Aventures Politiques : Bazoum, futur opposant ?

aLes choses, pour Bazoum, semblent s’accélérer depuis qu’au forceps, le Président Issoufou, tranchant le débat interne qui l’oppose à Hassoumi Massaoudou, l’a propulsé candidat officiel du parti pour les prochaines élections présidentielles. L’euphorie pour l’homme qui jubilait pour son sacre qui porte pourtant bien de handicaps, n’aura été que de courte durée. Par la conscience des malaises dans lesquels, ce choix avait été opéré, le PNDS, dans ses douleurs muettes, se précipita à tenir son congrès d’investiture, comme pour mettre fin aux débats et aux ambitions de quelques loups, tapis dans l’ombre. Le PNDS devenait vraiment malade et il n’est que difficile de le guérir des maux qui l’assaillent. Ainsi, se rend-on vite compte que le candidat choisi – non, imposé – n’est pas le bon pour le parti car l’homme dont il est question, n’a jamais eu les soins qu’il faut pendant tout son parcours pour soigner ses discours et son image de futur présidentiable pour d’abord rassurer l’ensemble des Nigériens, mais surtout – et c’est le plus grave – rassurer à l’intérieur même de son parti, il est loin de faire l’unanimité. La preuve est qu’il a suffi qu’on l’impose pour que des frictions transparaissent dans le parti. D’ailleurs, quelle fédération régionale du parti a-t-on vu, s’extasier pour ce choix, en le revendiquant, en le soutenant ouvertement ? Aucune. Cependant quelquessections avaient été manipulées pour faire des déclarations qui soutiennent sa candidature, mais là même, sans la foi. Zakaï avait été l’un des plus zélés à s’exposer dans cette « guerre des tranchées » au sein du parti, mettant son Zarmaganda au défi de voter pour son champion, allant jusqu’à mettre en doute sa dignité, s’il ne s’y pliait pas. Ceci n’a pas manqué de lui provoquer toutes les foudres de son terroir. Pendant des jours, sur les réseaux sociaux, des hommes et des femmes vexés lui avaient fait sa fête. Cet autre rappel ne vaut que pour dire que l’ouvrier le plus déterminé et le plus volontariste du patron- candidat du PNDS, n’a pas réussi à convaincre les siens de la fiabilité de la candidature de son protecteur, et l’on peut ainsi voir à ce niveau, comme à un autre, à quel point, cette candidature n’inspire pas confiance, à quel point elle divise même.

Débusqué depuis des jours par le débat autour de l’article 47 qui fait rage pour le sortir de ses retranchements, de son repli tactique et de ses silences stratégiques, Bazoum Mohamed, avait osé une communication par laquelle, il espérait avoir les moyens de mettre fin au débat qui risque de compromettre sa candidature. Mais la sortie, fut malheureuse, et finalement, elle l’enfonce car maladroitement, il avait glissé sur des terrains minés, marchant dans son intervention sur des frontières interdites auxquelles, l’on ne se réfère que lorsqu’on est acculé, mis dos au mur, sans aucun autre moyen objectif à portée de main pour se défendre. On le découvre alors à ras de terre, se défendant, comme il peut, faisant feu de tout bois. Ceux qui le défendaient, avaient alors commencé à douter de leur homme, se demandant s’il peut franchement être à la hauteur des responsabilités auxquelles le soumettront les charges nouvelles qu’il aspire à assumer. Si un autre, de ses propres aveux dit n’avoir pas une tête de présidentiable, l’on peut avoir désormais la certitude que Bazoum ne peut être un homme d’Etat accompli lorsque, presque invariablement, dans les logiques de ses raisonnements, il ne peut se défaire du carcan « ethniciste », le même qu’il développait si gauchement pour se défendre dans le débat qui le cerne, animé sournoisement, à distance par des milieux commandés de son parti. Il reste au candidat Bazoum, pour prendre son envol de candidat, indépendamment de ces considérations, à retirer de ses pieds alourdis, une autre grosse épine.

Hassoumin Massaoudou, une énigme qui hante…

Alors qu’il espérait que la « justice » d’Issoufou Mahamadou, ancien président du parti et aujourd’hui, président de la République, le conforte dans ses ambitions, il doit bien se désillusionner très vite, pour comprendre que les problèmes ne font que commencer. Car, le secrétaire général du parti, a beau être incapable de se faire lire député national, il sait que pour avoir joué de grands rôles dans le parti et dans le pouvoir qui n’aurait pas survécu à ses dérives, n’eut été la hargne et les cynismes de celui qui est devenu son nouvel adversaire, ne pouvait pas être seul. Dans ce qui a pu le convaincre à faire connaitre ses ambitions présidentielles, il ne peut manquer de soutiens à l’intérieur de son parti dans lequel, pour nombre de militants, il reste l’éminence grise de laquelle le parti ne pouvait pas se passer. Il a par exemple suffi d’un ou de deux mois qu’il ne soit plus à la tête des Finances, pour que les problèmes de trésorerie se compliquent, et les choses de ce point de vue, ne peuvent aller que de mal en pis. Le parti finira par comprendre que le tandem Bazoum-Massaoudou désormais antagonique ne peut plus piloter le parti depuis que les divergences entre les deux hommes ont éclaté au grand jour, ne pouvant plus trouver des moyens de réapprendre à s’aimer et à jouer des complicités. Le parti n’aura plus d’autre choix que d’en tenir compte et de prendre courageusement les dispositions qui s’imposent. Massaoudou, logiquement, de ce point de vue, ne peut plus être, alors que Bazoum reste le président du parti, son secrétaire général qui pourra, dans la confiance totale qui ne peut plus être entre les deux hommes en raison de leurs antagonismes ouverts, travailler en étroite collaboration avec celui qui est désormais un adversaire contre lequel il a àjouer un match retour pour laver l’affront qu’on lui afait et montrer à ceux qui doutent à l’intérieur du parti, de sa place amplement méritée qu’aucun autre ne saura jouer avec les mêmes talents, avec la même personnalité.

Mais Hassoumi Massaoudou, le manque de consensus autour de la candidature de Bazoumet l’article 47 ne sont pas les seules entraves à une candidature qui appelle de graves dissensions dans le parti. Déjà, l’on sait qu’à l’intérieur de la mouvance au pouvoir, la personnalité divise profondément surtout que beaucoup de ceux qui soutiennent le régime ne sont là que pour et par Issoufou. Mais il peut compter sur un soutien de taille, celui du ministre KassoumMoctar devenu son laudateur officiel. Pour ainsi dire, le handicap majeur de l’homme qui veut présider aux destinées du pays après Issoufou, est de ne pas pouvoir fédérer les hommes autour de sa personne car n’ayant jamais eu la moindre courtoisie pour un autre. C’est dans ce contexte d’incertitude pour le candidat imposé qu’un troisième larron arrive, déjouant les pronostics et compliquant les sondages.

Un intrus qui joue au trouble-fête ?

Depuis quelques jours, la retraite anticipée du Général Salou Djibo est annoncée et cela, comme on devrait s’y attendre, nonobstant le démenti apporté par personne interposée, donne lieu à des commentaires qui frisent souvent le sensationnel. Lorsque, par les dires de son porte-parole, il se réserve le droit de se présenter aux prochaines élections, et d’aviser en temps opportun, l’on peut croire qu’il reste en embuscade pour surgir peut-être un autre jour, dans le déroulement du plan d’un deal secret qui le lierait à Issoufou Mahamadou en personne. En nourrissant cette ambition, c’est du moins ce que donnent à croire ses indécisions, l’on ne peut croire au démenti apporté par rapport à un certain nombre d’allégations portées contre lui, relativement à des ambitions présidentielles qu’il nourrirait. Cette intrusion, malgré la sortie du porte-parole du Général, ne peut qu’ajouter aux doutes de Bazoum, même si pour un autre, sur les réseaux sociaux, le débat autour de l’article 47 n’a pas lieu d’être, et que Bazoum serait soutenu par des foules immenses, pourtant invisibles. La candidature de Bazoum semble ainsi être un cocktail explosif qui risque à terme de faire éclater un parti qui n’a pas su gérer avec intelligence, la phase de l’alternance interne, toute chose qui ne peut que rendre encore plus incertaine l’alternance globale pacifique que l’on attend vainement depuis plus de trois décennies que nous sommes en démocratie.

Le temps des cassures ?

Inévitablement, le PNDS ne peut résister aux contrecoups qui l’assaillent depuis des jours, cultivant des contradictions internes insurmontables en son sein. Logiquement, dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois, l’on pourra s’attendre, à la sortie de Massaoudou de ses silences, pour jouer sa survie politique, notamment en se démarquant de « son » PNDS qui l’a humilié et livré à la vindicte de ses adversaires. Sans doute qu’il doit intelligemment – et ce n’est pas l’esprit qui lui fait défaut – préparer sa riposte et ce sera, il va sans dire, le grand coup qui sapera à jamais un parti qui avait cru qu’il pouvait surmonter toutes ses crises, tous ses antagonismes, toutes ses contradictions. Le temps de l’irréparable est arrivé et c’est une donne de laquelle, forcément, le parti de Bazoum doit compter. Ainsi, en plus des oppositions institutionnelles connues, le candidat doit faire face à d’autres oppositions plus coriaces qui sortiront de son environnement politique et elles seront d’autant plus impitoyables, qu’elles connaissent ses faiblesses pour s’en servir à bon compte pour le liquider. C’est peut-être aussi dans cette veine que l’on veut voir ces manipulations sournoises de l’article 47 qui le visent depuis des semaines. Il ne finira pas de faire face à ces nouvelles adversités, qu’une autre qui peut lui paraitre comme celle de la trahison, surgira pour vouloir l’anéantir à jamais. Salou Djibo sortira des bois pour faire face à son destin, avec, ainsi qu’on le redoute, le soutien de celui-là même, qui l’a propulsé au-devant de la scène, en le préférant à Massaoudouqui était en duel avec lui. Et lorsqu’il se rendra compte qu’il n’est qu’un dindon d’une farce, sans doute va-t-il se raviser pour comprendre que sa survie résidera en sa capacité à faire la paix avec des adversaires qu’il a su méticuleusement détestés, pour affronter le système hideux qui se joue de lui. Et, comme cela est déjà arrivé dans le pays, à travers d’autres schémas, Bazoum sera, dans le meilleur des cas, un puissant opposant pour faire face, avec toute l’opposition, à son propre système pour résister et exister politiquement.

La politique est un labyrinthe dans lequel, poussé par des envies ou par des ambitions, il peut être difficile de s’en sortir. Bazoum, depuis des jours, mesure les cruautés des jeux politiques dont il peut avoir minimisé les effets, comptant sur sa philosophie. Pourtant, ce n’est qu’un début et il lui reste encore à voir. Et la même question revient : les carottes seraient-elles cuites pour lui, définitivement ? « Time will tell… ».

ISAK

1er juin 2019 
Publié le 23 mai 2019
Source : Le Nouveau Républicain

Imprimer E-mail

Politique