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Message à la Nation de Mahamadou Issoufou : Les non-dits d'un discours pas convaincant

 Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Le Niger est mal gouverné et vous comprendrez sans doute que je lui souhaite, en ce début de nouvel an, une meilleure gouvernance. Comme à l'accoutumée, le chef de l'Etat s'est adressé à la Nation à l'occasion du nouvel An 2019 du calendrier grégorien. Et comme d'habitude, le ton et le style n'ont pas changé. Discours charmant mais pas convaincant, diront les critiques. En effet, les Nigériens ont été servis sur un ton paternaliste d'un chapelet de réalisations, dont certaines sont au stade de dossiers d'appel d'offres (DAO) ou, dans le meilleur des cas, de lancement de travaux. Et l'on sait qu'entre le DAO, ou le lancement, et la réalisation qui conduira l'utilisation effective par les bénéficiaires qui sont les Nigériens, il y a un fossé. Tout se passe comme si les quelques réalisations qui ont été faites sont un cadeau personnel, sur fonds personnel, du chef de l'Etat à une population en détresse ou dans le besoin. Comme si ce qui a été réalisé ne l'a pas été sur le budget national ou, à tout le moins, comptant sur les ressources nationales qui sont un bien public. Les bretelles de routes évoquées, les ponts pompeusement appelés échangeurs, au contraire, sont faits sur fonds public pour quelques-uns, y compris ceux réalisés à crédit pour la plupart. A supposer qu'il n'y a pas eu de surfacturation de ces cadeaux généreux offerts par un président commisératif vis-à-vis d'un peuple envers lequel il n'a aucun devoir. Or, un président se définit justement comme un citoyen élu au suffrage universel par ses concitoyens. Dès lors, inutile de venir à chaque instant ressasser des réalisations ou supposées telles, faites pour le peuple. Quelle autre mission pourrait avoir un président que de construire des routes, des ponts, des écoles, des centres de santé, assurer la sécurité du pays et l'égalité entre les citoyens, créer les conditions avec les moyens publics et les ressources nationales pour que chaque citoyen se réalise et s'épanouisse. Conformément, au demeurant, au serment d'un président consacré par la constitution, autrement en respectant et en faisant respecter la Constitution. Mais, au fait, où se situent les priorités des Nigériens ? Les Nigériens ont tout simplement besoin que les pouvoirs publics utilisent leurs ressources pour leur bien-être. Si la route du développement passe par le développement de la route, il est tout aussi vrai que sans la relance des secteurs sociaux de base, toute politique est vouée à l'échec.

Tant qu'il n'y a pas d'investissements massifs dans l'éducation, la santé, l'agriculture et l'élevage, aucun pays ne peut aller de l'avant. Et tout discours qui prétend le contraire est un leurre. Les infrastructures hôtelières peuvent certes contribuer sensiblement à booster l'économie, mais ce n'est possible qu'avec une bonne politique dans le domaine qui consiste à connaitre, mettre au jour en vue de valoriser les inestimables richesses dont regorge notre pays, dans ses quatre coins, en la matière. Ainsi donc le bien-être, les Nigériens le tireront comme tous les autres peuples d'un bon système éducatif qui forme les citoyens responsables et soucieux du bien commun, de leur bonne santé assurée dans des centres de santé équipés, soignés par un personnel performant, et d'une bonne alimentation garantie par une bonne politique agropastorale, loin de la caricature que représente la fantomatique Initiative 3 N. Du reste à quoi sert la croissance évoquée dans le message à la Nation si le pouvoir d'achat des Nigériens ne fait que se détériorer dangereusement ? Si les citoyens croulent sous le poids d'une répression fiscale sans précédent consacrée par les lois de finance 2018 et 2019 ? Il serait bien intéressant de savoir à qui profite la croissance. Quand dans le dernier pays du monde, on a un gouvernement de 43 membres et autant sinon plus de conseillers avec rangs de ministres, une foultitude d'institutions budgétivores dont l'utilité reste encore à démontrer, des milliers de conseillers et chargés de mission qui sont gracieusement rémunérés sur le budget national pour ne rien faire, que peut espérer le peuple ? Côté sécurité, c'est la catastrophe. Après la région de Diffa complètement meurtrie et où continue la tragédie chaque jour que Dieu fait, Tillabéry enregistre ces derniers temps des attaques quotidiennes. Civils comme forces de défense et de sécurité, nul n'est épargné malgré les moyens colossaux qu'on dit avoir injectés dans le domaine de la sécurité. Il est vrai que la guerre que mènent les groupes armés n'est pas conventionnelle. Mais à dire qu'il y a des zones où ce sont des bandits armés qui prélèvent l'impôt au Niger, c'est la totale.

Quant aux réalisations, concrétisées ou annoncées, on ne dit pas au peuple nigérien que c'est à crédit. Des crédits que les Nigériens vont rembourser au prix le plus élevé. De sorte que beaucoup dénoncent ce surendettement auquel les autorités actuelles soumettent notre pays, avec l'économie exsangue qui est la sienne. Où s'invitent la mauvaise gestion, les scandales financiers, et autres surfacturations. Les multiples opérations annoncées dans le sens de la lutte contre la prédation des ressources ont toutes butté, jetées aujourd'hui aux oubliettes. Alors que pour une simple présomption de détournement, d'autres citoyens sont maintenus en prison des années durant en attendant un éventuel procès. Ce qui amène des Nigériens à parler d'une justice à deux vitesses. Les lois et principes démocratiques prenant un coup terrible sous la renaissance. Les violations des lois et règlements de la République sont devenues l'exercice quotidien des camarades. Dans ces conditions faites de promotion et d'application de la loi en fonction des sensibilités politiques, la situation du pays ne peut s'améliorer. Car, pour se développer une société a besoin de justice, d'une gestion saine des ressources publiques. Le retour à ces fondamentaux est la condition sine qua non d'un développement harmonieux, économique, social et culturel de notre pays. Les discours charmeurs qui occultent volontairement des secteurs vitaux entiers, destinés au surplus à la consommation extérieure ne trompent personne et ne contribuent qu'à nous bercer dans l'illusion. Il est vrai que dire que tout est mauvais est une attitude négative et injuste, mais dire que tout va pour le mieux comme dans le meilleur des mondes possibles comme à la fin de l'histoire avec le dernier Homme est suicidaire.
Bisso

12 janvier 2019
Source : Le Courrier

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