Elections générales de 2021 : Un coup d’État électoral en préparation ?

Image d'illustrationImage d'illustrationBeaucoup de voix s’élèvent, ces derniers temps, pour s’étonner de la succession des investitures à l’élection présidentielle prochaine. Un écart de deux ans nous y sépare. Et pourtant, c’est le branle-bas dans les partis politiques pour désigner leurs candidats. Le Moden Fa Lumana Africa de Hama Amadou l’a fait depuis plus d’un an, suivi, le  samedi 23 mars 2019, du Mnsd Nassara de Seïni Oumarou. Le Pnds Tarayya de Mohamed Bazoum suivra demain  le 31 mars.

À deux ans de l’échéance électorale, le pari paraît osé, particulièrement pour le Pnds dont le candidat a été imposé aux instances du parti par le Président Issoufou, en personne. Une affaire mal digérée par nombre de militants qui ne manquent pas, pour certains, d’étaler, sur les réseaux sociaux notamment, leurs ressentiments et leurs récriminations. Tant d’agitations et d’activisme semblent surprenants à plus d’un titre. Car, si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour le Pnds, il n’en est pas de même pour les autres partis politiques qui soupçonnent un coup d’État électoral en perspective. Les avertissements et les menaces feutrées du président du Mnsd, longtemps considéré comme non-partant par une certaine opinion, sont de nature à semer davantage le doute dans l’esprit des plus optimistes. Ouvrant les travaux du 9e congrès statutaire de son parti, Seïni Oumarou est revenu sur la question d’un code électoral consensuel. Revenant sur une question qui divise profondément la classe politique nigérienne, à la veille de la session parlementaire d’avril, ce parti de la majorité présidentielle sonne de toute évidence le glas d’un regroupement de partis politiques qui ne croient guère au Président Issoufou et en sa politique. Pendant longtemps, Mahamadou Issoufou et le Pnds ont confondu partenariat et asservissement politique , réduisant leurs alliés politiques à de simples talibés qui vivraient à leurs dépens. Ils se sont de ce fait laisser bercer par l’illusion de voir les partis membres de la MRN [Ndlr : Mouvance présidentielle] se diluer virtuellement au sein du Pnds et se reconnaître dans les positions alambiquées de ses leaders. Mal leur en a pris. Le Mnsd, contre toute attente, les a pris de court en proclamant la candidature de Seïni Oumarou pour 2021. Une douche froide pour Mohamed Bazoum et le Pnds, le Mnsd et son président ayant manifestement décidé de prendre leur destin en main.

Seïni Oumarou et le Mnsd craignent un coup d’État électoral

Pourquoi Seïni Oumarou et le Mnsd Nassara se sont-ils précipité pour cette investiture, une semaine avant celle de Mohamed Bazoum ? S’il n’est pas encore attesté que c’est pour couper l’herbe sous les pieds de Mahamadou Issoufou et du Pnds que l’on soupçonne de vouloir imposer un candidat unique à la MRN, il reste que le discours tenu par le président du Mnsd laisse transparaître des craintes assez sérieuses. Outre qu’il revendique un code électoral consensuel, histoire de dire que celui auquel s’arc-boute le régime est taillé sur mesure, Seïni Oumarou a mis en garde contre tout dérapage du calendrier électoral. Largement en retard sur son chronogramme, la commission électorale travaille pratiquement en vase-clos, dans une sorte d’unanimisme. Jusqu’à ce que le régime ait accepté de faire une place aux partis non-affiliés pour donner un peu de couleur à une CENI monocolore et qui n’a rien d’indépendant, les 13 membres sont, à une exception près, tous acquis au Pnds. La modification de la loi 2010-84 du 16 décembre 2010, portant Charte des partis politiques, lors du conseil des ministres du lundi 25 mars 2019, vise à justifier la présence de représentants de ces partis au sein de la CENI. Ce qui permet au régime de prétendre que sur les trois groupes de partis politiques (majorité, opposition et non-affiliés), deux siègent au sein de la commission électorale. C’est, donc, une commission électorale aux ordres dont le président, Me Sounna Issaka, est luimême connu comme étant un militant de longue date du Pnds.

Le choix de GEMALTO a été fait avec la bienveillance du président du Pnds et candidat à l’élection présidentielle

C’est cette commission, sous une surveillance étroite du ministère de l’Intérieur, autrement dit Mohamed Bazoum, qui a procédé au choix de l’opérateur technique chargé de réaliser le fichier électoral biométrique. Un choix troublant dans la mesure où, selon des sources crédibles, les 19 milliards de francs CFA que GEMALTO a acceptés pour faire le boulot est de loin dérisoire, eu égard à la complexité de la mission et à la durée du travail à abattre. Selon des sources bien renseignées, les plus sérieux ont proposé au minimum 38 milliards de francs CFA. Outre le fait que GEMALTO traîne une réputation trop sale, de fortes rumeurs parlent d’une simple expertise technique attendue de l’opérateur et visant à prendre en compte ce qui est concocté localement comme fichier électoral de base.

Pourquoi Bouba Mahamane est maintenu dans le corps de la magistrature depuis presque huit (8) ans après son départ à la retraite ?

Alors que les Nigériens n’ont pas fini d’ergoter sur la composition de la CENI et les relations plus que flagrantes de la majorité écrasante de ses membres d’avec le Pnds, voilà que la nouvelle version de la Cour constitutionnelle sème davantage le trouble dans les partis politiques d’opposition. Pour nombre de Nigériens, avec Gandou Zakara et Bouba Mahamane à la Cour constitutionnelle, il n’est point besoin d’aller aux élections. En tant que juges électoraux, dire qu’ils n’inspirent pas confiance est une lapalissade. Si Gandou Zakara est dit disqualifié du fait de son rôle trouble dans la douloureuse affaire Africard, Bouba Mahamane, lui, est un retraité qui est maintenu dans le corps de la magistrature en qualité de contractuel. Pourquoi est-il maintenu dans le corps de la magistrature depuis presque huit (8) ans après son départ à la retraite ? Manque-t-il tant de magistrats capables ? Contractuel à la Cour de cassation, Bouba Mahamane poursuit son travail sous la même qualité à la Cour constitutionnelle. Et tout laisse à croire qu’il en sera le président et successeur de madame Abdoulaye Diori née Kadidiatou Ly.

Laboukoye 

30 mars 2019
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Politique