Conférence-débat animée par M. Massoudou Hassoumi, Secrétaire Général du PNDS-Tarayya : Des échanges sur le thème « Jeunesse du PNDS-Tarayya et l’avenir de la République »

Massoudou Hassoumi Jeunesse PNDS Tarayya et avenir RepubliqueEn marge de la célébration du 28ème anniversaire de la création du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Tarayya), l’Organisation de la Jeunesse Tarayya (OJT), a organisé le samedi 12 janvier dernier, au siège du parti, une conférence-débat sur le thème : « Jeunesse du PNDS-Tarayya et l’avenir de la République ». Cette rencontre d’échanges, animée par le Secrétaire Général du parti rose, M. Massoudou Hassoumi, a vu la participation des membres du Comité Exécutif national (CEN) du PNDS, des jeunes militants dudit parti et ceux des partis membres de la Mouvance pour la Renaissance du Niger (MRN). La communication du paneliste et les échanges qui ont suivi ont permis aux participants de faire le tour des questions et autres défis auxquels la jeunesse du parti, en particulier, et celle de tout le pays en général a, à faire face dès aujourd’hui mais aussi à l’avenir.

Dans sa présentation, M. Massoudou Hassoumi a, de prime abord, donné un aperçu historique des modèles d’Etat, à savoir : Etat républicain et Etat nation, hérités par le modèle Etat démocratique actuel. Il a ainsi indiqué que les pères des indépendances au Niger (qu’il s’agisse du PPN-RDA ou de Sawaba), ont tenté de bâtir l’Etat par le haut, par l’action de l’Etat. Donc la nation procéderait de l’Etat, d’où la notion d’Etat nation. Selon le conférencier, sous la 1ère République, le cadre unique de mobilisation idéologique et politique, c’était le parti unique, avec son idéologie et sa politique axée sur l’unité nationale, qui gommerait les différences ethniques et régionales par un brassage de tous les Nigériens tournés vers un devenir commun. Le discours et les actions de mobilisation du parti avaient comme axe, cette volonté d’homogénéisation, qui ne tolérait aucune altérité, sous quelque modalité que ce soit. « Cela conduisait forcément à une démarche totalitaire », a-t-il estimé.

L’Etat pour sa part, a poursuivi M. Hassoumi, devrait se déployer sur toute l’étendue du territoire avec les trois composantes : la mission régalienne, qui fait que les Forces armées et de sécurité intérieures devaient avoir le monopole de la force sur toute l’étendue du territoire. « Ces forces devaient également être le cadre de construction de la conscience d’appartenir à une même nation, par la construction et le brassage. Il y a aussi la création et la montée en puissance de la milice du parti, ce qui constituait un élément hétérogène qui contrevenait radicalement au modèle.

Deuxièmement la mission d’encadrement administratif.

« Ainsi, l’Administration devait être présente sur toute l’étendue du territoire », a-t-il ajouté. M. Hassoumi a rappelé que la loi de 1964 consacre le découpage administratif du pays. Des circonscriptions administratives ont été créées dans les endroits les plus éloignés de la capitale, notamment à Bilma, Iferouane, N’Gourti, etc. Il y a eu également la création d’un ministre résident à Agadez, dont la mission était l’intégration, à pas forcés, des populations du nord. Toujours, selon le conférencier, la chefferie traditionnelle fut intégrée dans la chaîne administrative de l’Etat. Elle lui assurait un maillage plus dense d’encadrement des populations.

Troisièmement, la mission de service public. M. Hassoumi, a rappelé aussi que l’Etat devrait assurer l’égalité d’accès de tous aux services de santé, d’éducation et de protection contre tous les aléas notamment alimentaires. Il devrait également par les services d’agriculture, d’élevage et d’hydraulique, accompagner les paysans et les éleveurs en leur fournissant conseils, encadrements, intrants et soins vétérinaires. La continuité territoriale des services publics était un impératif catégorique du projet républicain. Enfin, la mission économique, qui fait qu’en l’absence d’un secteur privé significatif, l’Etat se posait en principal agent économique. Ainsi, il s’occupait des équipements collectifs, d’infrastructures routières et énergétiques notamment. Il créa des entreprises publiques des secteurs stratégiques et marchands, en se posant comme locomotive de l’économie. « Il convient enfin de noter la fonction idéologique de l’école publique dans la formation à la citoyenneté nigérienne, en plus de son rôle d’instruction et de formation. L’armée de construction et l’école publique constituent ainsi les deux vecteurs principaux de formation à la citoyenneté nigérienne. Il faut noter que la recrue qui vient du monde paysan, en intégrant l’armée, passait de solidarité villageoise, clanique à la solidarité de corps. Elle se confrontait pour la première fois à l’identité nationale », a-t-il fait noter. Ainsi, donc la 1ère République jeta les bases de notre Etat Républicain. De 1974 à 1987, le régime militaire consolida les structures dudit Etat, par la suppression du parti unique et de la milice, renforçant le rôle des Forces armées et leur monopole de la violence, a souligné l’intervenant.

Il a ajouté que la mise en place d’un gouvernement technocratique et d’une administration professionnelle, l’administration et la technostructure se substituèrent au parti unique pour porter exclusivement le discours idéologique de l’Etat nation. « Les missions régaliennes d’encadrement administratif, social et économique de l’Etat furent renforcées. Le boom de l’uranium facilita cette consolidation. La crise économique et le programme d’ajustement structurel qui s’en suit, de la fin des années 80 et début 90, affectèrent notablement l’équilibre et la gestion de l’Etat. En s’attaquant au rôle social et économique de l’Etat, le programme du FMI et de la Banque mondiale entamèrent un processus de délégitimation de l’Etat. Ils s’en suivent alors deux phénomènes : la fragilisation des régions périphériques, qui donnèrent lieu, notamment aux rebellions touareg d’une part et le mouvement social qui engendra les revendications démocratiques d’autre part. La Conférence nationale prit en charge ces deux questions et le gouvernement de transition organisa le nouvel espace démocratique », a expliqué M. Hassoumi.

« Notre conception républicaine de l’Etat est aujourd’hui menacée par ces pratiques clientélistes, notre parti doit en prendre conscience, la jeunesse de notre parti est interpellée »

Abordant la deuxième partie de son exposé, le Secrétaire Général du PNDS a indiqué que le multipartisme est né de et dans l’affaiblissement du modèle d’Etat issu de l’indépendance, notamment du modèle républicain. Selon lui, la pratique clientéliste des partis politiques remettait en cause le paradigme de l’Etat nation républicain, pourtant proclamé par les nouveaux textes constitutionnels. « Pour l’essentiel, cinq partis structurèrent le début de la démocratisation. D’abord le MNSD, bénéficiant de la rente du parti unique au pouvoir, il était conduit, à travers le pays par les forces sociales dominantes, commerçants et Chefs traditionnels et leur clientèle. Il y mobilisait les principaux moyens financiers et symboliques et exprimait encore l’idéologie de l’Etat nation, tout en enregistrant en son sein, les premières fractures ouvrant une brèche dans son discours républicain. Ensuite, la CDS, l’ANDP, l’UDPS, qui avaient une identité comparable, qui dès leur naissance mobilisaient leurs clientèles sur la base d’une conception ethnique de l’Etat, en rupture avec le paradigme de la conception républicaine de l’Etat. « Enfin, le PNDS, notre parti, qui s’est inscrit résolument dans la conception républicaine de l’Etat, dans la filiation directe des pères de l’indépendance », a noté M. Massoudou Hassoumi.

Le Conférencier a ajouté qu’après la Conférence nationale et les premières élections, l’un des piliers de la République, à savoir, le monopole de la violence à l’Etat, fut entamé. « Le gouvernement de l’AFC, brisa par la suite un autre tabou, il s’agit de la professionnalisation de l’Administration et de l’affectation privilégié des fonctionnaires dans leurs régions d’origine. Depuis, même si ces partis ont perdu de leur importance, il n’en reste pas moins que les pratiques de pouvoir qu’elles ont initiées sont devenues hégémoniques. La raison principales de cette hégémonie réside dans le caractère clientéliste de notre démocratie. Tant pour conquérir le pouvoir que pour le conserver, la logique clientéliste impose deux comportements : la mobilisation et l’entretien des clientèles électorales sur des bases identitaires et ensuite l’entretien des clientèles par l’argent et les mécanismes de captation des ressources, les marchés publics et les nominations. Le projet républicain fondateur de nos Etats en est profondément menacé », a-t-il regretté.

La question d’actualité et angoissante, celle de l’avenir de nos Etats, surtout au regard de ce qui se passe autour de nous. « Tout autour de nous : hier c’était la Côte d’Ivoire, le Libéria, la Sierra Léone, aujourd’hui c’est la région du Lac Tchad, un peu plus loin de nous, la Somalie, le Soudan, etc. Ce modèle républicain est aussi en cause dans certains pays qui n’ont pas forcément connu de crises armées mais où il y a une dégénérescence apparente du modèle d’Etat tel que nous l’avons connu », a dit le S.G du PNDS. Selon lui, cette situation a trait à la crise du modèle d’Etat républicain, que nous avons hérité des pères des indépendances de nos pays. M. Hassoumi a ensuite donné des exemples achevés des pays où ce modèle démocratique clientéliste a triomphé. « Il suffit de voir autour de nous pour voir les conséquences, jusqu’à leurs termes de l’implosion de l’Etat de ce modèle clientéliste », a-t-il suggéré.

Trois questions pour lancer les débats !

En troisième partie de son intervention, et pour ouvrir les débats, le S.G du PNDS-Tarayya a invité les participants à réfléchir, à échanger et même à faire des suggestions et des propositions à travers trois interrogations, ainsi posées : Est-ce qu’un modèle alternatif à l’Etat nation républicain existe pour notre pays ? Nos Etats survivront-ils à l’effondrement de ce modèle ? Avec la Renaissance, est ce que le pari des pères fondateurs est possible, dans un contexte politique différent ? « Notre conception républicaine de l’Etat est aujourd’hui menacée par ces pratiques clientélistes, notre parti doit en prendre conscience, la jeunesse de notre parti est interpellée. Notre parti qui a vocation à porter le projet progressiste doit relever le défi de la refondation de l’Etat, sur la base des valeurs républicaines qui sont les siennes. La tâche est difficile mais pas impossible, telle est la mission historique de la jeunesse du parti », a conclu M. Massoudou Hassoumi.

Plusieurs participants ont ensuite pris la parole pour formuler des propositions allant notamment dans le sens de l’élargissement de ce type de débat de fond au niveau de toute la jeunesse nigérienne.

Mahamadou Diallo (onep)

15 janvier 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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