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Renaissance : Quand les lions se battent

 Renaissance : Quand les lions se battent Le film burkinabé dit que quand les éléphants se battent, le petit gibier doit se tenir à carreau pour ne pas être écrasé par les brutalités des puissants dans leur furie animale. Le scénario que nous sert la Renaissance depuis des jours, n'en est pas loin. Sauf qu'ici, symboliquement, il ne s'agit pas d'éléphants, mais d'une autre espèce à laquelle, l'on ne reconnait aucune tendresse, aucune humanité, aucune civilité si ce n'est sa brutalité et sa violence bestiales légendaires que les littératures du monde, presque unanimement lui reconnaissent et lui construisent. Nos socialistes sont des Lions, non de dociles éléphants qui pourraient même servir de montures élégantes à des peuples plus audacieux. Et depuis des jours, des lions se battent, et dans la peur de la perte de leur territoire, tous semblent avoir perdu leur rugissement, isolés dans leur tanière fétide, sans voix, plaignant sans doute leur imprudence. Ils ne savaient pas qu'on n'agit jamais dans la douleur ; et qu'il faut chaque fois attendre de s'apaiser, avant d'oser une décision. Ils avaient déjà oublié le cas Ibrahim. Les socialistes, ça oublie vite ! La dernière décision qui les fait trembler, leur sera immanquablement fatale. Ils l'auront cherché…

Le terrain politique est une jungle où ne triomphent que les forts et les plus intelligents, souvent les plus brutaux et les plus méchants. Machiavel, à ses adeptes, prévenait-il, que l'on y va jamais du dos de la cuillère car, enseigne-t-il, " la fin justifie les moyens ". Importée pour être appliquée sous les tropiques, la démocratie est abâtardie en Afrique, presque falsifiée et vidée de son essence ; Et depuis la décennie 90 quand l'on entrait avec fracas dans la démocratie, que ne vit-on pas au Niger avec des avancées et des reculs, avec surtout cet éternellement recommencement ? Alors qu'au moins, l'on savait tenir des élections depuis les premières élections de l'ère démocratique qui satisfont tous les acteurs, depuis 2011, l'on a appris à trafiquer les scrutins, et à ne jamais laisser la volonté populaire s'exprimer. Pire, ce sont ceux qui avaient dit qu'ils sont les meilleurs démocrates, les défenseurs infatigables des libertés qui en viennent aujourd'hui à confisquer les libertés, à étouffer la démocratie, pire à persécuter un peuple pour lequel, ils n'ont que mépris. Ils sont gonflés de vanité et de suffisance au point de croire qu'ils sont uniques au monde pour n'être pas comparables à un autre. Qui ne peut se rappeler Bazoum, se riant de Seini Oumarou et consorts, incapables de résistance et d'endurance pour préserver une dignité et un honneur et faire valoir une constance dans les convictions et les idéologies ? Bouffi de vanité, le philosophe disait à qui veut l'entendre, que leur parti est le seul à ne pas connaitre de grands chamboulements, résistant aux aléas politiques, fanfaronnant pour dire que rien ne pouvait le dynamiter. Il oubliait alors qu'à l'opposition, ensemble, ils poursuivaient le même objectif, celui de conquérir le pouvoir et que dans une telle dynamique, rien ne pouvait les diviser jusqu'à ce que, triomphant un jour, ils accédaient au pouvoir, où faisant face aux délicatesses de sa gestion, des contradictoire devraient apparaitre ou pour des intérêts ou des positionnements quelconques, pour finalement les diviser. Qui pouvait croire que Hama et Tandja pouvaient être inséparables ?

Il n'y a rien qui divise comme le pouvoir, lui qui peut mettre aux prises un père et un fils, deux frères, deux familles, deux amis. Et alors que les camarades avaientnaïvement cru qu'ils sont inséparables, les voilà depuis des jours qui se mangent le nez. Comme cela avait été le cas avec le MNSD d'une époque où les protagonistes niaient leurs dissensions, le PNDS, alors que depuis de longues semaines, une certaine presse fait état de déchirements en son sein, faisait croire aujourd'hui qu'il est plus que jamais soudé, incassable.

Séisme au Guriland…

Le réveil fut terrible, ce soir, quand, l'annonce de l'éviction douloureuse du sieur Massaoudou Hassoumi a été faite sur les médias d'Etat. Comment ne pas ressentir l'émotion dans la gorge de celui qui avait la responsabilité redoutable, de lire, au milieu d'un journal, le communiqué du gouvernement, annonçant un " léger remaniement du gouvernement, consacré uniquement au ministre des finances, une des pontes du système qui, il y a 24 heures seulement, ne pouvait croire qu'une telle fortune, dans un système où il est une des pièces maitresses, puisse lui arriver, lui qui avait eu la hardiesse, presque sans cœur, à mener de bout en bout tout le sale boulot, qui aura permis au régime de survivre à ses déboires. Et l'on pouvait entendre que cela pouvait arriver à n'importe qui, sauf au sieur Hassoumi, celui qui a la grave réputation d'être cet homme qui croit avoir défié tout un peuple, toute une société civile, toute une opposition auxquels, dans son verbe comme dans son action, il n'a que dédain. Et les Nigériens sortaient comme d'un cauchemar, ne pouvant croire à la véracité de l'information. Est-ce bien Massaoudou, se demandait-on ? Que pouvait-il commettre d'aussi impardonnable, pour mériter une telle gifle, une telle humiliation, un tel affront, une telle infamie même de la part de ses camarades. Peut-être, faut-il croire que l'on a, dans la vie, ce que l'on mérite. L'homme était prêt à tout faire, pour plaire à son parti, sans se soucier de soigner son image, sa réputation. Hassoumi aimait faire le mal, il aimait, avec arrogance, vilipender un autre, ne pouvant jamais avoir le moindre grain de sagesse pour soigner son verbe, ne serait-ce que pour son âge et pour son rang. Aujourd'hui, ils sont rares au Niger, tant dans son parti qu'au sein de l'opposition, à s'apitoyer sur son sort, l'homme n'ayant travaillé qu'à se faire des ennemis, une foule de Nigériens, qui, pour ses manières, ne peuvent avoir, même face à l'injustice qui le frappe, à avoir de la sympathie pour lui qui n'en a jamais eu pour un autre. Il ne savait que mépriser. On aurait cru que c'est la seule chose qu'il ait apprise à l'école et dans la vie.

Pour autant, il ne faut pas croire que l'on veuille se réjouir du drame qu'il pourrait vivre ces jours-ci : l'ingratitude étant une contre-valeur que nous proscrivons pour des raisons morales. Pour s'être sacrifié pour le parti et pour le régime, pour Issoufou et pour son système, pour bien d'observateurs, l'homme qui paie les frais de cette cabale, ne devait pas mériter de la part de ses camarades on ne peut plus ingrats, une telle mesure qui frise la trahison et le complot ordurier. Cette solution pouvait-elle être la seule possible, pour un tel homme qui se serait fait le boucher du système ? Avoir des ambitions présidentielles, est-ce vraiment un crime pour n'avoir de remède que de trainer l'homme dans la boue ? Bien de Nigériens savent que n'eut été les arrogances de cet homme, ses méchancetés, son cœur froid pour ne savoir que brutaliser, violenter, vexer, ce régime n'aurait jamais pu résister aux contrecoups des adversités multiples qu'il provoquait. D'ailleurs pourquoi le PNDS s'entêterait-il à investir une candidature tout aussi controversée que celle de Massaoudou lui-même qui n'aura pas su, comme son congénère, soigner son image qu'il a détruite.

Hassoumi aura été - et même ses détracteurs le reconnaitront - aura été celui qui, mieux que Bazoum, Président du Parti, se servant de son intelligence et de ses brutalités, avait défendu le régime, mais non sans déraper, refusant à un autre, d'occuper sa place dans la démocratie. Dans la diversité faunique, au pays des socialistes, comme dans les fables de la fontaine, le lion est roi et reste leur symbole préféré.

Mais bien de Nigériens, habitués des coups de socialistes hargneux et cyniques inspirés d'un machiavélisme désuet, se demandent bien s'il ne s'agit pas là encore d'une farce à la sauce rose que la Renaissance, pour faire diversion, sert aux Nigériens ? Ils sont donc nombreux à croire qu'on se joue d'eux et que cette comédie d'un mauvais goût ne vise, comme d'autres, qu'à occulter les vrais débats, les vrais problèmes dans une société qui va mal, douloureusement assise sur ses plaies.

Intrigue ?

Comme ils savent le faire, les socialistes, ne sont-ils pas en train de se jouer des Nigériens, montant un scénario dont ils sont passés, pour être maîtres ? L'affaire barre la une des journaux, fait le chou gras des réseaux sociaux qui l'amplifient à dessein sans doute, selon qu'on soit d'un bord ou d'un autre, sert de menu aux causeries de salon et de fada, chacun allant de ses fantaisies pour décrypter un jeu dans lequel, de tout côté, l'on ne peut voir que des perdants. C'est sans doute l'heure de la décomposition qui arrivait pour un PNDS plus tenu par une camarilla teigneuse, un groupuscule d'intellos qui en a fait sa chose pour qu'elle profite à elle seule, se servant d'un " bétail électoral rose " laissé sur les bords de la route depuis que, par les efforts calculés d'une junte, il avait la chance historique d'accéder au pouvoir.

Bien de Nigériens se méfient tellement des socialistes qu'ils ne peuvent croire un mot de tout ce qui se dit de cette affaire qui a fait trembler le ciel de la Renaissance car, faut-il le reconnaitre, Hassoumi Massaoudou reste après tout, une pièce importante du puzzle du Guri-système qui, pour d'autres calculs, pourraient aujourd'hui croire qu'il s'est suffisamment servi de l'homme pour ne plus avoir besoin de ses talents de " poseur de bombe politique ", pour espérer gouverner désormais dans la normalité non plus que pour blesser mais pour séduire des Nigériens qu'ils ont outrés durant toute leur gouvernance qui ne devrait avoir de fondement que de régler des comptes, que de venger une histoire, que de casser un clan, de l'anéantir définitivement. Et Massaoudou, avait été de cette œuvre, déployant tous ses talents, toute la cruauté dont il est capable, se targuant d'être le Rambo du système, l'homme à tout faire, l'homme sans cœur qui pourrait faire pleurer un orphelin. Peut-il seulement se souvenir de ce qui est arrivé à d'autres avant lui ? L'ancien gouverneur de Niamey, HamidouGarba. Le gouverneur Diabiri aujourd'hui dans les placards. L'ancien Dircaba, Ibrahim Yacoubou. Tous avaient connu leur lune de miel avec le système, mais après leur mission, ils avaient été poussés à la porte de la manière la plus malpropre. Et personne, au Guriland ne s'apitoie sur leur sort. Ils grossissent le lot des sacrifiés du système. Massaoudou, passe aujourd'hui à la guillotine du système, en passe de passer à la trappe car comme un torchon fichu, la renaissance pourrait croire qu'on peut aujourd'hui se passer de lui et de ses services. Ceux qui croient à la farce, dans un cri de désespoir peut-être, sur les réseaux sociaux, font croire, connaissant sa tiédeur, que l'homme pourrait être rapidement nommé premier ministre, pour organiser des élections ? Cette lecture peut-elle être crédible quand on considère, la manière par laquelle, le désormais ancien argentier du Niger, a été mis à la porte de la Renaissance, ruminant depuis des jours, sans doute, des douleurs et des remords ?

Lucidité : la maison rose brûle…

Quoi qu'on puisse dire, ça ne va plus au Guriland. Il suffit d'écouter les grands silences de ces derniers jours, les grands bruits des réseaux sociaux, par des échos haineux qui viennent du système, avec des hommes qui croient avoir triomphé sur un tigre blessé, l'on peut entendre et comprendre le grand malaise qui déchire le PNDS qui ne saurait résister, selon bien d'analystes avertis, à ses propres contradictions que provoque et cultive la succession d'un président qui n'a pas dit son dernier mot, nonobstant sa promesse de s'en aller après ses deux mandats légaux, étant entendu que des amis et d'autres leaders du continent, entretenant le flou, caressent le désir ardent de se maintenir au pouvoir. Les incertitudes du Niger et l'insécurité grandissante, ne peuvent-elles pas être de bons alibis pour justifier un troisième mandat pour qu'un " messie " puisse continuer à servir son peuple et à le protéger ? Les Nigériens doivent faire attention. Des surprises pourraient les attendre au bout. C'est dire que de ce côté-là également, le débat n'est pas fermé. En tout cas, dans un communiqué de presse récent, le parti de leur ancien ami, le MPN Kiishin Kasa, par un communiqué de presse, appelait l'ensemble des Nigériens, à se redresser comme un seul homme, pour défendre ce qui reste d'un pays qui tangue.

La vérité est que depuis des jours, des camps rivaux, sortant de leur guerre froide, s'affrontent, affutant leurs armes, pour se liquider. A priori, Bazoum pourrait croire qu'il a triomphé et qu'il aura laissé sur les bords de la route de la candidature à la candidature, le corps meurtri d'un adversaire, affaissé et qui ne saurait se relever. Il peut y croire d'autant plus qu'il pourrait croire que pour l'homme outrageusement violent qu'il avait été, son adversaire ne peut trouver de partenaire, ni au sein de son parti ni même à l'opposition à qui il a fait vivre les pires cauchemars. Pour ainsi dire, l'homme, politiquement, ne serait pas fréquentable. Peut-il seulement avoir le courage d'élever la voix, pour demander pardon à des hommes qu'il a blessés jusque dans leur intimité et dans leur amour propre ? Il en est incapable, il n'est fait que de trop d'orgueil ! Dans la nouvelle crispation des relations, les camarades, ne pourront plus être les mêmes complices et le PNDS, forcément, en ressentira les coups destructeurs. Cet état de fait, ne peut d'ailleurs que semer le doute et les appréhensions au sein d'une coalition alimentaire, qui pourrait déjà envisager, de commencer à réfléchir à ses soutiens aveugles, pour mettre le clignotant afin de migrer vers de nouveaux territoires plus rassurants, et vivre un nouvel asile dans l'oubli de leurs lâchetés. Le PNDS à la vérité est fait de bric et de broc, et retournant à sa nature première, cet événement a permis aux Nigériens de comprendre sa vraie nature, surtout quand on entend ces derniers jours, le rabaissement du débat politique sur des considérations de bas étages que l'on a cru jeter à la poubelle de l'histoire. Il est dommage que des hommes qui ont dit qu'ils étaient les meilleurs, n'ait plus qu'un tel discours pour s'adresser à un peuple qui attend mieux de leur part pour lui permettre d'espérer et de croire à un avenir meilleur, car même dernier de la planète, il n'est pas la pire espèce de la terre. C'est pourquoi, le fameux " tombeur " de Massaoudou, à savoir le sieur Bazoum, tenaillé lui aussi depuis peu par des doutes, sait qu'il n'est pas, lui aussi, très loin de sa disgrâce, et que, par les mêmes procédures apprises auprès de Machiavel le Maître, on lui règlera ses comptes. Comme son compère, devenu son meilleur ennemi dans la guerre fratricide qui les oppose, il manque autant de charisme que de finesse politique, pour être le meilleur présidentiable que le parti pourrait plébisciter pour espérer conquérir la confiance d'un peuple déçu et douteux. Son tort ne tardera pas et le système, le même qui l'a aidé à se débarrasser d'un frère-adversaire devenu gênant, n'attend que le moment opportun pour l'écraser, surtout que les deux - c'est une certitude - n'ont pas de base électorale dont ils peuvent se prévaloir pour assurer au parti une victoire éclatante. Les lionceaux se battent, le vieux Lion dans sa tanière, attendant l'heure, pour trancher le débat.

L'Opposition a donc raison, d'avoir cette attitude prudente, pour ne pas laisser divertir par un débat qui n'est pas le sien, en restant fixée sur son objectif. Il s'agit d'un débat " terrayo-tarrayiste " qui n'intéresse aucun Nigérien si ce n'est ceux qui ont le plus profité du système et qui entendent assurer leurs arrière en cherchant à confisquer le pouvoir.

Le cyclone ravage, emporte des toitures mal faites, laissant groggy, des hommes qui n'ont jamais su gouverner dans la mesure.

Et demain, l'éclairci viendra allumer l'avenir assombri d'un peuple qui sort de la nuit… De la grande nuit.

ISAK.

08 février 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

 

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