Hassoumi Massaoudou : après la lune de miel, celle de natron ?

Hassoumi Massaoudou : après la lune de miel, celle de natron ?Depuis des semaines, la voix d’un homme n’est plus audible ; c’est celle qui en d’autres temps, comme tonnerre et comme dans les habits de ʺFiraounʺ qu’il enfilait dans des colères incontrôlées, grondait dans le pays, humiliant et trainant dans la boue tout le monde, traitant avec mépris des concitoyens qui avaient eu le tort, dans la démocratie, de ne pas aimer son système. L’homme était alors fier et fort de sa superpuissance, décidé à faire à chacun sa fête pour l’anéantir.

Chacun se souvient…

Mais personne ne pouvait prévoir de sitôt la chute de l’homme à tout faire du régime et qui avait même oublié de faire attention à son image, à soigner des relations même avec des adversaires car, un jour, on peut bien avoir besoin d’un adversaire pour sortir de situations compliquées qu’on pourrait vivre. Massaoudou n’avait que faire de ces bonnes manières de bonne vie : dédaigneux, il brutalise, vilipende, humilie avec un verbe vénéneux. Ah, s’il pouvait se rappeler des contes du terroir qu’on apprenait aux enfants, dans les villages, autour d’un feu de bois. Peut-être, a-t-il déjà oublié : dans la vie, dans la fiction comme dans la réalité, le mal est puni, la bonté est récompensée. Et dans bien de cas, on récolte ce qu’on a semé. Sans doute que nous saurions être cynique à nous réjouir des souffrances d’un autre, mais nous volons juste nous servir de cette belle leçon, qui pour l’avoir vécue, qui pour en avoir été juste un témoin dans le pays, afin qu’aujourd’hui ou un autre jour, nous sachions « marcher » avec les hommes pour savoir les traiter bien quel que puisse être le pouvoir dont nous pouvons nous targuer. Et des Nigériens avaient souffert : harcèlement, bâillonnement, prison, humiliation

Chacun se souvient…

Mais l’homme tomba, un soir. Les Nigériens n’avaient jamais cru que cela puisse être possible. Non, disaient certains, ça ne peut être lui. Et pourtant…

Et depuis, l’homme qui savait humilier, se terra, ne pouvant se relever de son humiliation inattendue. Il devait certainement être habité par mille remords, par mille interrogations restées sans réponses. Et les Nigériens si sensibles, proscrivant la méchanceté gratuite, ne peuvent pas ne pas avoir de sympathie pour un homme, qui aurait pu, ne pas mériter un tel geste infamant de la part de ceux à qui, il avait accepté de jouer le sale boulot. Enfin, devrait-il comprendre, les cruautés de son monde qui ne pouvait pas avoir d’état d’âme pour un autre, fut-il des siens. Et les Nigériens avaient pensé à cette belle chanson d’Ibrahim Hama Dicko, Andournia nia barmey, si convenant à sa situation, pour accompagner son image sur les réseaux sociaux et faire réfléchir plus d’un : on n’est jamais Dieu pour être le plus fort tout le temps. Il faut être humble et savoir traiter l’homme.

Bouffi d’arrogance, l’homme bousculait tout sur son passage. Il en ressentait tellement de la force dans ses muscles – ou plutôt dans les armes qui le protègent – qu’un jour il osa demander la bagarre à Ali Idrissa, ne pouvant comprendre qu’il ait à traiter des affaires dans son ministère qui ne pouvait pas être, après tout, son domaine privé, pour s’offusquer d’y rencontrer « des ennemis ».

La décision brute et brutale de son parti, pour le forcer à retourner dans les rangs, donna l’impression, de faire passer la crise que l’on savait latente depuis des mois : des factions se sont constituées dans le parti et se menaient sournoisement la guerre, sans merci. Et dans le petit théâtre que jouait le PNDS pour se flatter du respect de la discipline en son sein, n’est qu’un cirque qui ne peut tromper les analystes avertis de la scène politique nigérienne. Alors qu’on se flattait que tout est rentré dans l’ordre après qu’on eut fait ce coup à cet homme à qui, le régime doit sa survie, l’on ne peut que douter que la crise puisse s’estomper aussi facilement quand un coeur reste douloureux, à battre la chamade, vivant l’anxiété d’un affront incompréhensible de la part de ses amis de longue date. Sans doute finit-il par comprendre qu’il y avait mille et une choses qu’il ignorait de ses compagnons : de terribles fauves qui peuvent mordre à tout moment. Mais tant pis.

Le PNDS, il y a quelques jours, sans qu’on ne nous montre les deux protagonistes qui étaient sur le ring pour se disputer la candidature à la candidature se serrant des mains, débordait de joie pour avoir, prétend- il, juguler sa crise pour réconcilier, juste parce que des femmes seraient rentrées chez lui, pour lui faire dire que tout est rentré dans l’ordre et que le « passé et le passé ». Bluff. Le passé, à la vérité, est bien dans le présent, et polluera certainement l’avenir.

Aujourd’hui, l’on sait que le problème est réel et tenace. Après avoir heurté un homme dans son amour propre d’une telle façon, des hommes peuvent-ils vraiment se faire encore confiance et être les mêmes complices ? Bazoum lui-même, peut-il se rassurer d’avoir Hassoumi comme SG du parti ? C’est bien compliqué. C’est le conseil fédéral du PNDS de Dosso tenu le samedi 16 mars qui a permis de lire, au travers d’images de l’événement, que des crispations restent visibles et tenaces dans les relations entre les hommes. Qui n’avait pas vu ces images du patronat régional du parti rose autour de la table de séance ? Ces images sont graves et leur gravité parle à chaque lecteur attentif, à chaque observateur méticuleux : le PNDS va mal, n’en déplaise à Pierre Foumakoye Gado. Le seul mérite, c’est d’avoir permis de voir la première apparition publique de l’ancien ministre de l’économie, et notamment dans une activité de son parti. Le discours du président régional, qui manque de subtilités, témoigne de la tiédeur des relations entre les responsables du parti. Le fruit pourrit…

Par les images que l’on a vues, on peut lire le dégoût de l’homme pour son parti et ses responsables quand, pendant que tous avaient leurs écharpes roses autour du coup, lui s’en était déchargé pour la poser sur la table, comme par dégoût ? Aussi, pourquoi, l’on peut lire les noms de tous les autres autour de la table, sans qu’il n’y ait aucune indication pour Hassoumi ? Se fait-il absent même dans sa présence ? Commence-t-il à se dégoutter de son PNDS et de ses responsables ? Prend-il des distances avec son parti ? Ou, simplement, ne s’est-il pas encore remis d’une chute aussi brutale ? Tant il est vrai qu’il avait la mine serrée et le visage grave qui en disent long sur les malaises qui le traversent. Hassoumi n’est plus le même, visiblement. Il a perdu un peu de sa vivacité. La vie est dure.

Hassoumi, n’est pas seul…

Il va sans dire que Hassoumi, ne peut être jeté ainsi à la poubelle pour être oublié du monde rose, enterré politiquement par les siens. Quelques indiscrétions témoignent de la persistance de ces dissensions internes qui ne sont pas prêtes de s’assoupir. Les racines du mal ont traversé le sol profond de l’empire rose. Et tout se gâte. Irrémédiablement. Les réseaux sociaux, apprenaient – et la presse aussi – que des sections et non des moindres du PNDS, ne sont pas prêtes d’entériner la candidature au forceps du sieur Bazoum Mohamed ; de quoi lui donner des soucis, même s’il arrive à instrumentaliser des coordinations de son parti à soutenir, par des déclarations politiques, sa candidature. La vérité est que cette candidature divise profondément, et déchire le parti, un parti sur lequel, son président-candidat, n’a d’ailleurs pas une emprise totale. Et c’est certainement la voie de la lucidité que Hassoumi Massaoudou indique à son parti pour lui éviter un naufrage : faut-il prendre le risque d’aller aux élections avec un candidat qui ne fait pas l’unanimité, un candidat qui divise et qui risque alors, d’amener le peuple des Roses, en rangs dispersés aux prochaines consultations ?Le PNDS doit encore réfléchir pour comprendre que Bazoum, pouvait ne pas être le bon étalon à aligner pour la prochaine course, mais sans que cependant, son rival, ne lui soit préférable : les deux ont des défauts immenses, même si, faut-il être honnête, Hassoumi semble disposer de plus d’atouts, plus de personnalité, plus d’atouts politiques et intellectuelles.

Faut-il croire que par ces feux qui ne s’éteignent pas, demain, de grandes flammes pourraient rejaillir dans l’empire rose pour consumer toute la végétation alentour ?

Un vrai début d’un commencement…

ISAK 

26 mars 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

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