par le Président Issoufou, Bazoum, qui est ministre de l'Intérieur, par conséquent le premier flic du pays, sait mieux que quiconque d'où risque de venir le coup qu'il redoute. Le général à la retraite, Djibo Salou, est de plus en plus présenté comme un probable candidat à l'élection présidentielle prochaine. Ce qui ne se fera pas sans préjudices pour Mohamed Bazoum. Bien que crédité d'un parti politique qui vient de naître, le PJP Génération Doubara, le général Salou ne s'est pas jusqu'ici affiché comme tel. Mais, selon des informations concordantes et crédibles, l'homme consulte et recrute. Dans les rangs du Pnds en particulier où de gros porteurs de voix ayant requis l'anonymat confient que, d'ores et déjà, des prescriptions sont faites dans la plus grande discrétion en faveur du général Djibo Salou.

Laboukoye  

27 juillet 2019
Source : Le Courrier

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