Comment sortir du chaos économique, politique et sécuritaire ?

Comment sortir du chaos économique, politique et sécuritaire ?On ne cessera de le dire et de le commenter.Le Niger connaît sous Mahamadou Issoufou une décadence qui s’accentue au fil du temps, mettant à nu tous les mensonges d’Etat et les propagandes déplacées. Une véritable tragédie vécue dans la douleur de la complicité assumée de grandes puissances qui s’accommodent de la situation et qui travaillent à la perpétuer tant qu’elles arrivent à préserver leurs égoïstes intérêts : intérêts économiques bien sûr, mais aussi géostratégiques. Toutes les puissances du monde se bousculent aux portes de l’homme qui a juré loyauté au peuple nigérien mais qui n’hésitent pas, au mépris de son serment coranique de respecter et de faire respecter la constitution, à violer les lois de son pays pour donner des marchés faramineux à des sociétés occidentales, des permis miniers, à autoriser de façon unilatérale et illégale l’installation de bases militaires étrangères, etc. En récompense vis-à-vis de ce chef d’Etat qui est prêt à tout à l’endroit des grandes puissances pour s’offrir son peuple, la France, les Etats Unis en l’occurrence ferment les yeux sur des valeurs qu’ils prétendent défendre et promouvoir dans le monde, voire sur des fléaux qu’ils affirment combattre ailleurs et qui fait pourtant fureur au Niger. Le trafic de drogue en particulier semble bénéficier de grandes complicités. Pourtant…

Malgré les bruits, incongrus, entretenus par des thuriféraires du régime en vue de faire croire à une embellie économique et un succès de la gouvernance de Mahamadou Issoufou, la réalité est tout autre. Réduits au silence par une répression vigoureuse des manifestations de la société civile et des partis politiques, lorsqu’il ne leur est pas opposé une interdiction systématique de manifester et la prison, les Nigériens ne gardent pas moins une dent contre un régime qui leur a tout enlevé. Leurs libertés bien sûr, leur prétention légitime à l’égalité des citoyens devant la loi, la démocratie et les ressources du pays, gérées dans l’opacité par des hommes politiques qui s’enrichissent de façon effrontée.

Artisan silencieux de cette mascarade, Mahamadou Issoufou s’est trahi dans la désignation du candidat du Pnds Tarayya.

Au plan démocratique, Mahamadou Issoufou incarne un régime dont le pouvoir repose sur un hold-up électoral et le dévoiement des lois de la République, relues et adaptées à des desseins claniques. C’est le cas du code électoral. Sauf cataclysme inattendu, Mohamed Bazoum n’a pas de souci à se faire pour succéder à Mahamadou Issoufou à la tête de l’Etat. Artisan silencieux de cette mascarade, Mahamadou Issoufou s’est trahi dans la désignation du candidat du Pnds Tarayya. Il n’est pas arbitre et assume clairement son parti pris.

Au plan économique, derrière la construction des hôtels et autres bâtiments de prestige, de la rénovation de l’aéroport Diori Hamani et de la construction d’échangeurs à Niamey, se cache un désastre financier. L’endettement a pris désormais l’allure d’un surendettement. La gouvernance de Mahamadou Issoufou s’est plutôt illustrée dans la dilapidation des fonds publics, les détournements massifs des deniers et biens publics, etc. L’état réel de l’économie nigérienne, soigneusement tenue à l’insu des Nigériens, serait des plus catastrophiques. La dette intérieure est tout aussi colossale et inquiétante que la dette extérieure. Selon des confidences dignes de foi, il y a des sociétés à qui l’Etat doit individuellement plus de cinq milliards de francs CFA.

Si les forces militaires étrangères constituent les yeux et les oreilles des FDS nigériennes, les attaques terroristes meurtrières, elles, n’ont jamais connu un si triste record

Aux plans de la défense et de la sécurité, le Niger est en net recul, enregistrant des centaines de morts du fait du terrorisme et du banditisme transfrontalier. Jamais, le Niger, dont l’armée, si brave, est reconnue pour son professionnalisme, n’a compté autant de morts dans les rangs des Forces de défense et de sécurité, tout comme au sein de la population civile. S’il n’est pas avéré que la présence de bases militaires étrangères n’apporte rien au Niger, les autorités nigériennes n’ont pas convaincu à propos. Rien que des discours, parfois déplacés et insultants. Car, si les forces militaires étrangères constituent, comme l’a clamé Mahamadou Issoufou, les yeux et les oreilles des FDS nigériennes, les attaques terroristes meurtrières, elles, n’ont jamais connu un si triste record.

Les peuples nigérien, malien et burkinabè ne comprennent pas cette forme d’amitié et d’entraide mutuelle qui tournent au désastre pour leurs pays

La tragédie de l’insécurité, il est certain, met mal à l’aise les alliés français et américains. Régulièrement pris à partie par l’opinion nationale qui ne voit pas le bonus de leur présence sur le sol nigérien, Français et Américains savent désormais quel est l’enjeu qui se profile à l’horizon. Il s’agit de prouver que leurs armées sont là pour aider le Niger et non pas servir de corridor à des forces terroristes. Le soupçon, de plus en plus fort, tourne carrément, au Niger comme au Mali ou encore au Burkina Faso, en une conviction. Les peuples nigérien, malien et burkinabè ne comprennent pas cette forme d’amitié et d’entraide mutuelle qui tournent au désastre pour leurs pays. Au Niger, l’installation de ces bases militaires étrangères, intervenue par la seule volonté de Mahamadou Issoufou, en violation flagrante de la constitution, ne peut rassurer les Nigériens quant au fond du deal resté secret, autant pour la France que les Etats Unis ou encore l’Allemagne.

La justice nigérienne et la double vitesse

Quant à la justice, c’est le comble. Des juges de service se sont spécialisés dans la démolition d’opposants politiques, de journalistes mal-pensants et d’acteurs de la société civile gênants.

En huit ans de pouvoir, ce sont des centaines de Nigériens qui ont été interpellés et/ou jetés en prison pour des raisons d’opinion et de libertés constitutionnelles exercées contre l’avis des autorités en place. Là aussi, c’est un triste record pour Mahamadou Issoufou. Bakary Saïdou, un proche fidèle du chef de file de l’opposition croupit toujours en prison. Trois ans, aujourd’hui, qu’il est privé de la liberté. Et à la lumière du rapport d’enquête de la Gendarmerie nationale, il n’y a pas de doute que l’ancien président du groupe parlementaire Lumana à l’Assemblée nationale, est un prisonnier politique.

En trois ans, il a vécu et continue de vivre les affres d’une détention abusive, victime d’une justice instrumentalisée dont les responsables se condamnent à une reddition de comptes, un jour. On interpelle qui on veut, emprisonne qui on veut et les poursuites judiciaires pour fait d’adhésion au Pnds Tarayya et/ ou de soutien à Mahamadou Issoufou sont abandonnées, renforçant les citoyens et les observateurs étrangers dans leur conviction que la justice nigérienne est aujourd’hui réduite à une arme politique redoutable par et pour le pouvoir en place.

Ce réquisitoire, quoi que sévère, ne rend pas pourtant compte de l’étendue exacte du désastre causé par la gouvernance de Mahamadou Issoufou. En cas d’alternance à la tête de l’Etat, les Nigériens seront condamnés à reprendre tout, presque à partir de zéro. Les lois bien sûr, qu’il faudra réécrire pour les conformer aux normes républicaines, l’exemple à donner lorsqu’on assume des responsabilités d’Etat, le vivre-ensemble, la sacralité des biens et fonds publics, etc. Des défis d’une complexité immense mais qui sont incontournables pour redresser le Niger .

19 juin 2019
Source: Le Canard en Furie

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