Le régime dit de la renaissance : Le plus bas degré de l’exercice du pouvoir d’Etat

PNDS-Renaissance-Pouvoir.jpgImage d'illustration Le pouvoir d’Etat vise, dans son essence, la réalisation de l’intérêt général, en vue de l’épanouissement du peuple, autrement l’ensemble des citoyens. Et ce, à travers la garantie et la protection de la liberté, la sécurité et les droits fondamentaux du citoyen. L’Etat démocratique en tout cas a également en charge d’assurer l’égalité entre les hommes. En retour, le citoyen participe à l’édification du corps social en accomplissant ses devoirs. Le pouvoir d’Etat n’est donc pas institué pour la réalisation des intérêts personnels ou de clan de ceux qui ont la chance, de droit ou de fait, d’exercer ce pouvoir d’Etat. Sous la Renaissance, les nigériens sont désormais convaincus que seuls prévalent les intérêts des princes qui gouvernent, le clan des camarades, et leurs suppôts, ceux qui, pour des raisons qui leur sont propres mais pas toujours guidées par l’intérêt du peuple nigérien, soutiennent, disent-ils, les actions du Chef de l’Etat.Toutes les institutions de la République sont caporalisées par le parti au pouvoir, mises au service exclusif des camarades. L’exclusion est le mode de gouvernance privilégié par ceux-là qui criaient à l’exclusion. Passe encore si c’était pour exécuter un quelconque programme économique ou projet de société, mais cette politique discriminatoire entre les nigériens est uniquement mue par les avantages qui découlent des postes occupés, autant dire l’appât du gain. La bonne gouvernance, l’Etat de droit et l’efficacité de la dépense publique sont désormais derrière nous. Pourtant, ces idéaux constituaient la charpente des revendications et discours des dirigeants actuels, lorsqu’ils étaient à l’opposition.

Ces slogans se sont évanouis comme beurre au soleil, complétement tombés dans l’oubli. Pire, les renaissants sont arrivés à pervertir la société nigérienne en normalisant les contrevaleurs et tout ce qu’ils condamné avant d’accéder au pouvoir : la prédation des ressources nationales, le népotisme, le clientélisme.

Des contrevaleurs comme le mensonge, le vol, la félonie, sont considérées comme des valeurs et leurs auteurs sont acclamés et promus. Pour la première fois dans l’histoire récente du Niger, toutes les institutions de l’Etat sont dirigées par les militants actifs, connus de tous comme partisans d’un parti politique : le PNDS-Tarayya. La primature, la présidence de l’Assemblée nationale, la cour des comptes, la haute cour justice, le conseil d’Etat, les hauts commissariats et autres hautes autorités, les ministères les plus importants au sein du gouvernement, les directions générales des sociétés d’Etat, sont tous occupés par des militants du PNDS. Comment les choses peuvent-elles marcher ? On ne peut pas mettre des compétences nigériennes, formées par l’Etat nigérien, sur les fonds publics, et espérer que ça marche. Surtout si ces cadres compétents sont mis à l’écart, en raison de leur choix politique ou en raison de la tiédeur constatée dans leur engagement. Pour placer des personnes incompétentes, seulement avides d’argent et très politiquement engagées. Un engagement politique qui, selon les guristes, consiste à chanter les louanges des thuriféraires du régime et à insulter, calomnier toute voix discordante. Sous l’Ere de la renaissance, il ne suffit plus d’être techniquement compétent. D’ailleurs ce critère n’est plus valable. Etre politiquement engagé est largement suffisant, et tient lieu de toutes les compétences. Le pouvoir d’Etat est désormais au service d’individus, pour leur réalisation personnelle. Il est usurpé pour être utilisé contre ceux qui sont considérés comme mal pensants : les opposants, les acteurs de la société civile, les journalistes qui ne font qu’exercer leurs droits constitutionnellement reconnus de citoyens dans un pays dit démocratique. Les humiliations, les emprisonnements, les faux dossiers contre les opposants, les intimidations sur fonds de violation des lois de la République, la caporalisation de la justice qui est le dernier rempart protecteur du citoyen, tels sont les actes quotidiens posés par les gouvernants qui se croient tout permis et prennent le pays comme un gâteau conquis qu’il faut croquer à belles dents. C’est ça le plus bas degré de l’exercice du pouvoir d’Etat. Quiconque disposant de la force et des ressources publiques est capable d’une telle gestion catastrophique. Mais ce dont les renaissants sont incapables, c’est l’élévation d’esprit et même le sacrifice, le dépassement de soi et son intérêt purement égoïste pour viser et atteindre celui général. La force d’un dirigeant réside non pas dans sa capacité à écraser tous ceux qui pensent autrement que lui, mais dans sa capacité à résister à la tentation de l’excès de pouvoir, du détournement du pouvoir d’Etat dans le sens exclusif de sa personne et sa cour. Il y a abus de pouvoir chaque fois que le pouvoir est exercé dans un sens pour lequel il n’est pas institué. C’est le lot quotidien de la gouvernance cahoteuse de la renaissance, autrement l’exercice zéro du pouvoir d’Etat. Et ce n’est pas étonnant que le Niger soit classé régulièrement dernier depuis 2011. Autant dire tout le long du règne de Mahamadou Issoufou. Que les princes actuels fassent cent ans au pouvoir ne changera rien. Ce sera la même gestion chaotique, le même e nombrilisme, le même degré zéro de l’exercice du pouvoir d’Etat. Les beaux et mielleux discours n’y chanteront rien, car sont totalement inefficaces pour influer le quotidien des nigériens. Ces discours mensongers ne sont pas, qui plus est, pris en compte dans le calcul de l’IDH.

 Bisso
19 mars 2019
Source : Le Courrier

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