Bazoum Mohamed : Les contradictions d’un dauphin qui se perd

Bazoum Mohamed : Les contradictions d’un dauphin qui se perdIl y a des contextes et des calculs qui changent l’homme, modifient ses opinions, tuent ses audaces. Pour certaines opinions, averties à bien d’égards, Bazoum étaient de ceux qui, et ils étaient rares, dans le sérail du Pnds, pouvait contrarier le Camarade président, le seul à pouvoir lui opposer un niet lorsqu’il n’épouse pas ses points de vue, le seul à avoir la hardiesse de lui formuler en face des critiques. Du reste, les gens n’ont pas trop tort. Sauf qu’un besoin de soutien, a fini par l’assujettir, le ramollir, pour ne le réduire, finalement, qu’à «chanter» les «hauts faits» d’un homme à qui tient son avenir politique. Les Nigériens peuvent se rappeler les franchises de l’homme, se battant pour sa place méritée au sein du Pnds, rappelant à ceux qui ne savent pas que le parti est leur édifice, bâti dans la précarité matérielle, mais avec la conviction qu’ils avaient que le socialisme était une voie qu’on pouvait prospecter pour sortir un pays pauvre des sentiers battus et redonner espoir à un peuple gagné de plus en plus par des doutes. Ils auraient, avec d’autres camarades, construit les fondations de ce qui allait devenir le parti nigérien pour la démocratie et le socialisme. C’était, semble-t-il, entre le CEG Alhéri et l’université de Niamey où ils comptaient beaucoup de sympathisants – il est peut-être précautionneux de mettre le verbe au passé, à l’imparfait. Le Camarade Issoufou, n’était donc pas, non sans déplaire, de ceux qui, à l’origine, avaient créé le parti. Et ça, beaucoup de Nigériens, ne le savaient pas. Toute chose que le Secrétaire Général du SNECS, dans une de ses interventions sur les médias, corroborait en confortant la thèse de Bazoum qui faisait l’annonce fracassante que le parti est le leur, leur «enfant», et que leur président, est venu plus tard dans le parti, prenant le train en route. Opportunément. Et on imagine que les camarades, issus pour la plupart de milieux prolétaires, notamment enseignants, et d’ingénieurs ruinés et désespérés, durent lui faire de l’espace pour l’entourer pendant tout le parcours d’un socialisme mutant dans les faits, insaisissable, mais constant dans les discours, d’une vénération qui surprend lorsqu’elle vient de cartésiens. Faut-il comprendre que si le Pnds, au pouvoir n’arrive pas à gouverner comme un parti socialiste, plus proche du peuple et de ses préoccupations, c’est parce qu’il avait eu l’imprudence de confier le parti à celui qui n’en était pas le fondateur, pour mieux savoir sa ligne doctrinaire ? On comprend donc que le Pnds au pouvoir, ne sache pas faire de la démocratie, encore moins du socialisme. Il est en effet permis de le croire, quand on considère le dirigisme d’un homme qui n’a aucune humilité à avoir une représentation modeste de sa personne, entouré depuis, d’une vénération qui frise l’idolâtrie, le culte à outrance de la personnalité d’un homme qui dit pourtant, venir du peuple, des humbles.

De ce petit incident était née la brouille qui mit des distances entre le deux compagnons politiques, au nom desquelles, bien d ’ o b s e r v a t e u r s , n e voyaient pas comment Issoufou Mahamadou pouvait trancher en faveur de Bazoum pour porter les couleurs du parti aux prochaines élections. Aujourd’hui encore, ils sont toujours nombreux à ne pas croire au petit cinéma qui se fait, célébrant un homme qui divise et ne peut donner aucune chance au parti. Les révélations tonitruantes d’un Mohamed Bazoum qui a manqué de hauteur pour ne pas exposer publiquement, presque dans la rue, une rivalité naissante, une telle vérité dont on se demande, aujourd’hui encore, son importance et l’enjeu qui la commandait. Est-ce pour répondre à son isolement pressenti à l’intérieur du parti et du pouvoir, voyant des arrivistes cooptés en leur défaveur, pour copiner avec le Camarade président ? C’est bien plausible.

On sait que cette audace de Bazoum n’avait pas plu et dans les silences des coeurs blessés, une guerre sourde était née. Mais Issoufou se veut être un stratège fin pour savoir dissimuler ses intentions, ne parlant presque jamais de ces choses, de ses relations avec un autre, préférant surprendre par des actes et des décisions qui font grand bruit.

Peut-être, c’est là qu’il faut comprendre son choix pour dérouter dans sa stratégie de survie politique un Bazoum qui, certainement – et il le sait – doit l’attendre du pied ferme.

Mais contre toute attente, le sieur Bazoum semble se raviser pour soigner ses relations, comprenant enfin qu’une confrontation avec son «bienfaiteur» de la dernière heure ne saurait l’arranger, lui que des rêves présidentiels, par les incertitudes qu’ils portent, ravagent depuis quelque temps, et que pour ce il aura besoin du soutien du camarade jusqu’à la fin pour espérer devenir président du Niger, et ramener bien de militants rebelles, et non des moindres, à de meilleurs sentiments, pour soutenir, ‘’don Allah’’, sa candidature. Et depuis, ses discours sont bourrés de mots gentils pour le grand camarade, d’éloges calculés pour l’homme qui le porte pour être candidat du parti malgré que, jusqu’ici, bien de fédérations du parti ne se soient pas exprimés pour soutenir sa candidature.

On l’a vu au congrès qui le désignait officiellement – mais non par plébiscite – incapable de dire aux militants et aux Nigériens les ambitions qu’il nourrit pour le Niger, le type de gouvernance qu’il entend mettre en oeuvre pour soigner les plaies d’un pays qui va mal. Il ne voulait plaire qu’à Issoufou qu’il rassure alors de marcher dans ses pas, fussent-ils des pas mauvais, aura-ton compris. Il n’a donc aucun label dont il peut se prévaloir pour marquer sa différence, et gouverner autrement.

Au congrès du Pna-ALOuma le week-end dernier, il s’est encore invité à la fête de STJ, cherchant sans doute à consolider ses alliances dans la perspective de sa candidature aléatoire, à ne pas perdre des hommes dont il sait qu’ils sont des amis personnels d’Issoufou Mahamadou. Ceux qui connaissent l’homme, ne peuvent plus le reconnaitre à travers ses nouveaux discours faits le samedi 20 avril 2019 dernier de démesures et d’arrogance, de mépris et de suffisance qui sont loin aujourd’hui de produire une perception de sa personnalité. En tout cas-là, comme pour corriger ses vieilles déclarations relativement à la création du parti et de ses fondateurs «présumés» qui faisaient d’Issoufou un militant «retardataire », on l’entendit, perplexe, à la tribune que lui offrait le congrès du P n a - A L - O u m a qu’Issoufou, maintenant, ménageant ses propos, serait le fondateur du parti. Hum… Voilà de quoi rendre enfin content, le Camarade Issoufou : une injustice a été réparée par celui qui l’avait commise.

Enfin,…

Ainsi qu’on peut le voir, les circonstances et les calculs du moment ont eu raison des convictions de Bazoum Mohamed, pour le «raisonner» à rétablir enfin, sans que cela ne fasse rire, la vérité. Comme quoi, les gens ne croient à rien, ils ne pensent qu’à leurs seuls intérêts, s’il le veut par la veulerie, incapables de rester sereins et dignes à s’assumer et à rester fidèles à leurs opinions. Quand un candidat se réduit à n’être que le laudateur de service de son «successeur», l’on ne peut que s’attendre à de tels renoncement et reniements. Il n’a rien à proposer au peuple.

Comme on le voit, le candidat du Pnds Tarayya, traversé de doute, n’est plus que ravagé par des contradictions…

AI 

04 mai 2019
Publié le 23 avril 2019
Source : Le Canard en Furie

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