Article 47 de la Constitution : Mohamed Bazoum déplace le débat

Bazoum debat Article 47A deux ans des élections de 2021 (si jamais elles auraient lieu), et à moins de deux mois après la désignation en catimini de Bazoum comme candidat du PNDS-Tarayya à l’élection présidentielle, les choses commencent à se préciser, en s’assombrissant, bien entendu, pour le candidat- ministre de l’intérieur. Adoubé dans la précipitation pour une course qui aura lieu en 2021, l’horizon s’éloigne pourtant pour Bazoum. Cet horizon va bien au-delà de cette échéance. Et pour cause, les conditions d’éligibilité à la présidence de la République. La Constitution stipule en effet en son article 47, alinéa 3 : « Sont éligibles à la Présidence de la République, les Nigériens des deux (2) sexes, de nationalité d’origine, âgés de trente cinq (35) ans au moins au jour du dépôt du dossier, jouissant de leurs droits civils et politiques ». C’est ce fameux article 47 qui risque de faire des misères au Candidat Bazoum. Dans l’esprit et la lettre de cet article, il ne suffit pas d’être tout simplement nigérien, encore faudrait- il être nigérien de « nationalité d’origine ». Des par ses parents donc. Et c’est là que se corse pour le monsieur, surtout au vu de ses réactions. D’autant plus que depuis quelques temps, les dispositions de cet article constituent la Une de l’actualité, aussi bien dans les salons feutrés, les fadas, les réseaux sociaux que sur les plateaux de télévision. Interrogé par une radio internationale, Bazoum n’a trouvé mieux que de traiter ceux qui évoquent cet article de tous les noms d’oiseaux, en particuliers d’être des sectaires. C’est vraiment à tomber des nues, car on voit mal le lien entre l’évocation de l’article 47 et un quelconque ethnocentrisme, puisqu’il y ‘en a pas du tout. En réagissant de la sorte, Bazoum s’est ridiculisé et a montré ses limites objectives. Si c’est cela sa seule réponse à ceux qui lui reprochent de ne pas être nigérien de nationalité d’origine, autant dire que le reproche est fondé, et qu’il ne peut prouver l’inverse. Pire, la manière maladroite par laquelle il a voulu déplacer et occulter le débat, montre plutôt que c’est lui Bazoum qui se cache derrière son groupe auquel il se confond au point de sentir une critique contre sa personne comme une critique contre son groupe.

des propos attentatoires à l’unité nationale lors de la campagne de l’élection présidentielle de 2016 en appelant des citoyens nigériens à ne pas voter pour un autre candidat en raison de son groupe ethnique. N’estce pas le même Bazoum, ministre de la République, qui a parlé de militaires ethnicistes et dont ils vont débarrasser l’armée ? Pourtant les dispositions de l’article 4 de la Constitution sont claires. En son alinéa 3, il stipule que « Dans l’exercice du pouvoir d’Etat, le pouvoir personnel, le régionalisme, l’ethnocentrisme, la discrimination, le népotisme, le sexisme, l’esprit de clan, l’esprit féodal, l’esclavage sous toutes ses formes, l’enrichissement illicite, le favoritisme, la corruption, la concussion et le trafic d’influence sont punis par la loi ». Mais, on dirait que les lois de la République ne s’appliquent qu’à une catégorie de nigériens. Les autres semblent avoir le permis de tout dire et tout faire, en toute impunité. Pourvu qu’ils soient des militants de la Renaissance. Pourvu qu’ils apportent leur soutien aux actions du président de la République. C’est ce militant du PND Akal Kassa qui, il n’y a pas longtemps, s’est insurgé contre la candidature de Bazoum. Le plus grave, c’est qu’il a parlé, dans un audio largement partagé sur les réseaux sociaux, de son groupe ethnique en de termes désobligeants, impardonnables. Arrêté, il a été libéré et lavé de tout soupçon, après l’adhésion de son parti à la MRN, mouvance au pouvoir. Allez-y comprendre. Il y en a qui sont absous de tout, et d’autres qui sont accusés même des choses qu’ils n’ont jamais faites ou dites. Alors, à Bazoum de savoir garder raison et ne pas dévoyer le débat. Qu’il revienne au milieu de l’arène au lieu de se diriger chaque fois vers les sacs. Les choses ne font que commencer. 2021, ce n’est pas demain.

Bisso
18 mai 2019
Source : Le courrier  

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