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Mission de Giuseppe Conte et présence militaire italienne au Niger : L’Italie persiste, la France s’oppose, le Niger bafouille

Mission de Giuseppe Conte et présence militaire italienne au Niger : L’Italie persiste, la France s’oppose, le Niger bafouille Le feuilleton de l’installation de l’armée italienne au Niger n’est pas manifestement prêt de s’estomper. Alors que l’on croyait l’Italie K.O, voilà que le combat semble reprendre de plus belle. La visite presque surprise du président du Conseil italien, le mardi 16 janvier 2019, relance pratiquement le débat sur l’arrivée de troupes militaires italiennes sur le sol nigérien. En début d’année 2018, les médias italiens ont rapporté que l’armée italienne, à l’instar de ses homologues française, américaine et allemande, siégera au Niger pour y assister les Forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme. À la clé, le pays de Mussolini fait la promesse de concéder au Niger 40% de son aide globale destinée à toute l’Afrique. En sus des 32 milliards de FCFA que les autorités nigériennes ont empochés depuis juin 2017. De quoi faire tourner la tête aux maîtres de Niamey, dont la gouvernance scabreuse est faite de scandales d’argent au détriment du Niger et de son peuple. Mais le débarquement des troupes militaires italiennes fera face à un veto, celui de la France qui voit cette installation militaire d’un très mauvais œil. C’est sans détour et sans gants que les autorités italiennes ont révélé que c’est la France, et non le régime de Niamey, qui s’oppose catégoriquement à ce «débarquement» italien. Ce qui a mis les autorités de Niamey dans une situation des plus embarrassantes, contraintes qu’elles étaient de démentir l’information relative à ces micmacs diplomatiques avec Rome. Tandis que les officiels italiens déclarent à qui veut l’entendre que l’armée italienne, avec 470 soldats, s’installera bientôt au Niger, « à la demande du gouvernement nigérien », précise Agelino Alfano, le ministre des Affaires étrangères italien, au sommet de l’État nigérien, l’on s’ingénie à nier ce que l’Italie clame haut et fort. Le ministre de la Défense nationale, KallaMoutari a déployé une folle énergie à démentir ce qui est plus que vrai, allant jusqu’à demander à des médias de rectifier l’information qu’ils ont donnée à ce propos. D’autres membres du gouvernement nigérien ont confié à RFI, sous anonymat, qu’ils n’ont été, ni consultés ni informés. « Nous étions surpris », a confié, le 26 janvier 2018, un membre du gouvernement nigérien à RFI. Une autre source, a indiqué, toujours à RFI, que le Niger n’est pas d’accord pour accueillir cette force. « Nous avons indiqué aux Italiens, précise ladite source, par le biais de notre ministre des Affaires étrangères, que nous ne sommes pas d’accord ». Et pourtant…

Les Italiens ont mis beaucoup d’argent sur la table

Les choses vont se corser lorsque le ministre de la Défense, Kalla Moutari, affirme que les autorités nigériennes ne sont pas satisfaites de la coopération militaire avec la France et les États Unis. Ce jeu de cache-cache a duré des mois sans que l’on sache exactement si l’Italie aussi aura sa portion de territoire militaire ou pas. Entre-temps, l’Italie ouvre une ambassade à Niamey, histoire d’être plus près des choses. S’agirait-il d’une balkanisation du territoire nigérien ? Pour nombre de Nigériens, en acceptant l’installation de militaires italiens, en plus des Français, des Américains, des Allemands, tous installés en dehors de toutes procédures légales, les autorités nigériennes ont fait la preuve que leur action répondait plus à une vile marchandisation qu’à un idéal de politique sécuritaire. Les Italiens ayant mis, sans vergogne, beaucoup d’argent sur la table pour les convaincre de faire une place à leur armée, il n’y a pas de raison que les Russes, les Chinois, les Turcs et tous les pays qui peuvent faire valoir leurs bourses, ne fassent pas autant pour obtenir leur portion de territoire militaire à contrôler.

Rome, Niamey et la lutte contre le trafic de drogue, un film à l’italienne

La visite au Niger du président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a mis à nouveau ce feuilleton à l’ordre des discussions de salon et de fada. Et si la question de l’installation de troupes militaires italiennes n’a pas été officiellement citée parmi les sujets abordés par le Président Issoufou et son hôte, elle a certainement été abordée par les deux hommes. La lutte contre le terrorisme, les trafics et la migration irrégulière, la recherche de solution à la crise libyenne sont entre autres, les points développés au cours de la conférence conjointe qu’ils ont animée à l’issue de leur tête-à-tête. Le Président Issoufou s’est même avancé à parler de sécurité, de lutte contre les organisations criminelles, notamment les trafiquants de drogues, des migrants, etc. En abordant la question de la lutte contre les trafiquants de drogues en particulier, le Président Issoufou a surpris plus d’un, le pouvoir nigérien n’ayant jamais montré la moindre volonté de les combattre. C’est un sujet qu’il n’a presque jamais abordé dans ses discours. Et pourtant, le fléau est inquiétant. Un dépôt plusieurs tonnes de résines de cannabis a été démantelé à Niamey, après échange de coups de feu sans qu’un seul trafiquant ne soit arrêté. Des photos ont circulé sur les réseaux sociaux, certainement fuitées de façon volontaire, pour faire croire qu’il s’agissait des trafiquants arrêtés à l’issue de l’opération. Mais la vérité a été sue puisqu’il s’agissait des photos d’autres délinquants arrêtés et incarcérés depuis avril 2018. Sidi Lamine est un député dont le nom a été cité dans un dossier de trafic de drogues dures. Le gouvernement a transmis à l’Assemblée nationale une demande de levée de son immunité parlementaire, mais l’affaire est restée lettre morte. Il n’y a jamais eu le moindre débat sur la question. Le sieur Koré Ali[l’orthographe du nom n’est pas garanti]est, lui aussi, conseiller à la présidence de la République. Son nom a été aussi cité dans une affaire de meurtre lié à une affaire de drogue au nord de Gouré, mais il n’y a jamais eu de suite. Que dire de Mahamat Hassane, l’auteur de la cache d’armes d’Agadez découverte par la police ?

Kalla Moutari pour le Niger, et Roberta Pinotti pour l’Italie, ont bel et bien signé un accord secret le 27 septembre 2017 En novembre 2018, dans un article fort documenté, un journal italien revient sur la question en faisant le rappel historique de cette scabreuse affaire ainsi que les enjeux éventuels. Une perspective qui ne peut qu’embarrasser les autorités nigériennes qui ont régulièrement dégagé en touche, affirmant et répétant qu’il est totalement faux qu’elles aient signé un accord dans ce sens avec l’Italie. Et pour étayer sa révélation, le journal italien publie la photo des ministres Roberta Pinotti d’Italie et Kalla Moutari du Niger, signant en grande pompe cet accord qui reste «top secret». Si le journal italien a souligné que le contenu de cet accord sera connu d’ici au 16 décembre 2018, tout porte à croire que Niamey et Rome ont réussi à faire barrage à cette volonté des ONG italiennes regroupées, notamment la Coalition italienne pour les libertés et les droits civils, de faire connaître le contenu de cette fameuse entente. Où sont passés les 32 milliards que l’Italie dit avoir versés aux autorités nigériennes depuis juin 2017 puisque Niamey n’a parlé, à chaque fois, de cet accord que pour nier son existence ? Une question à élucider.

Laboukoye 
19 janvier 2019
Source : Le Courrier

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