Crise préélectorale au Niger : Le torchon brûle entre le pouvoir et l’opposition

Vers quels rivages la crise préélectorale mènera le Niger ? Après un hold-up électoral perpétré en 2016 qui est resté en travers de la gorge des Nigériens, le pays est à nouveau à la croisée des chemins, embourbé dans une crise préélectorale qui prend de plus en plus de l’ampleur. Le 12 janvier 2019, à l’occasion du 28e anniversaire du Pnds, Mohamed Bazoum annonce, sûr de lui, l’agenda politico-électoral tel qu’il a été planifié et tel qu’il va être déroulé. « Pour bientôt », a-t-il souligné. Entre autres étapes, il a indiqué que les modifications apportées au Code électoral par les seuls partis politiques de la mouvance présidentielle feront l’objet de validation avant d’être transmises au gouvernement qui les endossera et les transmettre à son tour à l’Assemblée nationale qui les adoptera. Et la parenthèse des désaccords avec l’opposition et les non-alignés sur le Code électoral et la composition de la commission électorale sera définitivement fermée, a-t-il laissé entendre en substance. Un peu plus d’une semaine après ces déclarations de tonnerre, Brigi Rafini, dans une sorte de symbiose arrêtée au sommet de l’Etat, convoque une réunion extraordinaire du Conseil national de dialogue politique (CNDP) pour ce matin, 24 janvier 2018. Une réunion du CNDP que des sources bien informées disent avoir été reportée pour ne pas gâcher le plaisir du président du Pnds et l’expression de la toute-puissance du parti-Etat. Les mœurs ont été respectées et Mohamed Bazoum a été fidèle jusqu’au bout à la logique arrêtée : faire baver l’opposition, les non-affiliés et tous les Nigériens qui manifestent régulièrement leur désaccord avec le processus électoral tel qu’il est conduit.

Le Président Issoufou, le Premier Brigi Rafini et le ministre de l’Intérieur et président du Pnds jouent le même jeu

Réponse du berger à la bergère, les partis d’opposition, qui ne comptent pas rester l’arme au pied, ont rendu publique une déclaration en prélude à la réunion extraordinaire du CNDP. Dans cette déclaration pour laquelle il a été exigé ¯ c’est le mot employé dans le communiqué ¯ la présence des membres des bureaux et des commissions politiques des partis membres ainsi que des députés siégeant à l’Assemblée nationale, l’opposition, a dénoncé l’orchestration d’une mise en scène déplorable consistant à répartir les rôles entre le président du Pnds, Brigi Rafini, le président du CNDP et Mahamadou Issoufou, le chef de l’Etat. Tout procède, a déclaré l’opposition, d’un jeu qui répartit ainsi les rôles : le Premier ministre, président du CNDP est chargé de simuler un semblant de dialogue avec l’opposition, Mohamed Bazoum, président du Pnds, de le remettre en cause et Mahamadou Issoufou, le chef de l’Etat, de flatter une avancée du dialogue politique qui n’existe pas.

Pour les militants de l’opposition, il est hors de question d’accepter un autre hold-up électoral

Pour l’opposition, le pouvoir en place compte, selon toute vraisemblance, rééditer le coup du hold-up électoral de 2016. Ce qui serait à la fois inadmissible et plein de périls, la volonté de faire barrage à ce qu’ils ont appelé « projet funeste » étant par ailleurs exprimée clairement. S’ils n’ont pas encore cru opportun de demander aux Nigériens de boycotter le processus électoral actuel, ils ont toutefois identifié les sources et les animateurs du blocage à un dialogue politique sincère, inclusif et devant aboutir à un code électoral consensuel. C’est, ont laissé entendre les partis d’opposition, l’unique alternative pour éviter à notre peuple des déchirements inutiles et non souhaitables. Dire que le torchon brûle est sans doute inexact, car derrière les mots, dorment en réalité des révoltes qui pourraient éclater à tout moment. Dans les rangs de l’opposition fourmillent des militants qui ne sont pas prêts à accepter que des gouvernants impopulaires, comme ils disent, leur volent une nouvelle fois leurs suffrages. Il est certain qu’ils ont mal vécu le hold-up électoral de 2016. À l’occasion de chaque regroupement de l’opposition, des voix s’élèvent pour marteler que la raison et la loi ne font pas partie du vocabulaire au Pnds et qu’il faudra bien que l’opposition change de fusil d’épaule. La fièvre monte et l’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Mohamed Bazoum, qui n’a pas la langue dans la poche, a bien invité l’opposition à faire la différence par le rapport des forces, comme au Togo. Autrement, c’est le naufrage certain, a-t-on compris dans les rangs des militants les plus «chauds».

Peut-être une session extraordinaire pour adopter les modifications faites par le pouvoir

Une fois que les partis au pouvoir auront validé les modifications jugées acceptables par le Pnds, que va-t-il se passer ? Selon Mohamed Bazoum, ministre de l’Intérieur et président du Pnds Tarayya, le gouvernement les endossera sans problème et les transmettra à l’Assemblée nationale qui n’en fera moins et les adoptera. Et si l’on s’en tient au « bientôt » de celui qui a décliné l’agenda en question, les choses ne traîneront pas. L’adoption par l’Assemblée nationale attendra-t-elle la session parlementaire ordinaire de mars 2019 ? Rien n’est moins sûr, la hâte annoncée pour classer définitivement ce dossier brûlant étant des plus manifestes. Peut-être que le gouvernement demandera une session extraordinaire à l’effet d’adopter lesdites modifications.

Laboukoye  
27 janvier 2019
Source : Le Courrier

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