Coup de force au Pnds : Pourquoi Mohamed Bazoum s’est-il fait désigner candidat en violation des textes du parti ?

Coup de force au Pnds Pourquoi Mohamed Bazoum s’est-il fait désigner candidat en violation des textes du parti ?Si l’on en croit le contenu d’un communiqué qui n’est toujours pas endossé par le Pnds à travers une déclaration publique, le candidat du parti pour l’élection présidentielle à venir est Mohamed Bazoum. L’annonce a été faite par certains communicants du régime qui ont toutefois précisé que la désignation s’est faite en l’absence des représentants de Tahoua, Dosso et Tillabéry. Un coup de tonnerre dans un ciel déjà troublé. La précision est de taille et indique la nature de l’opération intervenue, ce dimanche 10 février 2019, au siège du Pnds. Le Comité exécutif national (CEN), dont on dit être l’émanation de cette consécration de Mohamed Bazoum compte quelques 356 membres. Or, à la réunion du dimanche 10 février, il n’y avait pas, au regard du film et des images publiées, la moitié des membres du CEN. Dès lors, des voix s’élèvent ici et là pour s’interroger sur ce CEN qui aurait adoubé Mohamed Bazoum comme candidat à l’élection présidentielle prochaine. Le retrait de cette précision sur la qualité plus que douteuse du CEN du dimanche 10 février dans les publications des communicants du régime est un sérieux indicateur du malaise qui règne au sein du Pnds.

Un problème de légitimité politique et populaire

Tahoua, Dosso et Tillabéry, c’est plus de 400 000 voix qui, selon les résultats publiés en 2016, ont été engrangées par le Pnds aux élections législatives. Il va sans dire que si ces trois régions font défection et refusent de cautionner la candidature de Mohamed Bazoum, il y a problème. Un problème de légitimité politique d’abord pour le président du Pnds qui est farouchement contesté et combattu par une frange importante de leaders politiques et financiers.

Même Mahamadou Issoufou ne peut avoir sur le dos Tahoua, Tillabéry et Dosso et s’en tirer à bon compte. Un problème de légitimité populaire ensuite puisque Mohamed Bazoum, dit-on, n’a que le désert derrière lui. Régulièrement élu aux législatives dans la circonscription spéciale de Tesker dont il est originaire, grâce aux voix supplémentaires d’un parti allié, précise-t-on, le président du Pnds a toujours souffert de ce déficit de soutien populaire. Un déficit qu’il a compensé par un engagement militant sans pareil aux côtés du Président Issoufou. Mais cela lui vaut-il ce retour d’ascenseur ?

Des poids lourds, de résidence ou présents à Niamey le dimanche 10 février 2019, ont refusé de cautionner cette désignation à la sauvette

C’est ce déficit politique et populaire qui s’est concrétisé par l’absence, ce dimanche 10 février 2019, des régions de Tahoua, Dosso et Tillabéry. Autant dire un refus catégorique de cautionner ce qui ressemble, à tous points de vue, à un coup de force. Selon des sources crédibles, outre qu’il n’y avait même pas le tiers des membres du CEN ¯ 356 membres élus à l’issue du congrès ordinaire tenu à Niamey, du 24 au 25 mars 2018 ¯ qui est censé avoir désigné Mohamed Bazoum, nombre de poids lourds, de résidence ou présents à Niamey, ce dimanche, ont boudé le conclave. Parmi eux, des sources citent KallaMoutari, qui a préféré à ce qui ressemble à une simple coterie des partisans de Mohamed Bazoum, aller à Alternative Espace Citoyen pour suivre un débat .Un acte qui atteste de la profonde dissension au sein du Pnds.

Le CEN n’a pas vocation à se prononcer sur la candidature du parti à la présidentielle

Selon certaines sources internes au Pnds et opposées à une candidature de Mohamed Bazoum, pardelà ce déficit de légitimité politique et populaire, le président du Pnds s’est fait désigner candidat à l’élection présidentielle en violation des textes du parti. Un problème crucial qui complique la situation de Mohamed Bazoum, les libertés qu’il aurait prises avec les dispositions draconiennes des statuts pouvant se révéler fatales pour son ambition présidentielle. Selon les statuts du Pnds, version issue du congrès ordinaire de mars 2018, « le Comité exécutif national (CEN) est l’organe de validation et d’investiture des candidatures aux élections législatives, aux postes des présidents des Conseils régionaux et municipaux ». Nulle part, l’on ne parle de candidature à la présidentielle dans les missions et compétences dévolues au CEN. Par contre, le Comité central (CC), en vertu de l’article 18, peut être amené à investir le candidat du parti aux élections présidentielles ». Dans sa précipitation à mettre un terme au débat en cours et à toute adversité au sein du parti, Mohamed Bazoum a mis les pieds dans le plat. Une violation délibérée ou une méprise de la part du Président du Pnds ? Quoi qu’il en soit, son acte le met en porte-à-faux avec les textes du parti, ce qui ne peut que le fragiliser face à ses adversaires et détracteurs au sein du parti.

Bazoum ouvre une voie périlleuse à toutes les aventures possibles

Selon, toujours les statuts du parti, le CEN est l’organe de direction et d’exécution des décisions du congrès et du comité central. Le CEN ou ce qui y tient lieu sur lequel il s’est appuyé pour arracher son ticket pour l’investiture n’a pas vocation à se prononcer sur la candidature du parti à la présidentielle. Selon l’article 18 des statuts du Pnds, c’est « le congrès ou à défaut le Comité central, qui investit le candidat du parti aux élections présidentielles ». Ce qui s’est passé le dimanche 10 février est une nouveauté qui n’a pas de racine dans les statuts du parti. D’où la question qui fuse : pourquoi Mohamed Bazoum s’est-il fait désigner candidat du Pnds pour la présidentielle à venir par une instance qui n’a pas cette vocation ? Si déjà des voix s’élèvent pour revendiquer son renvoi du gouvernement sur la base de cette désignation, quoique boiteuse selon les partisans de Hassoumi Massoudou, il faut, de l’avis d’un militant du Pnds qui a requis l’anonymat, s’inquiéter des risques auxquels l’acte de Bazoum expose le parti. Si l’on en croit son analyse, en s’offrant des libertés avec les textes du parti sur le respect desquels il a le devoir de veiller, Bazoum ouvre une voie périlleuse à toutes les aventures possibles. Et si d’autres militants de grande envergure utilisent les mêmes procédés pour se faire désigner candidat par une portion du CEN ?

Aucune réunion du CEN n’a été préparée par le présidium dans le cadre de l’élection présidentielle et du candidat du Pnds

En plus d’être passé par une instance (CEN) qui n’a pas mission de désigner le candidat du parti à une élection présidentielle, Bazoum n’a pas régulièrement convoqué ladite instance. Au terme de l’article 31 des statuts, c’est le présidium qui a pour « mission de préparer les réunions du CEN ». Or, selon une source digne de foi, aucune réunion du CEN n’a été préparée dans le cadre de l’élection présidentielle et du candidat du Pnds. Ce présidium est constitué du président du parti, du Secrétaire général, des secrétaires généraux adjoints, soit 14 membres au total et l’on ne peut dire que tous sont acquis à une candidature de Mohamed Bazoum. La procédure précipitée par laquelle Mohamed Bazoum est passé a-t-elle la moindre chance de mettre un terme aux dissensions internes au parti ? Rien n’est moins sûr. De l’avis de certains observateurs, il a vite prêté le flanc à des déviances dont il ne peut que faire les frais.

Laboukoye 

16 février 2019
Source : Le Courrier

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