Choix du candidat du Pnds pour la présidentielle de 2021: Pourquoi le Président Issoufou a porté son choix sur Mohamed Bazoum ?

 Choix du candidat du Pnds pour la présidentielle de 2021: Pourquoi le Président Issoufou a porté son choix sur Mohamed Bazoum ?L’affaire a fait grand bruit à Niamey. Et puis plus rien. Dans la nuit du 14 au 15 juin 2018, les agents de l’Octris [Ndlr : Office central de répression du trafic Illicite des stupéfiants] démantelait, après un échange de coups de feu, un entrepôt de drogue contenant12 180 plaquettes de résines de cannabis d’un poids total de 2,5 tonnes etestimé à près de trois milliards FCFA. À l’occasion, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum, a dit sans ambages que l’on ne peut pas prétendre lutter contre le terrorisme et fermer les yeux sur le trafic de drogue qui l’alimente financièrement. Un avertissement sans doute ! Mais à qui ? Il ne l’a pas dit explicitement. Sauf que, dans sa démarche, il a tenu à prendre à témoin certains diplomates en poste à Niamey. Il y avait entre autres, lors de la présentation de la drogue saisie, l’ambassadeur de France, mais surtout celui du Maroc. Les hôtes de marque du ministre de l’Intérieur semblent avoir été triés sur le volet sans que les Nigériens comprennent le critère qui a prévalu dans ce choix étriqué. La présence de l’ambassadeur du Maroc, elle, est probablement liée au fait que parmi les trafiquants arrêtés, il y avait des Marocains. Mohamed Bazoum a effectivement parlé de Nigériens, de Marocains, de Maliens et d’Algériens. Cependant, le ministre de l’Intérieur a longuement parlé du trafic en cours, avec plein d’allusions à une candidature de Hassoumi Massoudou au titre du Pnds, change d’option du jour au lendemain ? Manifestement, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts sans que les Nigériens se rendent compte. Mohamed Bazoum a-t-il cherché et obtenu du Président Issoufou des garanties sérieuses ? En tout cas, si le Président Issoufou s’est résolu à prendre une posture aussi délicate que celle qu’il a accepté d’endosser dans la correspondance que Pierre Foumakoye Gado a adressée à toutes les instances du Pnds, c’est qu’il a vraisemblablement cherché à donner à Mohamed Bazoum une garantie sérieuse. Pourquoi ?

Il faut dès à présent, ferrer, à tout prix et par tous les moyens possibles, Mahamadou Issoufou qui pourrait éventuellement changer d’avis.

Pourquoi le président de la République a-t-il accepté qu’il soit précisément indiqué que la candidature de Mohamed Bazoum venait de lui, laissant entendre au sein du Pnds qu’elle n’est pas susceptible de contestation possible ? La précipitation pour mettre un terme à la spéculation autour du candidat probable du Pnds pour la présidentielle à venir et la guerre de positionnement à laquelle la question a donné lieu au sein du parti rose, est assez curieuse puisque, de la date du congrès extraordinaire décidé pour l’investiture de Mohamed Bazoum à celle de l’élection présidentielle, il n’y aura pas moins de deux ans. Un temps que Mohamed Bazoum a sans doute trouvé long pour ne pas se parer de garanties solides. Il faut dès à présent, ferrer, à tout prix et par tous les moyens possibles, Mahamadou Issoufou qui pourrait éventuellement changer d’avis. Avec la fameuse lettre de Foumakoye aux instances, Mohamed Bazoum a réussi à faire d’une pierre, deux coups. Non seulement, il s’impose désormais comme l’unique candidat du Pnds, adoubé par Mahamadou Issoufou, mais il arrache le principe d’un congrès extraordinaire pour l’investir dans un bref délai. À trois semaines de cet évènement que Bazoum attend, à la fois avec fébrilité et sérénité, le choix de Mohamed Bazoum est vécu, y compris au sein du Pnds, comme un cataclysme.

Dans le groupe des gros bonnets rouges du Pnds, Mohamed Bazoum n’a pas été un bon «talibé», c’est-à-dire un fusible à toute épreuve pour le président de la République.

Très peu de Nigériens s’attendaient à voir le Président Issoufou adouber Mohamed Bazoum pour la présidentielle à venir. Et pour cause, le ministre de l’Intérieur n’a pas été, dans le groupe des gros bonnets rouges du Pnds, un bon «talibé», c’està- dire un fusible à toute épreuve pour le président de la République. Loin s’en faut. Au contraire, Mohamed Bazoum a été un camarade intraitable pour Mahamadou Issoufou. Dans l’affaire des passeports diplomatiques octroyés à d’anciens dignitaires libyens au titre desquels figurait un certain Béchir Saleh Béchir, Mohamed Bazoum n’a pas hésité, pour desserrer la pression qui s’accentuait sur sa personne en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, de déclarer qu’il l’a fait sur instruction du Président Issoufou. De même, partout où Mohamed Bazoum s’est retrouvé pour honorer une cérémonie présidée par le président de la République, les militants du Pnds ont été les premiers à relever le peu de respect qu’il a pour le Président Issoufou. Sa tenue en public, affairé sur son téléphone portable ou affichant un air d’ennui insupportable, lors de ces occasions, mettait, chaque fois, de l’eau au moulin de ses détracteurs.

Laboukoye 

09 mars 2019
Source : Le Courrier

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