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«Disparition» de 580 millions FCFA des comptes des PTF : Le gouvernement, sommé de restituer les fonds avant le 30 novembre 2018

«Disparition» de 580 millions FCFA des comptes des PTF : Le gouvernement, sommé de restituer les fonds avant le 30 novembre 2018Les partenaires techniques et financiers sont fâchés et ont tenu à taper du poing sur la table. C’est le moins qu’on puisse dire à la lecture de cette lettre enflammée qui a fait le tour du monde grâce aux réseaux sociaux. Dans le cadre du Fonds d’appui au PDS, plusieurs partenaires au développement du Niger ont créé un compte commun dans lequel sont versées leurs contributions au plan de développement sanitaire. Et question d’efficacité oblige, ils ont créé des comptes secondaires au niveau décentralisé. Mais depuis le début de septembre 2018, le gouvernement a fermé, sans en informer les détenteurs et pourvoyeurs dudit compte, les comptes en question et les fonds logés dans ces comptes ont été carrément transférés au Trésor public. Sommées de les rouvrir, après maints rappels à l’ordre, les autorités nigériennes ont finalement accepté d’accéder à l’exigence des bailleurs de fonds et rouvrent, début novembre, les comptes au centre de la brouille. Cependant, alors qu’ils s’attendaient logiquement à rentrer dans leurs droits en accédant en même temps aux 580 millions évalués dans les comptes des niveaux décentralisés, les partenaires au développement ont constaté que ce sont des comptes désormais vierges de tout crédit. Les 580 millions ont manifestement pris une autre destination. Principalement mis en cause dans cette affaire qui défraie la chronique, le coordonnateur du Fonds commun d’appui au PDS, en l’occurrence le Secrétaire général du ministère de la Santé publique, a été interpellé en vue de suspendre tout versement et d’arrêter l’utilisation des fonds du compte principal du Fonds commun. Une instruction formelle qui ne se limite pas à ça. Informant par le biais de cette même lettre que plusieurs bailleurs du Fonds commun ont reçu des avertissements de leurs services financiers d’une grave anomalie de gestion comptable affectant près de 580 millions FCFA, la Coordonnatrice et point focal du Fonds commun, Rita Santos Suarez, a souligné le risque d’assister, notamment, à une diminution, voire une suspension des engagements financiers ainsi qu’un retour au mode de gestion individuel. Sommé également de cesser tout décaissement et engagement de dépenses liés au compte principal du Fonds commun, à l’exception, entre autres, du paiement des salaires et des cotisations sociales, le coordonnateur du Fonds commun est également prié de demander au ministère des Finances de repositionner les fonds mis en cause et de communiquer par écrit l’assurance que le Fonds commun et ses PTF sont exemptés de cette mesure de création de compte unique au Trésor.

Autant dire que, non seulement les PTF soupçonnent carrément un détournement pur et simple de ces 580 millions FCFA, mais exigent leur restitution d’ici à la fin de novembre 2018. Le langage châtié qui a été utilisé ne cache pas moins le courroux qui prévaut dans les milieux des PTF. Selon des confidences dignes de foi, c’est presque à un ras-le-bol que l’on assiste. Une situation déplorable qui est générée par l’attitude de mépris considérable du gouvernement qui n’a pas daigné donner suite à maintes requêtes des partenaires au développement.

Par-delà la dissipation de ces 580 millions qui est une affaire conjoncturelle, se dresse le bilan peu flatteur du compte unique du Trésor. Contesté dès le départ par de nombreux partenaires, aussi bien au sein de l’administration publique nigérienne que dans le milieu des partenaires au développement, le compte unique révèle aujourd’hui ses monstruosités. Où sont passés ces 580 millions des PTF ? En rouvrant ces comptes sans aucune notification des montants dont ils sont crédités, le ministère des Finances a effectué, là, une manœuvre frauduleuse. Si les partenaires n’ont pas parlé de détournement alors que, du point de vue de l’écriture, c’est le cas, ils ont juste évité de s’écarter des sentiers battus du «politiquement correct». Le gouvernement, qui est pris à la gorge en cette fin d’année par une kyrielle de problématiques financières, notamment les échéances arrivées à terme dans le cadre de la dette extérieure, a plus que du pain sur la planche.
Laboukoye

26 novembre 2018
Source : Le Courrier

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