Forfaitt-ORANGE-4G

Alternance : Succession d’Issoufou, le temps des incertitudes

Alternance : Succession d’Issoufou, le temps des incertitudesOn a beau aimer polémiquer sur la prétendue force du PNDS, en sa capacité de résilience qui lui aurait permis de tenir le coup pour résister aux aléas politiques, l’on ne peut pas ne pas reconnaître les fragilités qui le marquent depuis des mois, sinon depuis des années où face à la gestion délicate du pouvoir et de ses aspérités, il doit subir les contrecoups des chocs politiques qui agitent le champ politique nigérien depuis des décennies. Depuis des semaines, les apparences ne trompent plus sur la vulnérabilité certaine d’un système qui vacille. Les vanités de Bazoum, relativement à la solidité de « son » appareil, ne sont que de l’ordre de fanfaronnades d’une immaturité politique d’hommes trompés par leur suffisance. Depuis quelques mois, la presse et l’opinion nationale spéculent sur la succession du président Issoufou qui, arrivant dans deux ans qui passeront viteau terme de ses deux mandats « légaux », contraint désormais de passer le témoin à un autre, comprend désormais qu’une époque est en train de passer, que sa gouvernance, très bientôt sera dans l’histoire, retenant ou des actes magnanimes, ou des turpitudes. Comme le temps passe si vite et sans doute que lui-même ne se rend pas compte que sa gouvernance finit si ce n’est peut-être ces derniers temps où l’on peut lire, dans les actes qu’il pose, quelques gestes de tolérance politique et une certaine volonté de soigner une image pour quitter, peut-on le soupçonner, le pouvoir dans une certaine grandeur. Mais à lui, comme à Tandja en 2009, se pose aujourd’hui la délicate question de sa succession, pour savoir à qui profite l’héritage de son pouvoir, pour lui passer le témoin.

Temps des spéculations…

Á tort ou à raison, ici et là, l’on jase sur une supposée guerre des clans au sein du parti présidentiel, toute chose normale par ailleurs dans les jeux politiques, et les plus futés dans leur géomancie imprécise, vont jusqu’à voir la possible victoire d’un camp sur un autre. Mais en fait, même si ces luttes souterraines sont réelles, peuvent-elles être une préoccupation pour les Nigériens ? N’est-ce pas une autre manière de divertir les Nigériens et de les détourner des vraies questions qui se posent à notre société ? Il va sans dire que non, car la guerre des tranchées qui se passerait au sein du PNDS, cultivant des clivages dans le parti, ne peut qu’être le seul problème du PNDS et de sa hiérarchie qui paie son choix de gouverner de manière clanique, non dans l’esprit d’un grand parti pour laisser les instances du parti s’approprier un pourvoir qui est devenu la chasse gardée d’un lobby au sein de la nomenklatura socialiste. Il y a quelques temps, s’étant rendu compte de cette maladresse, les gourous du système avaient voulu mobiliser, sinon ameuter la jeunesse oubliée du parti, pour qu’elle se place en bouclier protecteur de ceux qui, seuls, avaient vécu l’orgie du pouvoir et qui, dans le festin du butin du pouvoir conquis même dans des conditions assez troubles, voudraient se servir d’eux pour se protéger de leur mauvaise gestion, de leur vol et de leurs pillages. Mais ces jeunes, souvent très lucides avaient compris qu’ils ne peuvent servir de « chair à canon » pour des aînés si avides qui les oubliaient et oubliaient au temps des grandes et belles messes leur peuple d’en bas. La presse nourrit et entretient depuis des jours la supposée instabilité qui agite le parti de Bazoum, amplifie ce que d’aucuns, en l’absence de preuves tangibles, qualifient de rumeur devenue un autre média dans le pays, avec les récits épiques mais invraisemblables des confrontations de deux ténors du régime que des ambitions viendraient enfin à opposer et à diviser. Ceux qui distillent cela, ne manquent pas d’indices probants pour étayer leurs thèses et convaincre qu’une succession est en train de déchirer le parti rose.L’affaire de celui qui doit porter les couleurs du PNDS aux prochaines élections ne peut concerner personne si ce n’est le parti rose et Issoufou lui-même et personne ne peut y trouver un grand intérêt à s’y mêler dans des commentaires qui n’avancent ni le pays ni sa démocratie. Un tel sujet artificiellement créé pour entretenir la galerie éloigne des vrais débats, fait oublier les préoccupations les plus urgentes.

Cependant, au lieu de spéculer sur une question qui ne peut intéresser que les seuls acteurs qu’elle met en jeu et leur parti politique, l’on peut trouver plus d’intérêt à jauger le profil de ceux qui s’agiteraient pour faire partie des coursiers de 2021.

L’on peut d’ores et déjà relever que si aujourd’hui la succession semble poser problème, c’est que le parti de Bazoum manque cruellement de personnalités charismatiques capables, non pas que par leur engagement politique, mais par leur image cultivée depuis près de trois décennies, à pouvoir rassembler et faire l’unanimité au sein du parti, et surtout être capable d’avoir cette parole sédative qui peut gommer des rancœurs et apaiser des cœurs endoloris, justement par leurs écarts, leur démesure et leur arrogance, car presque toujours bouffis de vanité. Peut-être que c’est pour cela que le prochain président sortant, vivrait un certain drame cornélien, ne sachant plus à qui confier ce lourd héritage qui mettrait sa gestion à l’abri de représailles plausibles de la part de successeurs indésirables dont il pourrait croire qu’une haine vengeresse les animeraient pour régler des comptes. Ceux qui, légitimement, par leur rang dans la hiérarchie et le commandement socialistes, et par leur parcours pourraient aspirer à succéder au Camarade président, n’ont pas su polir leur image de présidentiable car, dans le désir de plaire au Chef, ils avaient passé tout leur temps à gaffer, à se détruire, et finalement à cultiver par leur veulerie, une certaine aversion chez des Nigériens qui savaient plus les aimer.

Aujourd’hui, sans doute peuvent-ils se rendre compte du mal destructeur que leur zèle leur aura causé. Mais regardons les deux hommes dont on dit qu’ils seraient en duel et dont le dénominateur commun serait qu’aucun n’aurait de base dont il peut se prévaloir pour consolider sa candidature. Cet argument, semble pourtant de poids pour servir de beau prétexte pour écarter des soupirants impopulaires.

Bazoum Mohamed…

Le temps du duo est vite passé. Le pouvoir divise car il met en jeu des intérêts, fait croiser des destins et des ambitions. Et après le duo, vint le duel… Pour cet homme, ils sont d’ailleurs nombreux, tant au sein de son parti que dans l’ensemble du peuple du Niger à ne pas croire à sa candidature tant l’homme aura passé son temps dans l’invective acide, dans la construction du discours vexatoire, creusant des plaies dans sa relation avec l’autre. Jamais il n’aura été capable de ménager les susceptibilités, avec ses discours peu soignés. C’est lui qui aura révélé aux Nigériens, pourfendant leur cohésion, qu’il y aurait des « officiers ethnicistes », allant sur rfi jusqu’à oser, sans pudeur ni retenue, crever des abcès, graves sujets sur lesquels il est impardonnable pour l’homme d’Etat pour lequel il veut se faire prendre. Finalement, de cet homme, le seul mérite que l’on peut reconnaître, ce n’est même plus intellectuellement la profondeur de ses analyses, car qui ne se rappelle pas ses réflexions à l’emporte-pièce devant les étudiants de Zinder, pensant les bluffer avec son érudition naïve, mais par la seule maitrise de son conditionnel suranné – seul talent qu’on pourrait reconnaitre au philosophe harangueur et bavard. Il est donc vrai, corroborant tout ce que rapportent les analystes politiques avertis de l’échiquier nigérien, que le parti d’Issoufou Mahamadou ne peut que prendre trop de risque à compter sur une telle personnalité pour conquérir les suffrages des Nigériens car nombre d’entre eux ne gardent de lui qu’une image négative. Selon certaines indiscrétions, l’homme sait qu’il ne marche plus que sur un fil de rasoir, à tout moment cassable, comme il le disait, de la situation « précaire » de l’enseignant contractuels dont il se moquait il n’y a pas si longtemps. Luimême aujourd’hui, vit des temps de précarité politique…

Mais, alors, Massaoudou, peut-il être la pièce de rechange, le « pneu-secours » sur lequel le PNDS peut compter pour surmonter sa prochaine crise, déjà latente et visible à en croire une certaine presse.

Massaoudou : bonnet blanc, blanc bonnet…

Sur un plan et par rapport auquel, chez nous l’on apprécie les hommes – savoir parler en terme terre à terre – il faut reconnaître que les deux hommes sont de la même trempe, du même acabit, faits du même bois. Avec le premier, par leur parole mal gérée, ils avaient discrédité leur régime et dégradé l’image que les Nigériens avaient construite d’eux : des hommes arrogants qui n’ont aucun respect pour un autre, fut-il un allié a fortiori un adversaire. L’homme n’est pas meilleur, et donc n’est pas préférable à l’autre de ce point de vue. Il a, peut-on s’en souvenir, laissé de tristes souvenirs aux Nigériens qui devraient se rendre compte qu’il n’est pas, comme l’autre, le démocrate qu’ils croyaient. Toutes les brutalités que le système a exercées sur les Nigériens, tout le mépris que les Nigériens avaient connus, venaient de lui, de ses zèles, de ses vanités et de ses arrogances. Cet homme peu célèbre en « indice de démocratie et d’humanité », comme son compère, ne peut donc pas prétendre à la haute fonction de l’Etat car, on le sait, il est impossible de gouverner des hommes qu’on ne sait pas respecter et aimer.

Cet autre, comme on le voit, n’aura laissé, comme le premier, que de mauvais et tristes souvenirs aux Nigériens. Mais il se raconte que ceux qui l’adoubent, compteraient sur une certaine intelligence qui pourrait sauver, non pas en savoir économique pour sauver un pays qui s’enfonce, mais pour user d’espiègleries naïves, en usant de complot et autres manipulations dont il serait un connaisseur averti, pour divertir. Le Niger, a d’autres ambitions plus nobles et ne sauraient vivre que de complots interminables, de combines iniques :les autres nations avancent sans attendre le Niger, il faut que notre peuple se réveille, pour répondre présent au concert des nations libres et prospères. Il y a ce nouveau départ que nous ne saurions rater au risque de vivre les pires déboires qu’aucun autre peuple n’ait connus.

Face à cette sécheresse de leadership, que reste-t-il finalement au PNDS et au président Issoufou, préoccupé plus qu’un autre, par l’après-Renaissance qu’on ne peut, pour l’instant vivre qu’au travers de couleurs de cauchemars ?

Une autre carte est-elle possible ?

Beaucoup de gens ne croient pas aux deux premières cartes que l’on brandit depuis des jours pour enflammer les débats politiques dans le pays car, comme soulignés plus haut, les deux hommes n’auront jamais été capables de donner d’eux, une image de présidentiables convaincants, lisse, pouvant fédérer les énergie essoufflées du socialisme, gagnés par un pessimisme précoce. Quelques observateurs estiment pour cela que ces noms, ne sont brandis que pour amuser la galerie, et ceux qui pensent que le Président Issoufou, en maître incontesté qui règne sur le parti depuis sa création, garde dans sa gibecière, son Joker secret, intelligemment tu pour pouvoir peaufiner la stratégie, la meilleure, pour le sortir au moment opportun, et peut-être usant, de la même industrie électorale fondée sur la fraude, pour l’imposer, comme beaucoup d’autres présidents africains ont su le faire ainsi que l’a fait, à la surprise général, le félin Kabila, dribblant tout le monde il y a seulement quelques jours en RDC.

Le fils, peut-il venir ?

Il vrai qu’en l’audace du président, de mêler le fils dans sa gestion en le nommant dans son cabinet, bien de Nigériens et notamment des militants et des responsables de son parti avaient vu en cette témérité, l’idée qu’il ne fallait désormais rien exclure et que la surprise pouvait venir de là. Mais il est vrai que depuis des jours, après le séjour en Arabie saoudite notamment, « l’Enfant », est devenu moins visible, peut-être parce qu’on se serait rendu compte que son ombre trop présente dans le pouvoir, risquait d’écorner davantage l’image d’un pouvoir déjà en mal de réputation et qu’on viendrait à accuser en plus d’un aristocratisme rampant, inacceptable.

Jouer cette petite carte familiale est assez périlleuse, car il va sans dire qu’avec elle, le lobby qui travaillerait à l’imposer, devra voir se liguer contre lui, en plus d’une opposition forte, aujourd’hui très renforcée, des mécontents et autres recalés du système qui devront ameuter leurs bases maigres à animer la nouvelle contestation, comme on l’a du reste vécu sous Tazartché. Le « Petit », même sortant de Harvard, a sans doute les « os trop fragiles » pour se hasarder dans cette vaste mare aux crocodiles.

Le système Guri ne dispose plus que d’un seul avantage, celui de pouvoir compter sur les ambitions présidentielles tues de « castrés politiques » qu’il est arrivé à assujettir, mais sans avoir la certitude qu’ils pourront mobiliser leurs troupes autour d’une candidature imposée dans l’alliance au pouvoir par les gourous du système. Seyni Oumarou, AlbadéAbouba, Issoufou Assoumane, Cheffou Amadou Hamid Algabid, ne croient plus en eux-mêmes, et ne peuvent plus nourrir l’ambition pourtant légitime de briguer la magistrature suprême, en acceptant leur suicide politique pour qu’un autre, sur leurs cadavres politiques, construise sa gloire. Ceux-ci peuven-tils se rendre compte à quel point ils auront trahi ceux qui les avaient crus pour être avec eux dans leur aventure, rassurés alors, mais trompés, qu’ils étaient avec des hommes qui avaient de réelles ambitions et des projets valables pour leur pays. En se rendant compte, qu’ils avaient commis une erreur aussi fatale en opérant un tel choix sur de tels hommes capables de vendre leur âme pour quelques subsides, bien de militants aujourd’hui égarés, devront reconsidérer leurs choix, pour un autre plus responsable, celui de l’opposition en l’occurrence, comme cela se voit depuis des jours, à l’occasion de renouvellement de bureaux de partis politiques de l’opposition envahis par des militants de partis de la majorité déçus qui quittent des leaders qui n’ont plus aucune ambition pour leur pays.

Quelle issue pour le parti de Bazoum Mohamed ?

Les partis politiques sont comme des empires : ils vivent des apogées, des moments de gloires, et des périodes de déclin. La mal-gouvernance et la méchanceté de leurs princes précipiteront leur chute. L’on sait que le poids du PNDS révélé par des élections tronquées, trompent sur son envergure, et le parti rose n’a jamais eu la stature qu’on lui a concoctée pour l’imposer, avec la complicité d’une transition qui avait fait le choix partisan de trafiquer le processus électoral au profit d’amis socialistes pour lesquels ils pourraient vivre aujourd’hui le remord de leur gentillesse imprudente. La gloire aura été éphémère avec cette crise que le régime traîne depuis six ans, sans jamais avoir le geste magnanime pouvant apaiser une situation à tout le moins explosive. Le PNDS devra alors faire face à des déchirements qui auront raison de sa cohésion. Le parti inexorablement se fracassera et des blocs antagonistes finiront par se révélés, irréconciliables, comme cela est arrivé ailleurs, notamment au MNSD qui, par les suivismes aveugles d’un leader terne, manquant de charisme et sans vision finalement et que le confort qui lui manquait et qu’il lui fallait reconquérir à tout prix, fut-il celui de la veulerie, n’est plus que l’ombre de lui-même, gisant dans les cendres tièdes de sa destruction dont il porte historiquement la grave responsabilité. Comme l’ancien parti de Hama Amadou et de Tandja, à la fin de ses gloires en 2009, par les calculs mesquins de certains de ses leaders égoïstes, le parti d’Issoufou Mahamadou, ne saura sortir indemne des convulsions qui le tenaillent. Comme une braise, il se consumera pour, faute de disparaître comme le CDS vendu par Abdou Labo au Guri, ne se réduire qu’à sa portion congrue. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes, ont compris qu’ils avaient juste été utilisés, et que jamais, dans le partage du pouvoir, on n’avait besoin deux. Migrer pour ceux-là est un acte de survivance, et ils n’auront pas d’autres choix !

De la même façon qu’il ne reste presque rien des deux premiers grands partis du Niger, à savoir le PPN/RDA et le SWABA aujourd’hui presque invisibles sur l’échiquier, gardé par des nostalgiques qui les conservent comme des musées politiques, les grands partis du Niger de l’ère démocratique post-conférence nationale amorcent leur déclin, avec l’émergence de nouvelles structures qui semblent de plus en plus occuper de l’espace à l’image du Moden Fa Lumana de Hama Amadou, de KishinKassa d’Ibrahim Yacoubou, du RDR Tchindjide Mamane Ousmane et dans une certaine mesure d’Amen Amin de LadanTchana. L’avenir politique du Niger, se construira certainement avec ces nouveaux partis qui ont l’avantage aussi, de montrer qu’on ne fait pas de la politique que pour être toujours du ʺbon côtéʺ, celui avec lequel il est possible « manzer ». On aura compris que le choix de l’opposition en démocratie est un choix visionnaire, plus responsable, notamment quand tout va mal dans un pays. Mais sous la Renaissance, bien de leaders et d’hommes politiques à l’image de Rhoubeid, s’étaient humiliés depuis que chez eux, le raisonnement politique, plutôt que par la tête, est passée dans le ventre insatiable.

Les Nigériens qui, dignes de ce qu’ils sont pour le pays, ne se sont pas compromis dans la gestion des camarades, n’auront pas d’alternatives que de se lever et de se mobiliser pour sauver ce qui reste d’un pays occupé par l’Extérieur et pillé par ses princes cupides aux relents bourgeois mais contradictoirement socialistes. Et quoi que feront l’opposition dans sa diversité et la société civile, elles n’auront pas d’autre choix que de se battre, pas pour elles-mêmes, mais pour le Niger qu’il va falloir défendre, le seul bien menacé aujourd’hui par la misère, l’injustice et l’insécurité.

ISAK. 

17 janvier 2019
Source : Le Nouveau Républicain

Imprimer E-mail

Politique