Sommet de l’UA Niger 2019, les mendiants déclarés persona non grata : Le Président Issoufou veut cacher la réalité de son pays à ses hôtes

Image d'illustration Image d'illustration La Renaissance prépare avec extravagance et ostentation le sommet de l’UA 2019 : hôtels de luxe, ronds-points à jets d’eau onéreux, routes réhabilités, aéroport rénové, et comme dirait un journaliste des années 80, la ville de Niamey fait sa grande toilette pour accueillir ses hôtes africains, débarrassée de toute souillure. Le gouvernement mise beaucoup sur l’événement pour faire son marketing politique et pouvoir montrer que le pays va bien et qu’il serait en pleine mutation. Il va sans dire que sur le plan physique, des infrastructures notamment, la ville change, laissant aux pieds des grands bétons bâtis, des Nigériens hagards dont le niveau de vie est en net recul. L’argent va dans le béton, et c’est le choix du socialisme nigérien qui a ainsi refusé d’investir dans l’humain, abandonnant son école, ses structures de santé, son monde rural, cherchant à faire impression, en tablant sur un paraître qui privilégie les investissements de prestige avec ces immeubles mirifiques qui poussent, insolents et insultant notre misère quotidienne. De quoi peut-on s’en enorgueillir quand, au même moment, les étudiants crient leur misère, que des contractuels de la santé ne sont pas payés depuis de longs mois, quand les paysans survivent avec le système D, quand des enseignants, depuis deux ans que la session est passée, attendent d’être payés pour le reliquat des sessions du bac 2017 et 2019. Les activités mortuaires sont délocalisées pour ne plus se faire à la morgue mais au cimetière comme si cela devrait déranger que les hôtes du Niger se rendent compte que dans le pays on meurt et on enterre. Encore que le sommet, semble-t-il ne peut plus se faire en face de la morgue, le chantier ne pouvant pas finir d’ici là. Ça fait sourire quand on sait que le sommet ne peut prendre une semaine pour décider de bousculer tant toute la ville, l’on se demande pourquoi les socialistes sont si complexés à s’agiter tant pour vouloir donner une image qui ne reflète nullement la réalité d’un pays qui n’est pas encore l’eldorado. Mais saluons au passage, ces voies nouvelles qui sortent, donnant à Niamey une allure urbaine, moderne.

Mais on aura compris que la volonté ici est de donner l’impression à ceux qui viennent dans le pays, que la Renaissance aura réussi à faire du pays un paradis, un Dubaï tropical qui impressionne et qui n’a rien à envier à Paris. C’est vrai qu’il y a eu du béton dans la ville, mais alors, cependant, où sont les Nigériens et leur mieux-être ? Toujours dans l’affligeante misère ? C’est vrai aussi qu’il y a eu des rails qui ne servent pas, construits à ne servir à rien, si ce n’est pour servir de musée à ceux des nôtres qui n’ont pas voyagé pour voir à quoi ressemblent ces chemins de fer que des exodants partis loin, évoquent dans les récits fabuleux de leurs randonnées. A quoi pouvait-il servir de sacrifier 10 mille milliards dans du béton tout en abandonnant les hommes à leur triste sort. Et l’on dit croire et penser le socialisme ! Qui, peut-on d’ailleurs bluffer parmi ceux qui viennent quand tous savent que le Niger est classé lanterne rouge des pays du monde, et que tous, depuis des années, avaient leurs échangeurs ?

M’enfin, donner une bonne impression en soi n’est pas condamnable. Ce qui est inexplicable c’est de vouloir cacher la réalité du pays en jouant sur des artifices. Par les peintures nouvelles qui décorent la ville, la misère est là, réelle et tenace, cruelle et humiliante. Quoi que fasse la Renaissance pour cacher notre misère, celle-ci sautera aux yeux du premier venu dans le pays. Le désordre de la ville, le transport urbain peu développé avec ces vieux tacots de la SOTRUNI qui trottinent, haletants et fatigués dans la ville en disent long sur notre retard. Et qu’a prévu la renaissance pour rénover le par et assurer un transport urbain, confortable et moderne ? Mais ça, on peut le digérer, semble-t-il, ça ne fait pas partie de l’agenda. Ce que la Renaissance ne peut supporter, quand elle croit avoir fait du Niger un eldorado, ce sont ces hordes de mendiants qui infestent les avenues de la ville, harcelant les passants pour leur réclamer leur pitance, au nom d’Allah Subbahana Tala. On ne veut donc plus voir ces mendiants crasseux dont l’image nous dégrade et expose à la face du monde notre misère. Mais qu’y a-t-il à faire quand les gens sont trop misérables et que l’Etat ne fait rien pour soutenir les populations, s’éloignant d’eux chaque jour qui passe pour ne construire que ce qui profite aux nantis, aux privilégiés de la démocratie ?

Et depuis, les Nigériens se demandent si les mendiants vont être rapatriés, en ramenant chacun par force dans son village ? De quels moyens dispose-t-il pour les y maintenir quand, aucune loi ne peut les empêcher d’aller là où ils veulent, contrariant leur mobilité, leur droit d’aller et venir ? La Renaissance, ne peutelle pas se rendre compte qu’elle nuit à son image pour des gens qui ne se rendront pas compte de la portée de son geste de salubrité publique qui balaie de la «belle citée» les «ordures humaines» indésirables. Et pourtant c’est ce même régime qui venait avec son beau slogan de «Les Nigériens nourrissent les Nigériens ». En a-t-il déjà assez pour s’offusquer de la pourriture humaine ?

Être lucide…

Le régime des camarades doit comprendre que l’ampleur de la mendicité dans le pays, est malheureusement, le signe qui montre à quel point dans le pays les gens sont misérables et l’importance de l’écart de la fracture sociale qui se creuse, toutes choses qui l’interpellent en même temps à revoir sa politique. S’il est vrai que des prétextes religieux et socioculturels, sous-tendent cette pratique malsaine, déshonorante et marginale, il faut reconnaître que bien d’autres y ont été poussée par une vie difficile dans un environnement où la solidarité famille séculaire n’est plus qu’un lointain souvenir, laissant place aux égoïsmes naguère proscrits. La mendicité est donc un élément sociologique pour mesurer l’état de la société nigérienne, et penser, de manière plus structurelle, des voies et moyens d’endiguer le phénomène car comme l’a fait remarquer un autre, la force ne peut venir à bout de cette pratique. Faut-il croire que pour les régnants les Nigériens vivent si heureux comme s’ils étaient devenus des émiratis tropicaux qui peuvent tous se passer de se rabaisser à la mendicité, devenus pour bien d’autres, sans que rien le justifie, une profession ? Faut-il croire que la Renaissance aménagera des dépotoirs, des poubelles où «ces déchets humains» qu’on ne voudrait plus voir, par la salubrité qui les sortira de la ville, devraient être cantonnés pour rendre la ville lumière plus propre, débarrassée de ces éclopés indésirables et de ces aveugles calamiteux dont ont honte les socialistes ? Sommes-nous vraiment arrivés là ? Non, il faut être lucide. En France, n’ont-ils jamais vu des mendiants, même si ce n’est pas de la même dimension, mais bien des mendiants, stratégiquement assis dans les couloirs du métro, blancs de la tête à l’orteil ? La mendicité n’est donc pas une fatalité raciale : partout, dans tous les peuples, on en voit. C’est pour cette raison que le gouvernement doit savoir que ce n’est pas une exclusivité nigérienne mais qu’il peut s’en saisir légitimement pour en faire un vrai problème de société, et réfléchir ensemble sur le phénomène, non pas qu’avec le sommet seul, mais avec tous les acteurs nationaux, et voir comment, sur une certaine période, par des programmes bien conçus, il va être possible de le résorber au moins, à défaut de l’endiguer, de l’éradiquer totalement, objectif, objectivement inenvisageable, quand on continue à voler, à piller, à détourner et à privilégier des investissements de prestige au dédétriment des investissements sociaux. Il faut donc être réaliste à comprendre que quoi que l’on fasse, l’on continuera à voir des mendiants. D’ailleurs, depuis huit ans qu’a fait le régime, pour qu’il n’y ait plus de mendiant au Niger ? Ces échangeurs, ces hôtels et autres buildings, peuventils l’empêcher ? Ces 10.000 milliards, sont-ils équitablement répartis pour que ces parias de la société en ressentent la redistribution afin de vivre les progrès qu’on ne cesse de chanter et vivre quelque changement dans leur quotidien ? Peuvent-ils comprendre la croissance à deux chiffres dont on leur parle ? Après avoir bousculé les enseignants, les agents de santé, la société civile, les commerçants de la ville de Niamey, voilà qu’engraissés par le contribuable spolié, les socialistes, veulent s’attaquer au misérables qui n’auraient plus le droit de vivre dans la ville, désormais abandonnés à leur seul sort. Il faut donc s’attendre dans les prochains jours à de nouvelles brutalités qui ne considéreront plus l’âge, encore moins l’état de ceux qui gênent et gâcheraient la fête de l’UA. Peuvent-ils avoir lu déjà La Grève des battus, pour comprendre que chassés de la ville, les sacrifices et autres aumônes que des consultations occultes leurs commanderaient, ne trouveront plus preneurs pour se rendre compte de leur utilité sociale, même si par nos égoïsmes cultivés et recyclés, ils ne seraient plus que des parasites.

Mais soyons honnêtes…

La mendicité est véritablement un problème de société aujourd’hui et les pouvoirs publics doivent prendre la mesure du phénomène, en distinguant mendiant et mendiant, car si le cas de certains est compréhensible et tolérable au regard du handicap qui les brime, pour d’autres, par contre, on ne peut le comprendre, car difficilement défendables, quand dans la même société, certains autres handicapés, s’affranchissent courageusement de leur handicap, pour se rendre utiles à eux-mêmes, aux siens, à la société. Mais la solution qui est envisagée à court terme ne peut être efficace d’abord parce qu’on a beau avoir un sommet de l’envergure que prépare le régime, ces mendiants sont des Nigériens et qu’il faudra pour ce les respecter pour les droits auxquels ils ont droit, mais aussi parce que, une autre attitude plus responsable, pourrait mieux permettre de saisir le problème dans sa globalité, et qu’il aurait fallu essayer de le résoudre progressivement en l’attaquant à la racine et en cherchant à répondre aux causes profondes du phénomène et d’abord en sauvant ces enfants innocents qui accompagnent et guident ces hommes et ces femmes dans leur vie parasitaire, et dont l’avenir est totalement compromis. Une autre solution est donc possible. Qu’ils les voient à la prochaine fois qu’ils seront au Niger ou pas, ceux qui seront nos hôtes, savent déjà qui nous sommes, et savent qu’il y a des mendiants ici, comme on en trouve ailleurs. C’est donc dans une vision programmatique qu’il peut être possible de s’attaquer au phénomène et de le résoudre. Cela fait des années que les Nigériens ont exporté leur misère, la mendicité notamment, en migrant vers d’autres pays, pour n’avoir de métier que de mendier. Dans presque toutes les capitales de la sous-région, ils pullulent, quémandant et exhibant leur identité nigérienne mendiante.

Il y a quelques mois, les Algériens s’en plaignaient, demandant qu’on vienne prendre les nôtres qui les encombrent, les gênant dans leur vie ; les Béninois aussi, qui, pour leurs fêtes de fin d’année s’en étaient offusqués, les forçant à rentrer au pays, pour leur permettre de fêter, libérant leur espace occupé et colonisé.

Pour ça au moins, la mendicité est un réel problème pour notre société, surtout quand certains qui peuvent ne pas s’y adonner, s’y plaisent, gagnés par le parasitisme et la tentation du gain facile. Mais d’abord, il urge d’arrêter cette sortie de ces mendiants qui migrent, n’ayant que faire de leur part de dignité, pour aller ternir l’image d’un pays. Au lieu de se battre à ne pas les voir, juste pour une semaine, évitons qu’on ne les voit chez ceux qui viennent et qui savent qu’ils sont les nôtres. La mendicité ne doit plus être un produit nigérien exportable qui passe à l’insu de la douane ! C’est le premier combat à mener. La Renaissance, peut-on croire, pour ce faire, se trompe dans son nouveau combat.

Gobandy 

04 mai 2019
Publié le 25 avril 2019
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

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