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PNDS : Le temps du pourrissement

PNDS : Le temps du pourrissementLe débat politique, depuis des jours, s’enflamme, fait de rumeurs, de Fake news, de mensonges, et de nouvelles colorées de sensation. Et les réseaux sociaux s’en saisissent pour grossir les faits, pour à dessein, une exploitation tendancieuse. L’Opposition, elle, s’est gardée de rentrer dans un débat qui ne l’intéresse pas, observant de loin le développement des derniers événements qui bousculent les Roses. Les choses étaient allées à plus de 100 kilomètres à l’heure avec l’éviction du ministre de l’intérieur, compliquant les lectures possibles d’un puzzle politique dont le président Issoufou, serait seul à détenir les profonds secrets. Pourquoi avoir attendu tout ce temps, après tant de bavures, y compris verbales, pour « frapper » son meilleur ouvrier ? Cela correspond-il à un timing d’un agenda dont le déroulement commence par l’anéantissement d’homes ambitieux du sérail ? En vérité, même lorsque le duel qui oppose le président du parti et son secrétaire général avec pour chacun, le boc qui le soutient, l’on ne peut pas que voir dans cette guerre des tranchées, les seuls deux hommes montés sur le ring, poussés par leurs ambitions présidentielles qui se télescopent, mais plutôt les avatars d’un système en décomposition, vivant naturellement, après ses gloires forcées, sa lente déstructuration, sa lente mort. D’ailleurs, ce système qui, de bout en bout, n’a fait que le mal, opposant des frères d’une même nation, volant et pillant, pouvait-il mériter autre chose que ce chaos qui vient inexorablement le surprendre, pour balayer ce voyeurisme qui a divisé et opposé, qui a blessé et poussé à la détestation la plus morbide, semant la haine et le désir de vengeance dans une nation où on ne sait plus s’aimer et se pardonner.

Depuis des jours, le vent de la discorde que les camarades staliniens semaient dans les territoires des autres, souffle sur le Guriland, ravageant de vastes quartiers de l’empire rose, non sans surprendre les acteurs du système. Personne ne s’y attendait. C’est une ponte du système, un pilier même de la nomenklatura rose qui a été écrasé, gisant sous les roues cyniques de leur machine à démolir. Réveillé du cauchemar, hagard, le pauvre martyr de la Renaissance, se froisse les yeux, envahi par mille et une questions, gagné par les incertitudes de sa destinée politique ravagée. Comme quoi, dans les mares, il y a plus que des caïmans…

Dans la vie, il faut savoir être mesuré… Alors que Massaoudou, choisissant et jusqu’à quand ? le silence comme stratégie, pour laisser passer la bourrasque, le temps que des colères s’estompent, et que son sort, ne serait-ce que par pitié, se renégocie sous l’influence de personnes reconnaissantes plaidant sa cause pour s’être exposé et pour avoir mouillé le maillot pour le régime, le week-end dernier, pendant qu’il serait absent du pays et d’une instance décisionnelle de son parti qui se réunissait, on apprit que le camp Bazoum dont la légitimité est douteuse au regard des présences enregistrées, forçant un destin, annonce, on ne sait par quelle alchimie , loin du consensus qu’on aurait aimé rechercher, en tentant des conciliabules pour aplanir les divergences, que Bazoum est, comme pour clore un débat devenu incontrôlable et qui ne peut que s’amplifier, l’unique et « consensuel » candidat du parti rose qui vit des turbulences graves depuis que la succession au président Issoufou s’est révélée comme un défi insurmontable pour des camarades que l’envie du pouvoir a fini par diviser, mettant au grand jour leur adversité fratricide, et révélant les fragilités de leur cohésion. Alors que la volonté de l’écarter ne fait plus l’ombre d’un doute, les analystes politiques se demandent, si la stratégie du silence adopté par un homme qui aime bien les shows médiatiques, peut-il à la longue l’aider à se sortir d’affaire ?

Massaoudou Hassoumi face à luimême et à ses camarades Depuis des jours, tombant de son piédestal, le désormais ex-ministre de la Renaissance, qui a gravi des échelons qui en disent long sur la position qu’il occupe dans le système, est devenu invisible, évitant les espaces publics, ne pouvant se relever du choc d’un geste inamical de ses camarades chez qui, la brutalité reste le seul mode de gouvernance où l’on ne peut se défendre que par les muscles, par la brutalité, non par l’esprit, oublieux de son vieux et périmé slogan de « la force des arguments ». Pire, même s’il pouvait s’attendre à un tel affront, sans doute qu’il l’aurait attendu de certains hommes et de ceux à qui il a conscience d’avoir fait le mal, mais jamais de la part de son vieil allié à qui il aura tout donné pour mériter sa confiance car pour tous, un tel coup, jamais Massaoudou ne pouvait l’espérer venir de cet homme pour lequel il a été plus qu’un ami politique, mais un vrai complice. Comme un autre, obnubilé par sa confiance sans borne, il avait oublié qu’en politique, on ne fait jamais trop confiance, car comme le dit Bob Marley dans une de ses chansons, « ton meilleur ami peut devenir ton pire ennemi et vice versa ». En tout cas depuis des jours, l’on a comme l’impression que le PNDS peut et doit fonctionner sans son tout puissant Secrétaire Général devenu persona non grata au pays de la Renaissance. Bonkano Faray Ma Zobu, avertissait pourtant : « un jour on est le chasseur, un jour on est la biche » ; belle leçon de la vie que le vertigo n’a pas permis à des socialistes effrontés de cerner pour savoir se conduire et gouverner dans la droiture et la vérité, dans la justice et la bonne mesure. L’homme que l’on dit intelligent et dont l’intelligence aurait sauvé le parti et le régime de tant de naufrages, peut-il croire à son étoile dans ce déboire, pour savoir se servir de son esprit pour resurgir politiquement ? Peut-il trouver les moments de sa renaissance politique pour investir le champ politique et s’il le faut en dehors de l’espace qu’il âprement construit pendant de longues années avec ses camarades ? A-t-il d’ailleurs longuement mûri sa chose pour oser cette aventure, sans s’assurer de quelques soutiens décisifs à l’intérieur de leur système ?

Massaoudou est-il seul ? Pour beaucoup d’observateurs, il fait partie des hommes et des privilégiés du système qui ont su profiter du pouvoir – tant pis que ce soit par des voies condamnables – pour amasser des milliards, un confort nouveau qui doit les faire rêver pour croire que leur heure était venue de briguer la magistrature suprême, car après l’argent, que peut-on désirer, si ce n’est le pouvoir ? Il va sans dire que l’ex-DIRCAB, ex-ministre de l’Intérieur, de la défense et des finances, a de l’argent et ce n’est pas rien, pour compter dans un pays gagné par le matérialisme, des partisans intéressés et sans doute qu’il y en a qui, même dans l’inconfort qui est le sien aujourd’hui, quand des lâches pourraient jouer un double jeu, pourraient avoir l’audace de s’aligner derrière lui pour le soutenir ou en reconnaissance du rôle prépondérant qu’il aura joué pour le parti et son régime, où pour l’intelligence dont on le crédite ou encore, pour avoir servi à bien d’autres de tuteur politique dans le système pour leur garantir des espace de responsabilité. Le Président de l’Assemblée Nationale, venu de nulle part, parce que personne ne le voyait venir, pouvait-il avoir de la gratitude, à risquer son poste pour défendre et suivre son bienfaiteur dans ses déboires qui pourraient être, non pas que politiques, mais judiciaires ?

Comme on le disait en une époque d’Issoufou, Massaoudou, pour avoir été de tous les combats et sans doute de toutes les « victoires », dans la reconnaissance de son action, même faite de brutalité, ne peut pas manquer d’alliés dans la situation qui est la sienne pour peaufiner une stratégie en organisant son camp pour une riposte vigoureuse. Massaoudou ne peut donc pas être seul. Bazoum, pourrait bien jubiler en manipulant son petit monde, mais il sait qu’il a beau être le président du parti, il n’a pas le contrôle de toute sa machine et que pour des raisons, qu’il peut bien comprendre, d’autres, dans le parti autant que dans l’alliance, ne peuvent jamais le porter dans leur cœur, pour le porter au pouvoir. Du reste, le PNDS lui-même en est conscient, pour ne pas faire le choix suicidaire, celui de lui faire la confiance de porter aux prochaines consultations les couleurs du parti. Il reste encore deux ans, et tout est encore possible dans ce délai. Sa position âprement circonstancielle de président du parti, ne peut donc pas être un atout car les enjeux sont si importants que l’on ne peut s’enfermer dans de telles considérations assez réductrices, pour jouer sur des critères trop simplistes et simplificateurs, loin de choix raisonnés et pertinents qu’exigent les défis du moment.

Massaoudou, compte donc dans le parti, et peut-être aussi, parmi les alliés, des alliés sur lesquels il peut compter pour se renforcer politiquement et conquérir un espace à lui et survivre à la trahison des frères. Il sait qu’il n’a plus de choix de se complaire dans ce mutisme suicidaire qui risque de signer sa défaite et sa résignation pour subir le poids écrasant de partenaires devenus des adversaires. Mais, ses alliés, peuvent-ils avoir le courage de s’affirmer dans ce climat d’ostracisme et de mise en quarantaine pour libérer la voie à un philosophe qui est incapable de compétir à la loyale, cherchant quelques subterfuges, pour s’éviter des épreuves de la concurrence, comme il le cherchait depuis des mois en imposant son choix tant au niveau de la CENI que des texte pour s’éviter Hama Amadou dans la course au fauteuil présidentiel dont le seul arbitre reste le peuple souverain, non des textes concoctés en catimini, pour exclure un autre du jeu. Tant il est vrai alors que la candidature de Bazoum se fait aujourd’hui dans la douleur et le déchirement ; toutes choses qui font qu’il est mal parti pour être un candidat fédérateur, rassembleur, lui qui a choisi si imprudemment d’élaguer des branches solides du système pour se couronner par la division. Ce candidat, comme on peut s’en rendre compte, à l’intérieur même de son système divise, et ne saurait pour une telle raison, et pour d’autres sur lesquelles nous reviendront, être crédible. Les risques sont pour le PNDS. A lui seul. Les choix que nous opérons dans nos vies sont déterminants et décisifs pour marquer nos parcours. On comprend donc que choisir devienne, dans le contexte actuel, infernal pour le PNDS qui a eu la maladresse de cultiver le culte de la personnalité au point de ne rendre personne d’autre visible positivement dans le parti si ce n’est le Camarade président. Les plus actifs, à l’image de Massaoudou, Bazoum, Iro Sani et consorts, n’ont pu donner qu’une image négative d’eux-mêmes, incapables d’assumer l’héritage du parti. En tout cas en bien.

Doit-il se rappeler des mots d’un de leur ancien camarade – Sabo Saidou – qui prévenait il y a quelques mois que l’opposition interne, ça ne pardonne pas ? En savait-il déjà trop sur les grognes qui couvaient dans son ancien parti, pour oser cette prédiction que des événements de ces derniers jours corroborent si merveilleusement et tragiquement ? Comme quoi, il est impossible de triompher dans le mal, dicton tout aussi valable pour les deux d’ailleurs. Et Massaoudou peut compter sur la foule de mécontents du système qui, depuis des années, attendant vainement leur sacre, avaient dû se résigner à observer en leur détriment le système coopter des arrivistes, pour les promouvoir. Mais l’ex-ministre des finances, dispose-t-il de paliers solides sur lesquels il peut agir pour revenir dans le débat ?

Massaoudou, un homme fragile ? Hassoumi Massaoudou a fait trop de mal ; il a fait pleurer beaucoup de Nigériens. Quel mépris n’avait-il pas exprimé pour des syndicats, des associations de la société civile, pour des acteurs politiques, pour des groupements religieux, ne pouvant avoir de pudeur pour qualifier un autre de voyou, baignant dans ce langage ordurier qui ne saurait l’élever à la hauteur de son rang rabaissé alors par la verdeur de son discours. L’Homme ne peut, même face à l’injustice qui le frappe, trouver que peu de sympathie dans le peuple qui ne peut oublier ses arrogances. Mais, ce n’est pas tout, pour croire que l’homme est aujourd’hui vulnérable pour s’être compromis dans bien d’affaires qui ont fait sensation autant dans le pays qu’à l’extérieur. Ayant trop cru à son invulnérabilité que lui donneraient ses proximités avec le président pour lequel, il prêt à tout, il peut aujourd’hui réaliser qu’il avait manqué de tact politique pour savoir plus lucidement préserver son image et construire mieux celle d’acteur présidentiable qu’il commençait à nourrir et à caresser dans le secret de ses ambitions somme toute légitimes. Avec tant de casseroles bruyantes qu’il trainerait, peut-il avoir l’audace de s’engager dans la nouvelle guerre qui l’oppose à ses amis ? Faut-il comprendre ses silences par la conscience de cette fragilité ? Ou bien se tait-il pour mieux préparer sa riposte ? Quand on sait la facilité de communication de l’homme, ils peuvent être nombreux à craindre que l’homme n’ « ouvre la bouche » pour verser dans la rue, son venin, les impairs d’hommes qui n’ont pas su le ménager et à qui, des rancœurs l’obligeraient à rendre la monnaie.

Les prochains jours pourraient être riches en rebondissements car nous sommes en présence d’acteurs teigneux qui, pour aller au bout de leur logique, ne reculent devant rien, surtout lorsque l’appareil d’Etat peut à leur profit être manipulé. Mais évincé du système par une mise à l’écart spectaculaire humiliante, Massaoudou, peut subir les coups d’un Bazoum encore actif dans le système, pour écraser tous ceux qui, douloureux pour la mise en quarantaine de leur mentor, pourraient ressentir le besoin de laver l’affront et sortir un homme du bourbier.

Demain le combat des gladiateurs ? Des prochaines joutes, il y aura certainement une nouvelle configuration du champ politique. Et le pays et sa démocratie pourraient être libérés des faucons qui leur rendent la vie difficile…

Le PNDS ne sera plus le même, encore qu’il n’a jamais eu l’envergure que l’équipe de Salou Djibo s’était mise à lui construire pour être révélé comme le plus grand parti du pays ? Sinon comment comprendre cet entêtement à refuser des règles claires pour aller dans des scrutins crédibles ? Bazoum et son PNDS ne se font plus confiance ? Les Nigériens ne se laisseront pas faire. Et le parti de Bazoum doit abandonner ses calculs pour revenir les pieds sur terre : il ne peut pas ruser avec les Nigériens. Un temps a changé. Le ver est dans le fruit.

Des élections pour tous ou pour personne…

04 mars 2019
Publié le 14 février 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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