Choix du candidat du Pnds à l’élection présidentielle prochaine : La lettre de Foumakoye Gado qui compromet le Président de la République

Foumakoye PndsManifestement, la course au sein du Pnds pour l’investiture au titre de l’élection présidentielle prochaine n’a pas encore fini de faire parler, encore moins de faire baver, chaque jour apportant son lot de surprises et/ou d’aberrations. Depuis le limogeage surprenant de Hassoumi Massoudou, ancien ministre des Finances, les choses vont vite, très vite. Resté seul en lice, Mohamed Bazoum est tantôt crédité par les uns du soutien formel du Président Issoufou, tantôt soupçonné de faire du forcing. Depuis le 18 février 2019, le doute est désormais levé. Dans une correspondance adressée à toutes les instances du parti et dont Le Courrier a obtenu copie, le Vice-président du Comité exécutif national (CEN) du Pnds, le sieur Foumakoye Gado, a tenu à informer ses camardes membres du parti que la candidature de Mohamed Bazoum au titre du Pnds pour l’élection présidentielle prochaine est l’émanation du Président Issoufou et que celle-ci a été agrée par le présidium du parti et adoptée par le CEN, à l’unanimité. Dans cette correspondance aux membres du Comité central, aux présidents des fédérations, présidents des coordinations des sections, présidents des sections, à la présidente nationale de l’OFT [Ndlr : Organisation des femmes Tarayya] ainsi qu’au président national de l’OJT [Ndlr : Organisation de la jeunesse tarayya ], Foumakoye Gado ne s’entoure pas de précautions d’usage. Il écrit d’emblée que c’est « sur proposition du président de la République, acceptée et soutenue par le Présidium du parti », que « la candidature du président du parti, le camarade Bazoum Mohamed, a été présentée au Comité exécutif national lors de sa réunion du 10 février 2019 ». Une bavure ? Certainement. Mais, la précision ne peut être de toute façon le fruit d’une erreur monumentale qui aurait échappé à son auteur. Connu pour être le stratège caché qui monte et démonte sans toutefois s’afficher, Foumakoye Gado est un homme de confiance du Président Issoufou, mais également un homme à tout faire. Pour servir celui-ci, il fait plus que de se plier en quatre, raconte-t-on dans les milieux du Pnds. On ne peut donc croire qu’il a pu à ce point manquer de lucidité et de clairvoyance pour indiquer dans un document destiné à faire le tour du Niger, l’implication du président de la République dans un jeu politique partisan, en violation flagrante de la constitution.

Choix du candidat du Pnds à l’élection présidentielle prochaine : La lettre de Foumakoye Gado qui compromet le Président de la République

Le président de la République est-il du coup sous le coup d’une violation de la Constitution qu’il a juré de respecter et de faire respecter ?

Cette lettre est une bombe. Si l’on s’en tient au propos écrit par le sieur Foumakoye, Mahamadou Issoufou a pris part au débat interne au Pnds et ne s’en cache nullement puisqu’il est fait mention de cette intrusion du président de la République dans l’arène politique. Le président de la République estil du coup sous le coup d’une violation de la Constitution qu’il a juré de respecter et de faire respecter ? L’article 2, alinéa 3 de la constitution est sans ambiguïté à ce propos, soulignant que « la discrimination et l’esprit de clan »,notamment, sont punis par la loi ». Or, dans cette lettre insolite, le ministre du Pétrole et Vice-président du Pnds insinue que le Président Issoufou a pris non seulement parti dans le débat en cours au sein du Pnds, mais que c’est lui qui a proposé la candidature de Mohamed Bazoum, ce qui ne saurait être refusé et contesté. Il n’y a pas que l’article 4 qui défend au président de la République de descendre dans l’arène politique. L’article 46 indique que « le président de la République incarne l’unité nationale et en est le garant ». On imagine mal un président de la République prenant parti dans le jeu politique garantir l’unité nationale. Peut-il être juge et partie ? Quant à l’article 55, il n’en fait pas moins puisqu’il précise que « pendant la durée de son mandat, le président de la République ne peut être président ou membre de l’organe dirigeant d’un parti politique ou de toute association nationale ». Si le Président a officiellement démissionné du Pnds qui l’a apporté au pouvoir au lendemain de son élection à la magistrature suprême, nombre de Nigériens n’ont jamais été convaincus qu’il a réellement pris congé d’avec ce parti. On le soupçonne si présent dans l’arène politique, particulièrement dans la conduite et la gestion du Pnds, que les opposants politiques ont affublé Mohamed Bazoum de « président Kama Mini », soit dit « président-garde-moi-en attendant ».

Foumakoye Gado est si aveuglé par le souci d’éviter toute contestation éventuelle au sein du parti qu’il n’a pas perçu le risque auquel il expose le Président Issoufou

Dans sa correspondance aux instances du parti, Foumakoye Gado indique que c’est à l’unanimité que le CEN du Pnds a accepté la proposition du président de la République et a décidé de la soumettre au congrès pour qu’elle soit validée. Selon des sources proches du Pnds, s’il a volontairement fait cette mention relative au président de la République, c’est sans doute parce qu’il n’a certainement pas voulu courir le risque d’être contesté et de provoquer des réactions regrettables au sein du parti. Sachant la forte opposition à cette candidature de Mohamed Bazoum au sein du Pnds, le ministre du Pétrole a pris le soin, d’entrée de jeu, de préciser que ce choix est d’abord celui du président de la République. Il est si aveuglé par le souci d’éviter toute contestation éventuelle au sein du parti qu’il n’a pas perçu le risque auquel il expose le Président Issoufou. Pour certains observateurs, si la précision tient lieu d’avertissement pour d’éventuels contestataires, elle est également la traduction de cet amalgame entre l’État et le Pnds, toute chose vérifiable dans la protection du siège du Pnds par la police nationale et que les Nigériens stigmatisent à travers la formule « le parti-État Pnds ».

Une lettre aux relents autocratiques qui laisse entendre à tous les responsables politiques du Pnds qu’elle est insusceptible de contestation

Si Foumakoye Gado a rendu un service à Mohamed Bazoum qui peut désormais dormir sur ses lauriers en attendant la consécration de sa candidature, le 31 mars prochain, il a sans doute jeté le président de la République en pâture. À moins que le Président Issoufou ne soit luimême l’auteur de cette formule en porte-à-faux avec la constitution. Dans cette lettre aux relents autocratiques qui laisse entendre à tous les responsables politiques du Pnds qu’elle est insusceptible de contestation, Foumakoye Gado donne la juste mesure du régime réel sous lequel vit le Niger. Un régime semiprésidentiel dans la constitution, mais qui est devenu, par la volonté de puissance du Président Issoufou, un pouvoir personnel. Pour Mohamed Bazoum, le Président Issoufou ayant accepté de proposer sa candidature, ce que Foumakoye a clairement indiqué à l’entame de sa lettre, tout le reste est désormais une simple formalité. Mais cette lettre de Foumakoye Gado soulève bien d’inquiétudes. Des inquiétudes d’abord pour le Président Issoufou qui pourrait se retrouver sou le coup d’une violation de la constitution. Des inquiétudes, ensuite, comme dirait l’autre, pour l’avenir de ce qui reste de la démocratie au Niger.

Laboukoye 
23 février 2019
Source :  Le Courrier 

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