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France / Le Grand débat national : La panacée contre la crise née des Gilets jaunes ?

Depuis plus de onze semaines, la France est secouée par la crise des Gilets jaunes. Après plusieurs tentatives de négociations soldées par des échecs, le président français Emmanuel Macron, a lancé le 15 janvier dernier, devant 600 maires réunis à Bourgheteroulde dans l’Eure, ce qu’il a appelé ‘’le grand débat national’’. Cette démarche prévue pour durer jusqu’au 15 mars prochain, arrivera-t-elle à mettre fin à la crise? Rien n’est moins sûr.

Le grand débat national ! C’est le terme trouvé pour qualifier ces assises qui ont tout des conférences nationales (largement insufflées par la France à partir de La baule)  ayant marqué les années 90 sur le continent africain. Mais, qualifier ces assises de ‘’conférences nationales’’, reviendrait symboliquement à s’assimiler au ‘’tiers monde’’ et aux ‘’Républiques bananières’’. La ressemblance est frappante entre les régimes politiques des années 90 en Afrique ou ailleurs et la démocratie française  aujourd’hui en crise. Dans cette comparaison, les Gilets jaunes peuvent être assimilés aux forces vives à l’ère des conférences nationales en Afrique.

De fait, les uns comme les autres ne contestent-ils pas la dégradation continue du pouvoir d’achat des couches moyennes ; l’accentuation des inégalités et surtout du fossé qui s’élargit entre les riches et les pauvres ; le poids des impôts sur les revenus moyens et les cadeaux fiscaux accordés aux plus riches.

(suppression de l’ISF) ?

Cette crise des Gilets jaunes, intervient aussi dans un moment d’incertitudes qui a débouché sur l’émergence et la montée de l’extrême droite dans certains pays avec l’accession du pouvoir des partis populistes et nationalistes (Espagne, Italie, Pologne, Pays Bas). A cela il faut ajouter, les conflits internationaux et la géopolitique mondiale complexes dans lesquels la France est pleinement engagée, engloutissement d’énormes ressources.

Il faut ajouter à ce tableau, la perte progressive d’influence et la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et même de la Turquie en Afrique réduisant considérablement l’accès aux marchés et aux importantes ressources naturelles dont dispose ce continent. Il ya enfin, la gestion de la migration qui s’avère être un choix moral difficile pour la France du fait à la fois de son passé et de sa situation actuelle réelle de pays multiculturel. Sans bien sûr négliger le Brexit.

Deux semaines après le début du grand débat national, le constat est sans équivoque. L’initiative Macron ne semble pas tenir le bon bout des préoccupations des gilets jaunes. Mieux (ou pire, ça dépend), le mouvement s’accentue.

L’autre symbolique, c’est aussi la lettre et surtout les fameux ‘’cahiers de doléances’’ envoyés par le président Macron à ces concitoyens. Les cahiers de doléances rappellent la situation de la Révolution française. En effet, dans une France en crise, le roi Louis XVI a convoqué ce qu’on a alors appelé ‘’les états généraux’’ qu’il a ouvert à Versailles le 5 mai 1789 devant 1.154 députés. Par la même occasion, des cahiers de doléances étaient ouverts pour permettre aux sujets de Louis XVI d’exprimer leurs attentes et même leur colère. Plus de 60.000 cahiers de doléances ont été compilés. Sauf que, cette démarche n’a pas pu éviter la guillotine à Louis XVI, quatre ans plus tard, exactement le 21 janvier 1793.

C’est pourquoi, il est légitime de se demander si le Grand débat national et les cahiers de doléances, suffiront à  décrisper les tensions et juguler le ‘’dégagisme’’ proné par les Gilets jaunes à travers le referendum d’intiative citoyenne (RIC). Le ‘’dégagisme’’, c’est le thème sur lequel, le président Macron avait bâti sa campagne. Soutenant jusqu’alors, l’inefficacité de la classe politique toutes tendances confondues, il a su dégager les partis politiques traditionnels et mettre en place un mouvement ‘’En marche’’. Sauf que, un peu plus d’un an après son élection, ça ne semble plus marcher. Les quelques mesures prises par le gouvernement Macron n’ont pas réussi à calmer les Gilets jaunes. La stratégie de l’usure par le temps, adoptée au début par le gouvernement Macron, n’a pas non plus marché, car le mouvement se maintient, avec un degré de mobilisation plus au moins constant et dans toutes les régions. Le grand débat national et les cahiers de doléances, réussiront-ils à le faire ? Enfin, le mouvement ‘’des foulards rouges’’ qui semble sorti directement des stratégies politiques pour casser les vraies actions citoyennes, réussira-t-il à contrebalancer les Gilets jaunes ? Wait and see, comme disent les Anglais.

 Siradji Sanda(onep)

29 janvier 2019
Source : http://lesahel.org/

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Politique