Message à la Nation du chef de l’Etat Mahamadou Issoufou promet une « organisation Mahamadou Issoufou promet une « organisation Mahamadou Issoufou promet une « organisation inclusive des prochaines élections » : faut-il le croire ?

Message à la Nation du chef de l’Etat Mahamadou Issoufou promet une « organisation Mahamadou Issoufou promet une « organisation Mahamadou Issoufou promet une « organisation inclusive des prochaines élections » : faut-il le croire ?Dans son message à la Nation à l’occasion du 18 décembre 2018, consacrant le 60ème anniversaire de la République, dont les festivités se sont déroulées à Zinder, le chef de l’Etat a abordé plusieurs questions. Après avoir magnifié la ville de Zinder, et évoqué les investissements réalisés dans le Damagaram qui s’élèvent à plus de 80 milliards selon ses dires, il a touché l’épineuse question des élections censées se tenir en 2021, fin de son deuxième mandat. Prônant la stabilité institutionnelle, Mahamadou Issoufou dit attacher du prix à « l’organisation consensuelle, inclusive, et transparente des prochaines élections qui permettront pour la première fois de notre histoire à un président démocratiquement élu de passer pacifiquement le témoin à un autre ». Avant d’encourager les acteurs politiques de tous les bords, majorité, opposition et non affiliés, à « poursuivre les échanges qu’ils ont entamés, dans un esprit de dialogue constructif, dans le cadre du Conseil national de dialogue politique ». Il invite par ailleurs la CENI à poursuivre son travail et le gouvernement à mettre à sa disposition les moyens de son travail. Ces intentions sont bonnes, et sont celles de tout président soucieux du devenir du pays qu’il dirige, loin des calculs politiciens et jamais pris dans le jeu de l’exclusion des opposants par des méthodes peu orthodoxes. Cependant ce ne sont que des intentions. D’aucuns diront des professions de foi. Bien que nul ne puisse connaitre l’intention de l’autre à travers les paroles qu’il profère, l’on peut néanmoins confronter ces propos aux actes posés dans des situations similaires et la réalité que tout le monde connait. Des élections consensuelles, inclusives et transparentes, tel est le souhait de tous les nigériens. Puisque des élections qui se déroulent ainsi sont insusceptibles de contestation et le président issu de telles élections jouira de toute la légitimité indispensable à ses actions conformément au programme de société qui l’a fait élire. C’est également la plus forte revendication en matière d’élection de l’opposition politique. Mais faut-il prendre ces propos pour argent comptant ? Faut-il le croire ? Beaucoup de Nigériens doutent en effet de ces professions de foi. L’on se rappelle également de propos similaires tenus avant les élections générales de 2016. Et il n’y a pas eu d’élections plus tropicalisées que celles-là. Un des candidats et presque tous les responsables de son parti étaient jetés en prison, pieds et mains liés, sur la base de raisons contestables. D’autres annonces ont été faites sur l’éducation, la boucle ferroviaire, l’opération pompeusement appelée « Boulala », Gorou Banda.

Mais elles sont jusqu’ici au stade d’annonces. Des vérités ont été niées catégoriquement, mais elles se sont avérées. Comment les élections pourraient être consensuelles et inclusives quand au CNDP ne prennent part que les partis politiques membres de la MRN, mouvance au pouvoir ? Comment les élections pourraient être inclusives et consensuelles quand la CENI, chargée d’organiser les élections n’est composée que d’un seul bord, les partis politiques de l’opposition étant exclus ? Comment le pourraient-elles lorsqu’on tord le cou de la loi pour l’utiliser à des seules fins électorales, pour exclure des Nigériens du processus électoral ?

L’opposition politique a jusqu’ici boycotté les travaux du CNDP. Sur la base des mêmes professions de foi, elle a accepté de rejoindre les autres forces politiques au sein du Comité chargé de réfléchir sur le Code électoral et le règlement intérieur mis en place en catimini, on ne sait pour quelle raison, par le Premier ministre. Mais l’opposition et les nigériens ont vite déchanté quant à une vision consensuelle minimale sur l’essentiel. Ayant compris les manœuvres du pouvoir, l’opposition s’est retirée des travaux du comité et se dit ne pas être engagée par tout ce qui pourrait en être issu. Le chef de l’Etat ne semble pas être au courant de cette donne pour parler avec tant de légèreté de la question. Ou bien il s’adresse à autre que les Nigériens qui ne connaissent que trop bien la réalité qu’ils vivent. Etre président, c’est l’être pour tous les citoyens et être capable de transcender les clivages. Les nigériens ne sont pas convaincus que les choses se déroulent ainsi. Cependant, chacun doit prendre la mesure de la situation, pour éviter aux Nigériens d’autres épreuves dont ils n’ont nullement besoin. S’il ne suffit pas d’être démocratiquement élu pour être démocrate, de bonnes élections, autrement inclusives, consensuelles et transparentes constituent un bon départ. Car elles augurent d’une gestion tout aussi transparente et saine. Pour celui qui est au centre de l’action, il ne suffit pas de dire, mais de faire ce qu’on dit.
BISSO

22 décembre 2018
Source : Le Courrier

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