La fin de la Renaissance : La peur de perdre le pouvoir sème la panique

La-fin-de-la-Renaissance-peur-de-perdre-le-pouvoir.jpgDans notre parution précédente, nous avons fait cas de la mise en place d’une cellule au niveau du PNDS, sous l’instigation du Guru du Guri, cellule que Massoudou a poliment refusé de diriger. Cette cellule viserait essentiellement à réfléchir sur les voies et moyens à mettre en oeuvre par le PNDS, parti de Mahamadou Issoufou, pour conserver le pouvoir pendant des décennies sans interruption.

Conquérir, conquérir et conserver le pouvoir dans les limites fixées par la loi, est une ambition légitime pour tout parti politique, puisqu’il est créé à cet effet. Et la peur est un sentiment humain normal, surtout de perdre ce que l’on a conquis. Mais la peur qui anime les guristes à la fin du deuxième mandat (acquis dans les conditions connues du monde entier) de Mahamadou Issoufou est maladive. Tellement ceux qui sont au pouvoir depuis 2011 redoutent l’alternance. Au point où ils sont prêts à user de tout pour s’incruster, et continuer à jouir des ors et avantages de la République. Et c’est là que les choses commencent à devenir plus claires. Car la jouissance de ces avantages qu’offre la République aux serviteurs de l’Etat au plus haut sommet cache bien des immondices, des tas d’immondices dans la gestion des renaissants. Les nigériens en sont témoins, eux qui sont les victimes expiatoires de cette gestion chaotique sur fond de prédation des maigres ressources nationales, une gouvernance jalonnée de scandales politico financiers, les uns plus grossiers que les autres. Dès à l’entame du premier mandant du camarade président Mahamadou Issoufou, les renaissants ont commencé à accumuler les dossiers où les nigériens sont spoliés de leurs droits et de leurs biens au profit exclusif des membres du clan au pouvoir et de leurs proches. Ils sont rares, ceux parmi eux qui ne se sont pas empêtrés dans les scandales financiers, une sorte d’impunité totale leur étant accordée, le droit de tout faire et de tout dire sans crainte d’être dérangés outre mesure. Pendant que ceux qui ne sont pas de connivence avec leur régime dit de renaissance (de qui ? ) sont quotidiennement harcelés, exclus, ou tout simplement jetés en prison pour des raisons fallacieuses, fondés sur des arguments tirés par les cheveux. Et dire que nous sommes en démocratie. Les opposants politiques, des journalistes, des acteurs de la société civile considérés comme mal pensants, parce qu’ils exercent leur droit constitutionnel de critique de la manière dont les affaires publiques sont gérées, ont connu, plusieurs fois pour certains, les goulags de la Renaissance. Et pourtant, les prêts Eximbank et congolais concernent bien les nigériens, puisque c’est à leur nom qu’ils ont été contractés et ce sont eux qui vont les rembourser au prix le plus élevé. Le don de riz pakistanais, qui a été basmatisé par qui on sait qui, est bien destiné aux populations nigériennes menacées de famine. La remise gracieuse des devises saisies à l’aéroport est bien un délit puni par la loi nigérienne. Les multiples épisodes de trafic de drogues ont bien terni l’image de notre pays, accusé par certaines puissances de développer une économie criminelle et d’héberger des criminels. Des complicités internes, qui couvrent des narcotrafiquants notoirement connus dans les cercles du pouvoir, ont été à plusieurs reprises soulignées.

Dans les affaires Africard, Mukuri, vente circulaire et frauduleuse de l’uranium, Artp, achat du vieux coucou au camarade président pour son confort personnel dans les airs, Realimar, ce sont bien des intérêts stratégiques et vitaux du Niger qui ont été spoliés. Et les personnalités impliquées sont toutes, ou presque, identifiées. Ceux qui ont organisé les fraudes aux différents concours d’intégration ne sont pas des inconnus. Bien au contraire. Il y a même des personnalités qui ont cru bon d’envoyer des listes de leurs progénitures et leurs protégés afin d’être simplement insérés sur la liste des admis. Les pièces d’identité et autres passeports octroyés à des non nigériens ont bien un auteur. En plus de leurs hauts faits propres, les guristes ont accordé protection et impunité totale à tous ceux qui trainent des casseroles bruyantes et qui sont allés les soutenir, ou soutenir les actions du camarade président, à travers une politique pernicieuse de soutien contre abandon de poursuite. Ce qui signifie qu’ils peuvent encore spolier les biens publics tant qu’ils chantent les louages et la grandeur de la Renaissance, et rien ne va se passer. Tous ces scandales politico financiers sur violations constantes des lois et règlements de la République, que les guristes n’hésitent pas à manipuler pour nuire aux adversaires, ont des responsables, des auteurs. L’action publique n’a jusqu’ici pas été déclenchée pour mettre le Niger et les nigériens dans leurs droits. Alors qu’on n’hésite pas une seconde à s’autosaisir et poursuivre d’autres nigériens pour des peccadilles et les priver de leur liberté pendant des mois, voire des années. L’affaire Cellule cirse alimentaire et gestion des catastrophes est assez illustrative. Bakari Seidou et ses compagnons sont en prison depuis bientôt 3 ans sans jugement. La connotation politique du dossier est évidente et a été soulignée même par la très sérieuse Union interparlementaire en début 2018. Leur appartenance au parti de l’opposant Hama Amadou, débarqué lui même de son perchoir de président de l’Assemblée nationale dans des conditions rocambolesques, et contraint depuis à l’exil, est l’unique raison de leur maintien en prison, avec une instruction qui n’en finit pas. Voici donc ce qui sème la panique dans leurs rangs, car les guristes savent qu’ils vont payer, rendre des comptes au peuple nigérien. Rendre des comptes, voilà ce qu’ils fuient, car ils ont peur de leur propre gestion qui est aux antipodes de la bonne gouvernance. Mais tôt ou tard, quelqu’un payera. Et les guristes ne vont pas éternellement conserver le pouvoir, car le pouvoir est un bien public, pas de clan. Le pouvoir appartient au peuple. Ils ne le savent que trop bien. Someone will pay, comme disent les anglais.

Bisso 

04 mai 2019
Source : Le Courrier

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