Opération « Secouer le cocotier » De grosses têtes vont bientôt tomber

 LOpération « Secouer le cocotier » De grosses têtes vont bientôt tomber .La classe politique nigérienne risque de connaître, dans les jours et/ou semaines à venir des heures chaudes. Selon des informations dignes de foi en possession du Canard en furie, des instructions fermes ont été données à la Halcia et au Parquet afin que les dossiers judiciaires portant, en particulier, sur des malversations financières, soient dépoussiérés et remis au goût du jour. De nombreuses têtes, notamment parmi les alliés, et même de proches collaborateurs qui ne sont plus en odeur de sainteté avec le coeur du pouvoir, vont tomber. Les dossiers, au nombre d’une quinzaine, seraient déjà apprêtés et les concernés seront, d’un jour à l’autre, convoqués devant le juge. Selon les confidences faites au Canard en furie, il faut s’attendre à de grosses surprises. De grands dinosaures politiques dont le Canard en furie tait les noms pour le moment seraient sur cette liste dressée. Mais un coin du voile mérite d’être levé sur un cas. Car, entre autres surprises, Hassoumi Massoudou figurerait sur la liste noire. Ancien ministre des Finances, ancien directeur de Cabinet du président de la République, puis ministre de l’Intérieur pendant les élections malpropres de 2016, Secrétaire général du Pnds Tarayya, le principal parti au pouvoir, Hassoumi Massoudou s’est vu violemment éjecté du gouvernement le jeudi 31 janvier 2019. Une sanction qui sonne la disgrâce politique.

À pied d’oeuvre depuis quelque temps, la Halcia ne fera donc pas de quartier.

Aujourd’hui, alors que les Nigériens épiloguent encore sur les raisons qui ont valu à l’ancien ministre des Finances, cette baffe retentissante du Président Issoufou, l’affaire se présente sous de bien pires auspices pour Hassoumi Massoudou. Le Président Issoufou aurait donné des instructions fermes afin qu’aucune personne épinglée ne soit épargnée. Proche collaborateur ou allié politique, tout le monde y passera. Une opération qui se limitera toutefois à décapiter les têtes, sans aller jusqu’au bas de l’échelle. À pied d’oeuvre depuis quelque temps, la Halcia ne fera donc pas de quartier. Que reproche-t-on à tout ce beau monde concerné par les dossiers en question ? Pour le cas de Hassoumi, si certaines sources avancent qu’il a été limogé du gouvernement à cause de ses ambitions politiques pour 2021 et que d’autres soutiennent qu’en réalité, il aurait mis son nez où il ne fallait pas, dans les affaires de la société française de téléphonie mobile, Orange, et l’interdiction de sortie du territoire national du directeur général de ladite société, il ressort que l’ancien ministre des Finances aurait, semble-t-il, appuyé sur le mauvais bouton en s’interrogeant sur les fonds du pétrole. Hassoumi Massoudou se serait étonné de n’avoir pas vu circuler un quelconque papier relatif aux revenus du pétrole. Selon des sources proches du ministère des Finances, c’est ce qui a motivé Massoudou à s’investir dans le marquage des hydrocarbures. C’est comme qui dirait, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

À deux ans de la fin de son second et dernier mandat, apprend-on, le Président Issoufou a décidé, semble-t-il, de secouer le cocotier. À quelles fins ? Dieu seul sait que les scandales financiers ont coûté, en huit ans, des pertes de plusieurs milliers de milliards de francs CFA à l’Etat nigérien.

Et pour camoufler son bilan catastrophique, fait de dilapidations systématiques des deniers publics, détournés à des fins d’enrichissement illicite, le Président Issoufou a entrepris un enchaînement d’endettement de l’Etat pour réaliser certains éléphants blancs. Un vrai désastre économique !

La modernisation politique consiste à concevoir et à pratiquer la politique comme une science pour la conquête, l’organisation et l’exercice du pouvoir politique

S’il envoie Hassoumi Massoudou derrière les barreaux, ce qui serait imminent, a appris le Canard en furie, le Président Issoufou donnerait ainsi une chaude alerte pour tous les autres. Auront-ils le temps de se préparer à une réaction appropriée ? Des observateurs en doutent. En vérité, l’alerte, le Président Issoufou l’a donnée depuis le 2 avril 2019. « Un des objectifs du programme de renaissance, c’est la modernisation politique. La modernisation politique veut dire quoi ? En effet, cette modernisation consiste à concevoir et à pratiquer la politique comme une science pour la conquête, l’organisation et l’exercice du pouvoir politique autour des valeurs démocratiques et républicaines ». Le 2 avril, au soir, alors qu’il se trouvait à des milliers de kilomètres de Niamey, chez Paul Kagamé, dans le cadre des 25 ans du génocide rwandais, Mahamadou Issoufou était à la Une de Télé Sahel. Dans un entretien de près d’une heure d’horloge, le Président a livré ce qu’il dit être son bilan. Mais il est allé au-delà d’un simple bilan, lâchant des mots chargés d’allusions et de projets personnels qui risquent d’être autant de tournures tragiques pour une catégorie de personnels politiques. Une sorte d’avertissement dont nombre d’acteurs de la classe politique nigérienne n’ont pas saisi la portée.

Secouer le cocotier, aujourd’hui. À quelles fins ?

Que chercherait le Président Issoufou à travers cette opération ? Se serait-il décidé à sévir afin de faire rentrer l’Etat dans ses droits ou se propose-t-il d’utiliser la machine judiciaire pour régler des comptes politiques et ajouter à la confusion générale ? Pour certains, il n’y a pas lieu de douter de la volonté de Mahamadou Issoufou de secouer le cocotier, voire de nettoyer l’écurie, sa propre écurie, afin de laisser, en fin de compte, à ses compatriotes, de très bonnes impressions. Pour d’autres, il est dans une logique politique suicidaire. Cette seconde catégorie de citoyens ne prête ni plus ni moins à Mahamadou Issoufou qu’une volonté de rester au pouvoir, au-delà du terme légal de son mandat. Travaille-t-il a mettre ce fameux "plan B" dont certains le créditent ? Un plan qui consisterait, à défaut de pouvoir faire comme Mamadou Tanja, de créer les conditions d’une chienlit politique, sur fond de psychose sécuritaire, pour rester au pouvoir au-delà du terme légal de son mandat. Quoi qu’il en soit, l’opération « Secouer le cocotier » aura des répercussions sérieuses sur le landerneau politique nigérien dont les têtes d’affiche habituelles pourraient connaître des changements obligés.

Doudou Amadou 
04 mai 2019
Publié le 23 avril 2019
Source : Le Canard en Furie

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