Forfaitt-ORANGE-4G

Guerre de clans au Pnds pour la présidentielle de 2021: Les carottes sont cuites pour Mohamed Bazoum

Guerre de clans au Pnds pour la présidentielle de 2021 Les carottes sont cuites pour Mohamed BazoumPlus de deux ans nous séparent de la prochaine élection présidentielle, mais l'ambiance est quelque peu électrique déjà. Il ne s'agit pas simplement du contentieux préélectoral mettant aux prises pouvoir et opposition, mais d'antagonisme et de rivalité au sein du PNDS Tareyya. D'abord colportée par des rumeurs, l'affaire prend aujourd'hui des allures de plus en plus tragiques pour Mohamed Bazoum. Président du Pnds Tareyya depuis le dernier congrès , l'homme a convoité et obtenu le portefeuille de ministre de l'Intérieur. Un poste stratégique dans ce contexte d'élections gagnées quelque part que dans les urnes. On n'est mieux servi que par soi-même, dit-on. Bazoum aurait-il fait sien ce dicton populaire en troquant le prestigieux portefeuille de ministre des Affaires étrangères contre celui de l'Intérieur ? Rien n'est moins sûr. Candidat non proclamé mais dont l'ambition est connue de tous, Bazoum a tôt fait de mettre en place un comité ad' hoc chargé de revisiter la loi électorale. Un comité ad' hoc composé uniquement de militants du Pnds et de grands commis ayant fait la preuve de leur allégeance. C'est de ce moule que sortira le code électoral actuel qui fait polémique. Truffé de dispositions conférant une victoire éclatante au Pnds avant l'heure, le code électoral actuel est une loi taillée sur mesure. Si bien taillée sur mesure que si le Pnds alignait un âne, souligne un observateur, il gagnerait à coup sûr. Histoire de dire que le code électoral ne peut qu'aiguiser nécessairement les appétits au sein du Pnds. Mohamed Bazoum a donc, mis très tôt les pieds à l'étrier. Mais pas plus tôt que Hassoumi Massoudou qui a manifestement fait évoluer son curseur dans la plus grande discrétion. Et si Bazoum a cru bon de prendre le contrôle du ministère chargé des collectivités territoriales, Hassoumi, lui, a préféré avoir la main mise sur les finances publiques. Un jeu de positionnement stratégique dont les enjeux sont en train d'être progressivement mis à nu. Aujourd'hui face à face dans une course pour l'investiture du parti, qui pour eux, est synonyme de victoire à l'élection présidentielle, les deux premiers responsables du Pnds continuent d'aiguiser leurs couteaux.

Deux hommes, deux tempéraments, deux stratégies

Mohamed Bazoum et Hassoumi Massoudou sont deux hommes aux tempéraments différents, sinon antinomiques. Si le premier est décrit par les milieux renseignés du Pnds comme un homme qui n'a pas sa langue dans la poche, mais qui peut décevoir à la conclusion, le second est perçu comme l'homme de confiance de Mahamadou Issoufou, celui qui a cheminé avec le président de la République actuel et grand manitou du Pnds, 40 ans durant. Mohamed Bazoum est un syndicaliste dont les relations ont notamment favorisé l'expansion du parti, notamment dans les milieux syndicaux où, aux côtés d'autres syndicalistes tels que Daouda Mamadou Marthe et Kalla Moutari, il a milité à présenter le Pnds, à la fois, comme le parti du savoir (Illimi) et des couches laborieuses. Outre qu'il revendique la paternité de la création du PNDS, il serait également le mentor qui a introduit le Président dans certains milieux à l'extérieur du Niger. Ce serait en particulier le cas avec feu Mouammar Kadhafi, le guide la Révolution libyenne et le non moins regretté Salif Diallo qu'il a connu à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Un passé qui compte mais qui ne donne pas droit systématiquement à tout. De fait, son adversaire pour l'investiture du Pnds est un poids lourd du parti, celui qui est présenté par les militants comme étant la matière grise du régime, l'homme des situations difficiles. A chaque fois, dit-on, que le Pnds et le pouvoir tanguent, complètement noyés dans des situations incroyables, c'est Hassoumi Massoudou qui les tire d'affaire. On peut ne pas l'aimer pour son franc-parler et son impulsivité, mais Hassoumi Massoudou est un homme intelligent, avec un français raffiné et une capacité d'analyse appréciable. Ce n'est le cas de Mohamed Bazoum qui a plutôt un français de style dépassé où s'entrechoquent des formules grammaticales lourdes et complexes. Hassoumi peut être violant dans le discours, mais toujours avec un calme olympien tandis Bazoum bave, s'agite et vocifère pour le même résultat.

La fracture est nette et profonde au sein du Pnds

Est-ce cette différence de tempérament qui a généré la différence de stratégies comportementales ? Si cela a forcément joué, ce n'est sans doute pas l'unique élément d'appréciation qui a débouché sur les stratégies des deux camarades adversaires. Alors que Bazoum fait dans le m'as-tu vu, essayant de se positionner comme le candidat choisi du Pnds, voire plus, Massoudou est plutôt serein, discret mais sans doute efficace. À Zinder, dans le cadre du 18 décembre 2018, il a fait plus que de s'afficher dans la peau d'un candidat en puissance, auréolé du soutien, hypothétique, du président de la République sortant. Visitant infrastructures et délégations régionales, il a, selon la lecture des spécialistes, enjambé la ligne de départ avant même le coup de sifflet annonçant l'entame de la course. Il essaierait, selon un militant avisé du Pnds, d'anticiper et de mettre les uns et les autres devant le fait accompli, histoire d'enfermer, notamment, le Président Issoufou dans une logique qui ne lui permet guère d'avoir une tout autre idée que celle de lui apporter soutien et moyens. Son attitude s'expliquerait par le fait que le Président Issoufou aurait déjà tranché en sa faveur. Une information à prendre avec des pincettes dès lors qu'elle n'a jamais été confirmée, ni par l'intéressé ni par un communiqué du Comité exécutif du parti. Les deux hommes n'ont, donc pas la même démarche : l'un fait dans le bruit intempestif, l'autre avance discrètement, sans tambours ni trompettes.

Hassoumi Massoudou, parti pour gagner le bras de fer Selon des informations dignes de foi, la fracture est très profonde au sein du Pnds où chaque camp connaît à peu près ses ouailles, mais se garde d'en faire ouvertement étalage pour le moment. Si le Président Issoufou est soupçonné d'être un fervent soutien du ministre des Finances, Bazoum, lui, compterait sur des réseaux occultes qu'il fera connaître et entendre au moment opportun. Dans cette course dont on décèle la fureur naissante sur les réseaux sociaux, Mohamed Bazoum va sans doute avec des boulets aux pieds. Ce qui est considéré dans les milieux du Pnds, par pudeur, comme l'effet d'une trop grande franchise lui a valu des misères au sein de l'opinion publique nationale. Des misères qui ne sont pas prêtes de s'estomper de si tôt. Elles vont même être réchauffées et mises sur le plateau les jours et semaines à venir. Mais, par delà tout, le président du Pnds ne serait pas en odeur de sainteté avec de grands magnats du Pnds. S'il croit toujours en ses chances de s'imposer comme le candidat du Pnds au titre de la présidentielle à venir, des voix importantes infiltrées dans les milieux du Pnds estiment que les carottes sont déjà cuites pour lui. Car ceux qui mobilisent, aussi bien en termes de monde qu'en termes d'argent, soutiennent une candidature de Hassoumi Massoudou.

Laboukoye

30 décembre 2018
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Politique