Candidat du Pnds à la présidentielle de 2021 : La guerre Bazoum-Massoudou déjà en cours

Bazoum Hassoumi 2Après de longues tergiversations et de multiples spéculations au sein de l’opinion nationale, les Nigériens semblent de plus en plus fixés sur les pôles en conflit dans la désignation du candidat du Pnds à la présidentielle de 2021. Si Mohamed Bazoum a finalement fait plier Mahamadou Issoufou pour se mettre en pôle-position dans la course à l’investiture du Pnds Tareyya pour l’élection présidentielle prochaine, il n’a pas toutefois fini de remporter la manche. Il doit faire, apprendon, à une adversité de taille. Hassoumi Massoudou, l’actuel ministre des Finances et homme de confiance du Président Issoufou, serait, lui aussi, intéressé et attend dans les startingblocks. Confiée au Courrier depuis quelques mois déjà, la candidature de Hassoumi Massoudou est désormais plus qu’une simple éventualité. Selon des sources fiables d’information, une équipe-choc travaillerait depuis quelques semaines à recruter hommes d’affaires, politiques et leaders d’opinion divers qui doivent constituer autour du ministre des Finances, le noyau central du combat. D’Agadez à Tillabéry, en passant par Niamey, Dosso, Zinder, Diffa, Maradi et bien sûr Tahoua, l’homme est en train de faire le plein. En douceur, mais en toute efficacité, indique-t-on dans l’entourage de celui qui risque de faire barrage à Mohamed Bazoum dans son ambition non proclamée mais clairement affichée. Dans la haute sphère de l’administration, véritable arène du combat qui s’annonce, l’on recrute également en plaçant « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Il faut dire que Hassoumi Massoudou bénéficie de soutiens multiples mais discrets qui semblent œuvrer pour la promotion de sa candidature.

Le choix de Saley Saïdou à la tête du CESOC n’est pas le fait du hasard.

Une belle architecture qui ne laisse rien au hasard est progressivement mise en place. Le choix de Saley Saïdou pour présider le Conseil économique et social (CESOC) ne serait pas le fruit de la fortune de l’intéressé. Selon une source gouvernementale qui a requis l’anonymat, Saley Saïdou a été choisi, au détriment du président de l’ANDP pour qui le siège est pourtant resté vacant pendant longtemps, pour le besoin de la cause. De même, nombre de nominations, ces dernières semaines, de hauts cadres dans l’administration financière, procéderait de cette logique de placement d’hommes et de femmes acquis à la cause de Massoudou. Placés à des postes stratégiques des régies financières, ils ont tout aise de faciliter le paiement des prestations et fournitures de maints commerçants ; des services qui vont être nécessairement bien appréciés dans ce contexte particulier de difficultés de trésorerie. Aux côtés de ces auxiliaires de service, et sans que les deux cohortes se mélangent, travaillent, dans la plus grande discrétion des hommes aux moyens financiers colossaux. Le complot qui a visé l’ancienne directrice générale d’ASUSU et la reprise programmée, longue date, de la banque de micro finance, s’inscrirait également dans la mise en place de la machine de guerre de Hassoumi Massoudou. Avec deux milliards de francs CFA et la nature de ses interventions, autant dire qu’ASUSU est une redoutable machine électoraliste qui est en train d’être érigée en travers du boulevard de Mohamed Bazoum.

Mohamed Bazoum a du pain sur la planche, les partisans de Massoudou comptent aller jusqu’au bout.

La guerre Bazoum-Massoudou n’est pas gagnée d’avance. Ni pour l’un ni pour l’autre. Si le premier dirige le ministère de l’Intérieur, donc, des collectivités territoriales et partenaire privilégié et presque obligé de la commission électorale dans l’organisation des élections, l’autre trône à la tête du ministère des Finances et contrôle par conséquent le cordon de la bourse sans laquelle il ne saurait y avoir d’élections.

La bataille s’annonce rude et sans merci d’autant que les partisans affichés de Hassoumi Massoudou laissent entendre à ceux qui veulent le savoir qu’il n’est pas question pour eux de céder. Avec leur mentor, ils comptent aller jusqu’au bout. Mohamed Bazoum a du pain sur la planche. S’il a une longueur d’avance sur son adversaire, ce qui n’est pas évident, le ministre de l’Intérieur et président du Pnds Tareyya traîne toutefois de gros boulets qui pourraient lui être fatals. Il a bien réussi à s’imposer comme président du parti et s’est évertué, ces dernières années, à défendre, becs et ongles, les intérêts de ses ouailles. Cependant, Bazoum n’a pas réussi à reverdir le désert qu’il a derrière lui. Homme à la «langue fourchue» comme diraient les indiens, le président du Pnds est perçu, par nombre de militants de son parti comme la garantie d’un échec cuisant à l’élection présidentielle de 2021. Farouchement combattu par un lobby dont il n’imagine pas, indique une source bien renseignée, l’envergure et la force réelle, Bazoum semble mener une guerre sans connaître son adversaire. La longueur d’avance dont certains semblent le créditer est une chimère, note une source interne au Pnds. Il n’aurait vu que du feu dans les manèges tendant à mettre en place, très tôt, l’architecture du poulain du Président Issoufou. Placé à la tête de l’Assemblée nationale, à la surprise générale, celui qui était jusqu’alors un parfait inconnu de la scène politique nationale, serait en réalité le premier grand «gladiateur» du duo IssoufouMassoudou. Ousseïni Tinni serait, selon nos sources, un farouche partisan de la candidature de Hassoumi Massoudou à laquelle il œuvrerait sans désemparer. Une sorte de retour de l’ascenseur à celui qui serait à l’origine de sa consécration.

Derrière Hassoumi se dresse, invisible mais bien présent, Mahamadou Issoufou.

Pour le Président Issoufou qui a réussi à se défaire du général Salou Djibo sans coup férir, le choix de Bazoum ne serait pas un choix du cœur. Il se serait imposé à lui sous la pression de divers courants de pression socialistes extérieurs. Son homme, c’est Hassoumi Massoudou, l’homme avec lequel il a mené bien de choses, dans le plus grand secret avant que les révélations ne soient faites par la presse.

L’uraniumgate, l’achat de l’avion présidentiel, entre autres, constituent autant d’arguments qui pèsent dans le verdict de Mahamadou Issoufou qui cherche un homme avec lequel il peut se sentir en toute confiance et en toute sécurité en tournant le dos aux affaires de l’État. Hassoumi Massoudou, qui dispose d’un lobby fort au sein du Pnds, est nécessairement cet homme qui procure confiance et sécurité au Président Issoufou, précise notre source. C’est la raison pour laquelle nombre d’analystes politiques soutiennent que Hassoumi Massoudou n’est que la fumée qui se lève. Et comme il n’y a pas de fumée sans feu, derrière Hassoumi se dresse, invisible mais bien présent, Mahamadou Issoufou.
Laboukoye

22 décembre 2018
Source : Le Courrier

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